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Histoire, Napoléon

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04 Juillet 1806: décret impérial sur les haras nationaux

décret impérial sur les haras nationaux.

Par décret impérial du 4 juillet 1806, Napoléon prescrivait l'organisation complète de six haras, de trente dépôts d'étalons dans les départements et de deux haras d'expériences joints aux écoles vétérinaires d'Alfort et de Lyon.

 

Le décret impérial rattachait les Haras sous l'autorité du Ministère de l'Intérieur.

 

Fortement hiérarchisés et centralisés, les Haras comprenaient six Inspecteurs Généraux et, pour chaque haras : un directeur, un inspecteur, un régisseur et un vétérinaire, tandis que chaque dépôt était doté d'un chef de dépôt, d'un régisseur et un vétérinaire.

 

Les chevaux sous le Premier Empire (Article de Roger MARTIN, Revue du Souvenir Napoléonien, Numéro 395)

 

Au début du XIXe siècle sur terre, le cheval est, avec le bœuf une des principales sources d'énergie, en particulier pour la traction, la force du vent ou du courant d'eau ne s'appliquant qu'aux machines travaillant à poste fixe.

Vers 1810-1812, la population chevaline en France est d'environ 2 200 000 chevaux et élèves, soit 1 850 000 chevaux adultes de trait ou de selle, alors que la population de bœufs travaillant est de 3 200 000 têtes. Si l'on évalue le travail fourni par un bœuf aux 2/3 de celui du cheval, la population bovine exprimée en équivalent-cheval est égale à 2 130 000 unités. Toutefois, le bœuf ne peut être utilisé que pour le travail du sol, plus rarement pour les charrois. 9 600 bœufs attelés à 2 400 voitures franchissent le Niémen en juin 1812 et finiront assez vite dans la marmite du soldat. C'est d'ailleurs un avantage pour le propriétaire, le dernier trajet du bœuf étant celui qui le conduit à l'abattoir, alors que les premières boucheries hippophagiques ne seront ouvertes, à Paris, qu'en 1811 et que le saucisson de fabrication industrielle n'existe pas encore. Cependant, le cheval est irremplaçable pour la poste aux lettres, la poste aux voyageurs, l'armée et les déplacements privés. Une grande consommation en sera faite de 1804 à 1814 du fait des pertes dans les campagnes militaires et de l'extension du territoire engendrant un trafic intense de courrier et de personnes.

 

Les chevaux de la République

 

La production de chevaux de qualité a été organisée par le règlement de 1717, et mise en œuvre par Louis de Brancas, marquis de Céreste, officier créé maréchal de France en 1741. A la veille de la Révolution le Roi possède quinze haras ou dépôts d'étalons, dont le haras du Pin, dans l'Orne, fondé par Colbert en 1714, et celui de Pompadour, en Corrèze, développé par Choiseul vers 1760, abritant 1 115 étalons royaux, auxquels s'ajoutent 2 124 étalons approuvés appartenant à des gardes, soit au total quelque 3 239 étalons répartis dans 31 lieux.

En vertu de l'idéologie égalitaire poussée jusqu'à l'ineptie, l'Assemblée constituante décide, le 29 janvier 1790, la suppression des haras, " symboles des privilèges ", et en novembre de la même année, la vente des étalons appartenant au royaume, de façon " à mettre chaque citoyen en face de son droit naturel d'élever des chevaux quand et comme il lui convient ". Il semble que la loi n'ait été appliquée qu'avec une certaine lenteur, sinon quelques réticences. Ainsi, la mise en vente de tous les étalons et des instruments du domaine du Pin n'a lieu que les 3 et 4 mars 1793. Le ci- devant directeur, qui a conservé son emploi jusque-là, Théobald Wagner, prépare l'avenir en " dirigeant les enchères de façon que les principaux sujets soient placés aux alentours ".

Mais la Patrie en danger réclame des volontaires et des chevaux. Les réserves initiales étant épuisées, la Convention nationale, par la loi du 2 germinal an III (22 mars 1795) décrète l'établissement de 7 dépôts pour chevaux de cavalerie et des dépôts de chevaux de trait et de labour chez des particuliers. Elle achète 600 étalons et en prime 600 autres appartenant à l'élevage privé. Les dépôts du Pin, de Pompadour et de Rosières, dans la Meurthe, sont remis en service, ainsi que le système des gardes-étalons de l'Ancien Régime.

Un certain laxisme, le peu d'argent investi, le nombre trop faible d'étalons, et le fait qu'il faut quatre à cinq ans pour faire un cheval, vont donner des résultats moyens qui sont révélés dans les " Statistiques des préfets ", plutôt une évaluation qualitative, ordonnées par la circulaire du 15 germinal an IX (5 avril 1801) du ministre de l'Intérieur, Chaptal. Si les départements du Nord, du Bas-Rhin, du Doubs, de l'Orne et des Deux-Sèvres se signalent par un commerce important de chevaux, d'autres préfets insistent sur " un élevage pratiquement abandonné suite aux ravages révolutionnaires " en Meurthe-et-Moselle, " des chevaux dégénérés et trop faibles " dans l'Indre, " petits et médiocres " dans l'Aisne, " petits et utilisés seulement au dépiquage " dans l'Aube, " mauvais et de petite taille " dans l'Ardèche. Les qualificatifs " dégénérés " ou " abatardis " sont souvent cités.

Il faut, bien sûr, tenir compte de l'origine des informations. Les paysans ont intérêt à diminuer leur capital cheptel par crainte des impositions et des réquisitions de l'armée. La dégénérescence exprime-t-elle le souhait de voir se développer les dépôts d'étalons ? Le préfet de l'Orne estime que la destruction des haras occasionne à son seul département, pourtant classé parmi les premiers pour la production, une perte annuelle de 800 000 à l million de francs par an, soit une somme équivalente à la vente de 2 000 à 2 500 chevaux ! Quant à la petite taille, due à une nourriture insuffisante et à une mise au travail précoce, elle est réelle. La suppression des pâturages communaux, le morcellement de la propriété, les barrages intempestifs et non-réglementés des moulins à eau et l'abandon du faucardage des rivières qui provoquent des inondations des prés situés en amont, ont réduit la nourriture traditionnellement disponible. Enfin, l'armée ne prenant des chevaux que d'une certaine taille, une sélection à rebours a pu être pratiquée par certains laboureurs dépourvus d'esprit civique.

 

 

Le changement des idées et la reprise de la production chevaline

 

Dès 1802, on observe une certaine reprise de la production chevaline. La sécurité que procure la paix d'Amiens, signée le 22 mars, produit-elle son effet ? On note un certain courant d'idées qui s'exprime dans des publications. Cadet de Vaux publie en l'an X (1802) ses Mémoires sur les Comices agricoles qui préconisent la compétition pour les meilleurs produits de l'élevage et de l'agriculture. Louis de Maleden, ancien officier de cavalerie, publie en 1803 ses Réflexions sur la réorganisation des Haras, l'amélioration des chevaux et le rétablissement des manèges. En l'an XIII (1805), Huzard, nommé commissaire du gouvernement, fait dans le Piémont et les départements du Midi un voyage d'inspection des écoles vétérinaires, des haras et bergeries afin de rassembler des informations sur leur état actuel et préconiser des moyens pour leur donner un nouveau départ.

" Liberté, protection, encouragement, voilà le meilleur système pour tous les genres d'industries, et plus particulièrement pour celui dont il est question (l'industrie chevaline) " aurait dit l'Empereur. Ce sont, du moins, les principes qu'il va bientôt faire appliquer, dans le but d'améliorer l'espèce et d'augmenter le nombre de chevaux dont l'agriculture, les transports et l'armée ont besoin.

 

 

Les courses

 

Après la Terreur, les premières courses de chevaux ont lieu à Paris, sur le Champ-de-Mars, le 10 thermidor an III (28 juillet 1795), pour commémorer la fin de cette triste période, et se renouvellent les années suivantes. En 1797, Carles Vernet, peintre de chevaux et jockey à l'occasion, arrive second. La loi du 31 août 1805, qui sera complétée par les règlements du 10 octobre 1806 et les arrêtés des 5 et 30 octobre 1810, organise les courses. Des courses publiques ont lieu en mai, " dans les départements les plus occupés de l'élevage du cheval ". Elles sont dotées de trois prix de 1 200 F et d'un prix de 2 000 F par chef-lieu de course. Dans le département de la Seine, la course, en septembre est dotée d'un grand prix de 4 000 F. En octobre 1810, six autres départements seront ajoutés, avec, pour chacun d'eux, trois prix de 300 F et un prix de 600 F.

 

La liste des courses officielles, qui ne semblent avoir commencé qu'en 1807, s'établit comme suit:

 

Années                               1807     1808    1809  1810  1811  1812  1813  1814  1815 

Nombre de courses           9         12       12      12       20       22       23      15       12 

Nombre de chevaux        25         66       58      33       83       90       30      15       17 

 

La comparaison de la fréquence et de l'importance de ces courses avec l'organisation actuelle est dérisoire. Faut- il rappeler que l'objectif principal a changé ? Le parcours est de 4 à 6 km et la vitesse moyenne, en 1813, est de 780 m/mn soit 46,8 km/h.

 

 

 

Les comices agricoles

 

Dans le cadre de la loi du 4 juillet 1806 réorganisant les haras, des prix sont attribués lors des concours établis à l'occasion des principales foires aux chevaux. Un étalon approuvé appartenant à Un particulier reçoit de 100 à 300 F. Les chevaux et juments primés reçoivent de 100 à 200 F et les poulains, 50 F.

 

 

 

La réorganisation des haras

 

La loi du 4 juillet 1806 réorganise la production chevaline de qualité en créant 6 haras et 30 dépôts d'étalons, avec une dotation de 2 millions de francs (incluant les primes et prix des courses) qui sera diminuée de 200 000 F de 1810 à 1813 inclus.

La France de 1806 est divisée en 6 arrondissements.

 

Arrondissement du Nord

Le haras du Pin, commune de Le Pin-au-Haras, dans l'Orne, qui périclite depuis la loi de 2 germinal an III, est remis en activité. Il aura jusqu'à 100 étalons. Au haras du Pin sont rattachés les dépôts de:

- Abbeville, Somme, en activité dès 1806,

- Le Bec, Eure, installé en 1806 dans une ancienne abbaye,

- Saint-Lô, Manche, installé en 1806 dans l'enclos d'un monastère,

- Meaux, Seine-et-Marne, installé en 1807,

- Montiers-en-Der, Haute-Marne, installé en 1808 dans une ancienne abbaye.

 

Arrondissement de l'Ouest

Le haras de Langonnet, Morbihan, est installé, avec 80 étalons, en 1806 dans une abbaye fondée en 1136 et reconstruite au XVIIIe.

- Dépendent de Langonnet les dépôts de:

- Angers, Maine-et-Loire, installé dans le domaine de l'hospice des Incurables depuis 1803,

- Craon, Mayenne, créé en 1807,

- Saint-Maixent, Deux-Sèvres, installé en 1807 dans les restes du Châteauvieux,

- Saint-Jean-d'Angély, Charente-Inférieure, fonctionnel en 1808.

Le projet de Dinan, dans les Côtes-du-Nord, est abandonné.

 

Arrondissement du Centre

Le haras de Pompadour, à Arnac-Pompadour, Corrèze, installé dans un château du XIe siècle donné par Louis XV à Madame de Pompadour, puis à Choiseul qui y crée un haras en 1763, en activité ralentie depuis 1795, abrite bientôt 60 étalons. De lui dépendent les dépôts de:

- Aurillac, Cantal, installé en 1806 dans le couvent de la Visitation,

- Corbigny, Allier, installé en 1807 dans un ancien monastère,

- Cluny, Saône-et-Loire, installé en 1807 dans les écuries de l'ancienne abbaye datant de 910, réaménagées en 1810,

- Blois, Loir-et-Cher, installé en 1810 dans l'ancien couvent des Carmélites,

- Auxerre, Yonne, fonctionnel en 1811.

 

Arrondissement du Midi

Le haras de Pau, Pyrénées-Atlantiques, installé en 1806 dans le château de Gélos, abrite 40 à 50 étalons orientaux. En dépendent les dépôts de:

- Rodez, Aveyron, installé en 1806 dans les restes de Années l'ancienne Chartreuse,

- Tarbes, Hautes-Pyrénées, dans une construction maintenant englobée dans la ville,

- Perpignan, Pyrénées-Orientales, fonctionnel en 1807,

- Agen, Lot-et-Garonne, dans une aile de l'hôtel de Loss, au centre de la ville, puis en 1811, dans le couvent des Cordeliers à Villeneuve-d ‘Agen.

 

Arrondissement de l'Est

Le haras de La Manderie de la Vénerie à Turin, département du Pô, est installé en 1806. Quatre dépôts y sont rattachés:

- Besançon, Doubs, fonctionnel en 1806,

- Arles, Bouches-du-Rhône, fonctionnel en 1806,

- Grenoble, Isère, fonctionnel en 1807,

- Annecy, Léman, installé en 1810 dans le couvent des Dominicains.

 

Arrondissement du Nord-Est

Le haras de Deux-Ponts, en bordure de la ville, reçoit 50

à 60 étalons dès 1806. Les dépôts suivants s'y rattachent:

- Rosières-aux-Salines, Meurthe, ancien haras qui péréclite depuis 1795 va recevoir 30 à 40 étalons dès 1806,

- Strasbourg, Bas-Rhin, organisé en 1807,

- Tervueren, Dyle, fonctionnel en 1807,

- Grandpré, Ardenmes, fonctionnel en 1808,

- Wickrath, Roer, fonctionnel en 1808,

- Bruges, Lys, qui sera déplacé à Lille puis à Braisne, dans l'Aisne.

 

Un dépôt sera constitué en 1813 à Memsen, Basse-Saxe.

 

Dans ces dépôts le nombre d'étalons varie de 15 à 80. Il est généralement de 30 à 50. Les premiers inspecteurs généraux des haras, nommés le 24 juillet 1806 sont tous des hommes de cheval qui ont souvent connu l'organisation du temps de la royauté. Ambroise Croixmare est un ancien officier de la cavalerie de Louis XVI. René de Ligniville était garde du corps du Roi en 1774. Antoine Beaufranchet d'Ayat, parent du général Desaix était page du Roi à la Petite Écurie en 1771. Tous deux sont général de l'armée impériale. François du Pont est chef d'escadrons. Félix de Wimpfen, né dans le duché des Deux-Ponts, général en retraite depuis 1800 et Bom de Cavour né au Piémont ont été choisis pour la connaissance de la région où ils vont œuvrer.

 

Vers 1812, la réalisation, comparée au projet, est fort honorable. II avait été prévu 6 haras et 30 dépôts avec un effectif de 1 500 étalons et une centaine de juments poulinières. Les 6 haras et 28 dépôts ont été créés ou réorganisés. Les effectifs sont les suivants:

 

Années                            1806  1809  1810  1811  1812  1813  1814  1815 

Nombre d'étalons             360  997  1 157  1 235  1 300  1 260  999  1 109 

Nombre de poulinières   -  94                          -  91               -  85               -  62 

 

Les naissances sont estimées à 10 000 par an. En supposant que la proportion d'étalons approuvés chez les éleveurs particuliers soit la même que sous l'Ancien Régime, il faut ajouter 20 000 naissances soit, au total, 30 000 produits issus d'étalons de qualité et 20 % du total annuel des naissances. Parallèlement à cette organisation visant à produire des chevaux de valeur, on cherche à diminuer la multiplication des bâtards mal conformés. Favorisée par le pâturage libre, la divagation des chevaux entiers est souvent à l'origine de croisements regrettables et non souhaités. Le ministre de l'Intérieur, Champagny, signe le 22 août 1806 une circulaire préparée par le bureau de l'agriculture et des haras, 2e division de son ministère, à l'attention des préfets. Les mesures qu'il leur demande de faire appliquer pour éviter le vagabondage des chevaux, vont jusqu'à l'amende. Toutefois, la liberté est laissée à l'éleveur du choix du géniteur, mais s'il possède un étalon primé il ne pourra plus le faire castrer.

 

 

La cavalerie impériale

 

Notre expérience, vécue ou livresque, des guerres contemporaines nous demande un effort d'imagination pour être transposée au Premier Empire, car si les principes restent sensiblement les mêmes, les moyens sont bien différents.

Le véhicule léger de reconnaissance, chargé du renseignement et du harcèlement, a remplacé le hussard ou le chasseur à cheval. Les attaques frontales, massives, des blindés lourds, pour rompre la ligne de défense ennemie, étaient dévolues aux cuirassiers, carabiniers et grenadiers à cheval. Le canon autotracté, destiné à appuyer la progression de l'infanterie, a été remplacé par l'artillerie à cheval. Le rôle des véhicules blindés de l'avant, transports de troupes qui permettent de répondre rapidement à toute éventualité ou de créer l'événement qui va ébranler le dispositif ennemi, était assuré par les dragons, chasseurs à cheval et chevaux- légers lanciers. C'est avec des chevaux que sont organisées les communications à l'échelon de la division, du corps d'armée, de l'état-major général, et aussi le ravitaillement avec les fourgons hippomobiles du Train.

 

 

Les effectifs

 

La cavalerie française va compter 150 000 chevaux à son apogée, dont la répartition suivant les armes est, au maximum, la suivante:

 

- 32 régiments de chasseurs à cheval,

- 31 " de dragons,

- 14 " de hussards,

- 13 " de cuirassiers,

- 12 " de chevau-légers lanciers,

- 2 " de carabiniers,

- 1 " de grenadiers à cheval.

 

Ils sont à l'effectif théorique de 820 à 1 250 cavaliers, suivant les armes, auxquels il faut ajouter les chevaux de trait et de selle de 10 régiments d'artillerie à pied et 7 régiments d'artillerie à cheval, soit quelque 25 000 chevaux, autant de chevaux de selle pour les officiers d'infanterie, sans oublier les équipages du Train, l'état-Major général, les gendarmes, les 4 régiments de gardes d'honneur en 1813...

 

 

L'intendance

 

 

Le soldat et le cavalier disposent de quelques jours d'autonomie en munitions de bouche et de guerre et des dépôts sont établis en pays ami ou conquis toutes les huit étapes. En pays ennemi des convois doivent suivre l'armée, surtout si le pays est pauvre. L'exemple de la campagne de Russie est significatif. En juin 1812, 130 000 chevaux de trait ou de selle franchissent le Niemen. Si l'on s'en tient au tableau des rations établi en 1810 par la commission présidée par le général Bourcier, qui attribue de 7,5 à 9,0 kg de foin et autant de paille ainsi que 8,5 à 9,5 litres d'avoine par cheval et par jour, suivant l'arme et l'utilisation, il faut prévoir de 3 000 à 3 SOO tonnes de nourriture par jour pour les chevaux, ce qui nécessite 2 000 fourgons tirés par 8 000 chevaux. En vert la ration est fixée à 40 kg, " à la saoulée ", soit 6 000 tonnes correspondant à plusieurs milliers d'hectares de seigle vert. L'intendant général, le comte Daru, qui prépare la campagne a un motif valable pour s'arracher les cheveux. Les cavaliers et les agronomes savent bien que c'est l'avoine qui " donne du sang " aux chevaux et que la paille, aliment grossier destiné à lester l'estomac, demande pour le broyage avant ingestion une énergie musculaire approximativement égale à celle procurée par son assimilation. Dès lors, on peut prévoir l'importance des pays traversés, riches ou pauvres, et de la saison, été-automne ou hiver-printemps, sur la tenue de la cavalerie impériale.

 

 

Les campagnes

 

La campagne de 1805, en Allemagne et Autriche, a lieu de septembre à décembre, en pays riches et après la récolte. Les pertes sont dues à l'excès de fatigue de chevaux souvent trop jeunes. La campagne de Prusse en 1806, encore plus courte, un mois, se déroule sans difficulté en octobre, d'autant plus que 20 000 chevaux sont pris à l'ennemi. Les hussards de Lasalle galopent de La Saale à L'Oder, parcourant 1 160 km en 25 jours, soit plus de 46 km par jour, en combattant. Sans une bonne ration journalière d'avoine, cet exploit était impossible. La campagne de Pologne de 1807, qui commence durant l'hiver 1806, est éprouvante pour les chevaux se déplaçant dans un pays sans réserves, aux chemins bourbeux. 20 000 chevaux vont mourir d'épuisement. Près de 12 000 chevaux sont réquisitionnés en Silésie, Mecklembourg, Hanovre, Brunswick et pour la Vistule. Les dragons de la Garde sont entièrement remontés à Potsdam. La guerre d'Espagne, de 1807 à 1815 va absorber une part notable de la cavalerie basée à l'Est, augmentée de 5 000 chevaux réquisitionnés en Prusse et de 5 000 autres achetés. Un équilibre s'établit ensuite, les dragons étant surtout employés dans la péninsule Ibérique.

 

 

 

La campagne d'Autriche de 1809, d'avril à juillet, s'effectue avec un effectif réduit, n'atteignant pas 20 000 cavaliers 2000 chevaux sont pris aux Autrichiens. La campagne de Russie, en 1812, rassemble 80 000 chevaux de selle et 50 000 chevaux de trait. Au départ de Pologne, le Train qui transporte farine, biscuits, fourrage et avoine comprend:

- 12 bataillons de 252 voitures à 4 chevaux,

- 4 bataillons de 600 voitures à 1 cheval,

- 4 bataillons de 600 chariots à boeufs.

Le franchissement du Niemen a lieu trop tôt. Le seigle, le blé, l'avoine, tout juste au stade montaison, sont coupés en herbe, ce qui provoque, avec la fatigue, la mort de 7 à 8 000 chevaux dès les derniers jours de juin. À la bataille de la Moskowa, 6 000 chevaux sont tués. Au retour, sur les chemins enneigés, il ne reste que le chaume des toits pour nourriture, ce qui ne peut que conduire à une mort certaine. 3 000 chevaux rejoindront les dépôts en fin de campagne.

Dans les dernières campagnes d'Allemagne puis de France, le manque de cavalerie va gêner l'Empereur dans ses plans. En 1814, seuls 40 000 mauvais chevaux seront disponibles et à Waterloo, Napoléon disposera de 22 000 cavaliers.

 

 

La remonte

 

Jusqu'en 1807 la remonte régimentaire est assurée par un officier qui a généralement des marchands attitrés. Par la suite, une commission achète pour l'armée sur les champs de foire et dans les dépôts, des chevaux qui sont ensuite répartis dans les régiments. En pays ennemi on a souvent recours aux prises de guerre et aux réquisitions. Les chevaux sont payés de 400 à 500 F (1). Sur les champs de bataille les chevaux sans cavaliers sont récupérés et vendus de 62 à 72 F, suivant la taille. Jusqu'à la création du Train, en 1807, le transport des munitions et de l'artillerie est confié à des entreprises privées (Compagnie Orly, Compagnie Breidt...). Les troupes empruntent parfois la poste ou des chariots réquisitionnés aux paysans. En 1810, une commission formée par les généraux Bourcier, Préval, Pully et Grouchy (2) fixe les critères retenus pour l'achat :

 

- chevaux de 5 ans, hongres ou juments dans la proportion de 1/3 au plus en temps de guerre,

- robe grise pour les trompettes et la musique, noire pour les grenadiers à cheval, alezan pour les gardes d'honneur, varice pour les autres,

- la hauteur au garrot est fixée à 1,65 m au moins pour la grosse cavalerie, 1,62 m pour les dragons, 1,59 m pour la cavalerie légère.

 

Mais il y aura, par nécessité, des dérogations, en particulier sur l'âge et la taille. Bien que les races ne soient pas encore bien typées, certaines régions sont plus aptes que d'autres à fournir soit un cheval de cuirassier, soit un cheval de hussard. Le cheval normand, des régions de Caen Evreux, Alençon, Rouen, atteint 1,65 m au garrot. Il équipe les cuirassiers, les dragons, l'artillerie et la cavalerie légère pour les plus petits. Croisé avec des étalons anglais, il a de la vitesse et de l'allure. Vers le milieu de l'Empire, il est réservé à la Garde. Le cheval breton, rustique, sobre, endurant, mesure en moyenne de 1,50 à 1,56 m. Ceux de Rennes et de Saint- Pol, plus grands, sont appréciés des cuirassiers et des dragons; ceux de Vannes et de Quimper équipent les hussards et les dragons; le cheval de Saint-Brieuc, manquant d'allure tire l'artillerie ou les fourgons du Train. Le cheval des plaines du Midi (Tarbes, Agen), métissé depuis le Moyen-Age avec les chevaux barbes et arabes, est réservé à la cavalerie légère. Le cheval limousin, tardif (6 à 7 ans), mais rustique, a l'agilité de l'Arabe et la noble allure de l'Andalou. Les plus brillants sujets sont vendus, fort cher, aux officiers généraux, le reste va aux dragons et aux hussards. Pour le Tram on utilise le Percheron, vigoureux et docile, mais en petit nombre, le Franc-comtois, plus lourd, les chevaux du Nord, Flandre et Picardie, grands, osseux et calmes, mais aussi a partir de 1805 les chevaux du Mecklembourg, du Hanovre, du Holstein pour le trait et pour la selle. Les chevaux des haras prussiens, ceux de Saxe, Silésie et Posnanie sont appréciés par la cavalerie légère.

 

 

Les pertes

 

La bravoure d'un général est souvent appréciée par " le nombre de chevaux tués sous lui ". Il faut remarquer que la surface offerte au tir ennemi est, de profil, beaucoup plus importante pour le cheval. De face le déséquilibre est encore plus élevé. Durant le galop d'approche le cavalier est incliné sur l'encolure de son cheval et ne se redresse qu'à quelques mètres de l'ennemi. En présence d'un obus tombé près de lui, l'officier d'infanterie reste stoïque; cependant il déplace légèrement sa monture de façon à se trouver à la verticale du projectile et relève les jambes en attendant l'explosion.

Malgré ces dangers de la guerre et tous les soins prodigués à l'étape par le cavalier à sa monture, c'est du manque d'hygiène et de soins appropriés que le cheval souffre le plus. Il est vrai que la médecine vétérinaire n'est pas plus avancée que la médecine des hommes. Les pertes au combat sont estimées au quart du total des pertes qui, elles-mêmes, sont évaluées à 300 000 pour dix Années de guerre. Le .reste est dû à l'effort excessif, à la maladie (morve, gale, fièvre typhoïde), aux vols, aux reventes frauduleuses. Les besoins sont donc en moyenne de 30 000 chevaux par an, soit un nombre approximativement égaf à celui des naissances, ou à 1,6 % de l'effectif adulte français. Les allégations selon lesquelles les prélèvements de l'armée ont provoqué la disparition de certaines races et l'appauvrissement général sont à considérer avec suspicion, d'autant plus que la remonte se fait en partie en Allemagne par prises de guerre, achats ou réquisitions, à partir de 1805.

 

 

Les autres utilisations du cheval

 

La Ferme des Postes après quelques tentatives de concession, est définitivement transformée en régie par la loi du 27 frimaire an VII (18 décembre 1799). Mais l'infrastructure est conservée: les 1 400 maîtres de postes constituent autant d'entreprises privées au service de la Drrection générale des Postes, division du ministère des Finances. Ifs emploient 4 000 postillons conduisant 16 000 chevaux. Le monopole des Postés aux lettres est confirmé par l'arrêté du 27 prairial an IX (16 juin 1801). En pays conquis, la poste aux armées relaie la Direction générale des Postés, en attendant qu'une organisation semblable soit mise en place, ce qui ne va pas sans poser des problèmes lorsqu'elles se heurte à des privilèges tels ceux de la famille Tour et Taxis qui a le fief des postes dans le Saint-Empire romain germanique.

Les Messagerie-nationales, assurant le transport des personnes et des bagages, ont été supprimées par la loi du 9 vendémiaire an VI (30 septembre 1797), ce qui a donné lieu à une vive concurrence entre les entreprises privées. Une des plus importantes est l'Entreprise générale des messageries fondée le 27 thermidor an VI (14 août 1798). Citons aussi les Établissements Touchard, faubourg Saint-Denis. Il est difficile d'évaluer l'écurie dont disposent ces entreprises, d'autant plus qu'elles utilisent souvent les relais de poste. Dans un rapport sur l'Entreprise générale des messageries on note que 380 000 postes sont parcourues chaque année, dont 150 000 avec ses propres chevaux, ce qui correspond, pour ces dernières à un effectif de 1 644 chevaux par jour. Pour l'ensemble des messageries l'effectif total ne doit pas dépasser celui de la Poste aux lettres, soit 1:6 000 chevaux. Les transports par canaux qui utilisent des chevaux de halage disposent de 1 200 km. En utilisant-les mêmes nommes que pour la Poste, 1 650 chevaux sont nécessaires.

Les transports privés. Sous la Révolution, Lavoisier, dans un rapport consacré à l'état des hôpitaux, souligne l'intensité de la circulation à Paris: " À l'Hôtel-Dieu le bâtiment principal est placé sur la rue de la Bûcherie. C'est par cette rue que débouche, et sans cesse, un nombre considérable de voitures de pierres, de bois de charpente et de bois à brûler. On a fait compter ces voitures et on en a vu passer jusqu'à 168 en une heure ". On estime que dans Paris intramuros circulent 30 000 chevaux, soit un cheval pour 20 habitants. En appliquant cette proportion aux onze autres grandes villes de France (Marseille, Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Montpellier, Nancy, Versailles, Brest, Toulon, Avignon et Nice) on trouve 25 100 chevaux pour 501 000 habitants, et pour le total de la France le nombre de chevaux de selle ou de trait pour les voitures privées ne doit pas dépasser 100 000, soit un nombre supérieur à celui de la cavalerie impériale, sauf pour la campagne de Russie.

 

 

Conclusions

 

Cette tentative de répartition de la population chevaline sous l'Empire peut donner lieu à des critiques et des ajustements. Elle nous donne cependant une approximation sur l'importance relative des besoins militaires par rapport à ceux de l'agriculture et des transporteurs privés et publiques, les quatre secteurs d'activité où le cheval sera irremplaçable jusqu'à l'invention des moteurs thermiques. Jusqu'en 1811, les besoins en chevaux de guerre ne vont pas perturber la remise en ordre et le développement de l'élevage français. La campagne de 1812 sera désastreuse, et c'est d'elle dont certains conservent le souvenir. La Société d'agriculture du département de la Seine, future Académie d'agriculture, nous rapporte fidèlement, dans ses séances annuelles, par la voix de son secrétaire, devenu secrétaire général puis secrétaire perpétuel avec l'âge et la renommée de la Société, l'évolution et le développement de l'élevage chevalin de l'année précédente, que l'on peut suivre, de 1806 à 1811:

Séance du 5 avril 1807:

" La plus belle opération qui ait signalé l'année dont nous traçons rapidement le tableau agricole, est la réorganisation des haras ".

Séance du 1er mai 1808:

" Nos haras ou dépôts d'étalons étaient, à l'époque de notre dernière séance publique, portés à 15 et 400 étalons seulement étaient réunis dans les divers locaux. Aujourd'hui 30 établissements de ce genre sont formés et entretenus par le gouvernement, le nombre des étalons qui lui appartiennent est porté à plus de 800 et ces animaux, choisis avec soin, tant en France qu'à l'étranger, achetés à ses frais et placés sur les divers points de l'Empire où ils peuvent être appareillés avec le plus de succès sont en ce moment tous employés à la monte... ".

Séance du 9 avril 1809:

" Près de 1000 étalons choisis, répartis entre 30 établissements sur divers points de l'Empire ont porté des germes améliorateurs sur plus de 15 000 juments appartenant à des particuliers... Bientôt nous trouverons dans l'intérieur de la France, de bonnes et nombreuses remontes pour notre cavalerie, des chevaux durables pour l'agriculture et pour le commerce ".

Séance du 15 juillet 1810:

" Les établissements créés par le gouvernement s'organisent et se consolident; les encouragements qu'il distribue réveille l'émulation, les races presque détruites se renouvellent; déjà le Limousin n'a presque plus à regretter son ancien état de prospérité; déjà les Pyrénées, le Pays des Deux-Ponts préparent à notre cavalerie légère des remontes sûres et nombreuses ".

Séance du 21 juillet 1811:

" Le propriétaire de juments recherche avec soin ces beaux étalons que le gouvernement entretient pour son usage, la bonté du système libéral adopté pour ce genre de service prend toujours plus de consistance, et les établissements constitués sont devenus plus nombreux. Sa Majesté, en donnant cette année à l'Administration des haras 27 étalons arabes ou barbes, tirés de ses propres écuries, lui a fourni les moyens les plus puissants d'amélioration ".

Séance du 6 septembre 1812:

" Déjà les départements qui composent l'ancien Limousin, ceux du Cantal, des Pyrénées et les nombreux départements de la rive gauche du Rhin n'ont plus rien à regretter de leur ancien état de prospérité... Les départements du Nord et du Nord-Ouest ont moins gagné; ils avaient aussi moins perdu pendant la Révolution. L'entretien de 36 haras ou dépôts d'étalons, des primes distribuées aux propriétaires dans un grand nombre de départements, des courses offertes chaque année à l'émulation, des achats nombreux des plus beaux élèves dans ce genre, attestent le soin particulier que le gouvernement donne à la restauration des chevaux.. ".

 

 

Éléments de bibliographie

Bidault C. - Les chevaux de l'armée sous la Révolution et l'Empire, 1909.

Cacault J.B. - Nouvelles manœuvres de l'infanterie contre la cavalerie, an Xl.

Chalain V. - La 1ère cavalerie napoléonienne, 1992.

Dagain R. - Napoléon 1er et la Cavalerie impériale, in Souvenir Napoléonien, juin 1986.

Festy O. -L'agriculture française sous le Consulat, in Toute l'histoire de Napoléon, 1952.

Gayot E. - La France chevaline, 1848.

Godlewski G. - Des médecins et des hommes, 1972.

Guillotel G. - Les haras nationaux, 1985.

Mennessier de la Lance (général). - Essai de bibliographie hippique, 1815-1821,

Mulliez J. - Les chevaux du royaume. Histoire de l'élevage du cheval et de la création des haras, 1983.

Quittet E. et Blanche H. - Races chevalines en France, 1974.

Reichard H.A.O. - Guide de France, 1810.

 

Charles Joseph Ramdon de Malboissière, comte de Pully, né en 1751 à Paris et Emmanuel Grouchy, né en 1766 à Paris sont tous deux inspecteurs généraux de cavalerie, respectivement depuis 1797 et 1801. Claude Antoine Hippolyte Préval, né en 1776 dans le Jura est inspecteur général des dépôts de cavalerie depuis 1809.

 

 Notes

 

(1) Un ouvrier non-spécialisé gagne, à Paris, 2 francs par jour.

(2) François Antoine Louis Bourcier, né en 1760, dans le Bas-Rhin est dragon de la Légion royale à douze ans. Il commande le dépôt de Potsdam en 1806, les dépôts de l'armée d'Espagne en 1808, de l'armée d'Allemagne en 1809, le dépôt de Passau à la fin de 1809, le dépôt général de l'armée d'Espagne à Bayonne en 1810, du Hanovre puis de Koenisgbergen 1812, les dépôts du Hanovre et du Brunswick, puis le dépôt de Magdebourg en 1813.11 commande le dépôt général de Versailles le 12 avril 1815 et est admis à la retraite le 4 septembre.

 

 

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