Histoire, Napoléon
archiduc d’Autriche, feld-maréchal-général, grand maître de l’Ordre teutonique, troisième fils de l’empereur Léopold II et de Marie-Louise, fille de Charles III, roi d’Espagne, naquit à Vienne le 5 septembre 1771. Il reçut de bonne heure une éducation distinguée qu’il fortifia sans relâche par de sérieuses études. Le maréchal de Bellegarde lui enseigna les premiers éléments de la stratégie. Les événements qui agitaient l’Europe offrirent bientôt au jeune prince l’occasion d’en faire l’application sur les champs de bataille.
L’Autriche et la Prusse venaient de former la première coalition contre la France. A peine âgé de 21 ans, le prince Charles reçut le commandement de l’avant-garde de l’armée autrichienne sous les ordres du prince de Cobourg. Il se distingua par son courage dans cette première campagne, notamment à la bataille de Neerwinden, où il cueillit les premiers lauriers militaires. L’empereur François le nomma grand-croix de Marie-Thérèse et gouverneur des Pays-Bas ; il combattit aux affaires de Charleroi, de Fleurus et d’Aldenhoven.
Dans la seconde campagne, le jeune prince seconda avec talent les opérations du général Clairfayt.
C’est surtout dans la belle campagne du Rhin, en 1796, qu’il déploya les grandes qualités qui l’ont placé au rang des premiers hommes de guerre de l’époque.
L’histoire a recueilli cette longue suite de combats mêlés de succès et de revers ; ce qui appartient au prince Charles, c’est l’exécution du beau mouvement qui repoussa le général Jourdan des frontières de la Bohême jusque sous les murs de Düsseldorf, et les audacieuses manœuvres qui forcèrent Moreau à repasser le Rhin. L’Autriche, délivrée de la crainte de l’invasion, la Bavière ramenée sous ses lois, la guerre reportée sur les frontières de France, la prise de Kehl et d’Huningue, tels furent les résultats obtenus par la tactique d’un général de vingt-cinq ans. Reçu triomphalement à Vienne, le prince Charles fut nommé généralissime des armées autrichiennes.
Il rencontra bientôt un redoutable adversaire. Le général Bonaparte, victorieux en Italie, allait franchir les Alpes noriques et se précipiter sur Vienne. Le prince Charles, marchant à sa rencontre, engagea avec lui sa première bataille sur les rives du Tagliamento, le 16 mars 1797, et lui opposa la plus vigoureuse résistance. Peu de jours après, au combat livré sur le col de Tarvis, le prince affronta la mort avec un courage héroïque, et ne céda devant Masséna qu’après les efforts les plus opiniâtres.
Bonaparte offrit la paix à son rival par une lettre célèbre qui témoigne de sa haute estime pour le prince. Quelques mois après, la paix de Campoformio était signée.
L’Europe fut de nouveau mise en feu. Rentré en campagne, le prince Charles battit le général Jourdan à Ostrach et à Stockach : dans ce dernier combat, on le vit mettre pied à terre et charger lui-même à la tête de ses grenadiers. Passé en Suisse, il fit assaut de manœuvres et d’audace avec Masséna ; il revint bloquer Philisbourg, et remporta, le 22 novembre 1798, la victoire d’Heingheim.
A la fin de cette campagne, dégoûté de voir ses plans militaires sans cesse traversés par le conseil aulique, il céda le commandement à son frère l’archiduc Jean, et se retira en Bohême.
Les victoires de Bonaparte le firent bientôt rappeler au commandement de l’armée autrichienne, qui se trouvait alors désorganisée. Le général Moreau était à 30 lieues de Vienne ; le prince Charles signa avec lui l’armistice de Steyr, qui fut suivi de la paix de Lunéville.
L’Autriche tira de nouveau l’épée contre la France. Le prince Charles, qui s’était prononcé contre la guerre, et qui ne fut point consulté sur les plans de la campagne, reçut le commandement de l’armée réunie en Italie sur l’Adige. Pendant que les troupes autrichiennes éprouvaient de nombreux revers en Allemagne, seul, il soutint en Italie l’honneur des armes de l’Empire ; à Caldiero, il déploya toutes les ressources de son talent, et ramena intacte l’armée qui lui avait été confiée.
Après la paix de Presbourg, il fut nommé chef du conseil aulique de guerre et généralissime des armées.
Il reprit les armes en 1809, et soutint contre Napoléon une lutte glorieuse. Au combat sanglant d’Aspern, son courage fut admirable ; chaque fois qu’il voyait ses soldats fléchir, il sautait à bas de son cheval, saisissait un drapeau et les ramenait au combat. Sa dernière bataille fut celle de Wagram, où les chefs des deux armées déployèrent tant de talents et de bravoure. A quelque temps de là, il se démit du commandement, après avoir adressé à ses soldats de touchants adieux.
Depuis, il vécut dans la retraite, emportant avec lui le renom d’un grand capitaine.
Comme son illustre rival Napoléon, il a retracé avec la plume les grandes choses qu’il avait exécutées avec l’épée, en consacrant une partie de ses loisirs à la composition de plusieurs ouvrages militaires fort estimés. Le prince Charles qui, chargé des pouvoirs de l’Empereur des Français, avait conduit à l’autel la jeune archiduchesse Marie-Louise, sa nièce, devenue l’épouse de Napoléon, servit de guide et de protecteur au fils du grand homme qu’il avait combattu. Il entoura de soins et de conseils le duc de Reichstadt qui lui témoignait les sentiments d’une affection toute filiale.
Il est mort à Vienne en I847.
Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, C. Mullié