Histoire, Napoléon
"...Le lendemain 26 (novembre 1812), dans la journée, nous allâmes prendre position sur les bords de la Berezina. [...] En arrivant, nous vîmes les braves pontonniers travaillant à la construction des ponts pour notre passage. [...] Un de mes amis m'a assuré avoir vu l'Empereur leur présentant du vin. A deux heures de l'après-midi, le premier pont fut fait. [...] Le second pont, pour l'artillerie et la cavalerie, fut terminé à quatre heures. Un instant après notre arrivée sur le bord de la Berezina, je m'étais couché, enveloppé dans ma peau d'ours et, aussitôt, je tremblai de la fièvre. Je fus longtemps dans le délire ; je croyais être chez mon père, mangeant des pommes de terre et une tartine à la flamande, et buvant de la bière. Je ne sais combien de temps je fus dans cette situation, mais je me rappelle que mes amis m'apportèrent, dans une gamelle, du bouillon de cheval très chaud que je pris avec plaisir et qui, malgré le froid, me fit transpirer, car, indépendamment de la peau d'ours qui m'enveloppait, mes amis, pendant que je tremblais, m'avaient couvert avec une grande toile cirée qu'ils avaient arrachée d'un dessus de caisson de l'état-major, sans chevaux. Je passai le reste de la journée et de la nuit sans bouger.
Le lendemain 27, j'étais un peu mieux, mais extraordinairement faible. Ce jour-là, l'Empereur passa la Berezina avec une partie de la Garde et environ mille hommes appartenant au corps du maréchal Ney..."
Sergent Bourgogne, Mémoires du sergent Bourgogne, ed. Arléa