Histoire, Napoléon
Feld-maréchal des armées de Russie, né en 1748, fut élevé à Strasbourg, entra au service à 16 ans, et parvint aux premiers emplois militaires par des actions d’éclat. Général-major en 1784, il assista en 1788 au siège d’Oczakoff, y fit preuve d’une grande fermeté, et fut dangereusement blessé dans une sortie vigoureuse que fit la garnison turque. Il eut ensuite une grande part à la prise d’Is-majlovy, en 1790, et fut nommé en 1791 lieutenant-général, puis chargé du commandement d’un corps d’armée placé entre le Pruth, le Dniester et le Danube ; à la paix avec les Turcs, il obtint le commandement de l’Ukraine et fut employé dans plusieurs négociations diplomatiques, tant sous le règne de Catherine que sous celui de Paul Ier. Devenu gouverneur militaire de Pétersbourg à l’avènement d’Alexandre, il fut appelé au commandement de l’armée qui se réunit aux Autrichiens en 1805. C’est, dit-on, contre son avis que fut livrée la bataille d’Austerlitz. Après la paix de Presbourg, Kutusoff prit le commandement de l’armée, destinée contre les Turcs, remporta sur eux plusieurs avantages signalés et dicta les conditions de la paix conclue à Bucharest le 16 mars 1812. A cette époque il fut élevé aux dignités de prince, de président du conseil d’État et de feld-maréchal. La guerre ayant bientôt éclaté entre la France et la Russie, Kutusoff, après avoir évité quelque temps un engagement décisif avec Napoléon, se décida enfin à livrer la célèbre bataille de Borodino ou de la Moskova, après laquelle l’armée russe, en se retirant, ouvrit aux Français la route de l’ancienne capitale des Moscovites. Lors de la retraite de Moscou, les combats du Dorogobon et de Krasnoïe, où le nombre écrasa la valeur, valurent à Kutusoff le surnom de Smolenskoï et le grand cordon de Saint-Georges. Ce feld-maréchal commandait encore l’armée russe au commencement de 1813 ; mais atteint d’une maladie sérieuse, suite de ses campagnes, il mourut à Buntzlau en Silésie le 6 avril 1813, laissant la réputation d’un des généraux les plus distingués de l’armée russe. Il avait conservé dans sa vieillesse une grande énergie et savait ajouter à la bravoure du soldat par le stimulant des idées religieuses. Cependant, il faut l’avouer, le vainqueur des Turcs ne se trouva pas en 1812 à la hauteur des hommes de guerre qu’il eut constamment en tête.
Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852