Histoire, Napoléon
Nous fêtons aujourd'hui l'anniversaire de la naissance de la Duchesse d'Abrantès, Laure Junot (Permon), femme de Jean-Andoche Junot, le 6 Novembre 1784, à Montpellier. Fille d’un pourvoyeur de vivres de l’Armée, Laure Permon a connu les hauts et les bas de l'existence, accumulant tous les succès et tous les revers de fortune. Mariée au général Junot le 30 octobre 1800, elle est projetée, à 16 ans, dans le tourbillon de la vie parisienne où sa beauté, ses traits d'esprit et son extravagance ne tardent pas à la faire remarquer. Napoléon la surnomme "petite peste", mais la traite toutefois, avec générosité, une générosité qui n'empêchera pas la duchesse d'Abrantès de se répandre, plus tard dans ses mémoires, en sarcasmes à l'endroit de sa famille et de traiter l'Empereur d'usurpateur monstrueux. Les Junot mènent grand train. Leurs revenus sont stupéfiants. Leur salon où se côtoient les artistes (Gérard, Girodet, David), les étrangers (Anglais notamment) et les aristocrates (Noailles, La Rochefoucault) est réputé. Les maternités de Laure se succèdent, l'aînée des filles est la filleule du 1er consul. Lorsque Junot est envoyé en mission diplomatique à Lisbonne au printemps de 1805, Laure fait montre d'une telle prodigalité que le couple se retrouve, à son retour à Paris en 1806, surchargé de dettes. Elle prend alors la place de dame d'honneur de Madame Mère. Junot est nommé gouverneur de la ville de Paris. Le couple se refait une santé matérielle: Laure est châtelaine du Raincy ce qui indispose Napoléon à cause du train de vie excessif qu'elle y mène. Peu à peu, le luxe et les honneurs ébranlent l'harmonie du couple. Caroline, la soeur de Napoléon, séduit Junot, Laure devient la maîtresse du comte de Metternich, ambassadeur d’Autriche en France. Il faut dire que l'absence prolongée des maris (Murat en Allemagne et Junot à Parme) favorisait les affaires extraconjugales. A la veille de l'expédition du Portugal, les époux se réconcilient. Mais Junot donne les premiers signes d'une schizophrénie qui, 5 ans plus tard, le conduira au suicide. Laure suit son mari en Espagne en 1810. Après avoir essuyé les dangers de la guerre, elle rentre en France, désabusée. Les défaites de l'Empire et la fin tragique de Junot entraînent des pertes d'argent considérables ce qui explique peut-être pourquoi elle a trempé dans les intrigues visant à la restauration des Bourbons en 1814. Elle ne se ralliera pas à Napoléon pendant les Cent jours. Son hôtel parisien est vendu, elle part vivre à Orgeval, puis à Versailles, tente de combler ses dettes et de retrouver son rang en vendant meubles et bijoux. Mais surtout, elle rêve d’écrire pour ajouter à ses maigres revenus des droits d’auteur. C’est ainsi qu’elle devient la maîtresse du jeune Honoré de Balzac vers 1828. C’est lui qui la pousse à rédiger ces Mémoires qu’il corrigera inlassablement et dont elle niera qu’il y eût prêté sa plume. Au seuil de sa vieillesse, la Duchesse connaît une triste fin, criblée de difficultés tant financières que littéraires: Balzac l'a abandonnée, elle est persécutée par les créanciers et doit louer un modeste appartement où elle tente de reconstituer un salon avec des amis fidèles: Juliette Récamier, Théophile Gautier (celui-là même qui la surnommait « la duchesse d’Abracadabrantès »), etc. Elle tombe dans l’indigence la plus totale et finit ses jours dans l’indifférence générale le 7 juin 1838, agée seulement de 53 ans. Elle repose au cimetière Montmartre, non loin de la sépulture d'Alexandre Dumas fils.
Elle a laissé une oeuvre abondante dont Mémoires historiques sur Napoléon Ier, la Révolution, le Directoire, l’Empire et la Restauration (1831-1835), Histoires contemporaines (1835), Scènes de la vie espagnole (1836), Histoire des salons de Paris (1837-1838), Souvenirs d’une ambassade et d’un séjour en Espagne et en Portugal, de 1808 & 1811 (1837). A ce propos, on se plongera avec plaisir dans ses mémoires en 16 volumes, où elle règle ses comptes avec Fouché, Savary, Masséna, Bourrienne, et de nombreux autres personnages de la période qui va de la révolution à la restauration, etc. Pour mieux appréhender l'esprit de l'époque Napoléonienne, sans toutefois perdre de vue que la duchesse était souvent excessive dans ses jugements.