Histoire, Napoléon
"Depuis longtemps, chez lui, le maréchal n'était plus le soldat; son courage, ses vertus premières l'avaient élevé très haut hors de la foule; les honneurs, les dignités, la fortune l'y avaient replongé. Le vainqueur de Castiglione eût pu laisser un nom cher à la France; mais elle réprouvera la mémoire du défectionnaire de Lyon, ainsi que celle de tous ceux qui en ont agi comme lui à moins qu'ils ne réparent les torts faits à la patrie par de nouveaux services rendus à la patrie". Jugement sévère s'il en est, de la part de Napoléon à Sainte-Hélène, confirmé également par Jean Tulard ("le défectionnaire de Lyon fit oublier le vainqueur de Castiglione"). Et pourtant ce fils d'un domestique et d'une fruitière, engagé à 17 ans, accompagnera l'Empereur dans toute l'Europe sous les drapeaux Français et sera de nombreuses batailles. Après avoir servi dans l'armée prussienne et combattu Turcs et Autrichiens, il s'établit maître d'escrime à Naples. Sous la Révolution, il devient successivement garde national, volontaire, capitaine de hussards, lieutenant colonel en Vendée, puis général de division à l'armée des Pyrénées orientales. Passé à l'armée d'Italie sous le commandement du Général Bonaparte, il fait la campagne d'Italie et se distingue à Montenotte, Millesimo, Lodi, Peschiera, Brescia. Mais c'est surtout le 3 août 1796 qu'il s'illustre à Castiglione où son intervention renverse le sort de la bataille. Son rôle à Arcole lui vaut d'amener au Directoire les drapeaux pris à l'ennemi. A la demande du Directoire et sur désignation de Bonaparte, il prend le commandement de la division militaire de Paris et participe au coup d'État du 18 Fructidor. Général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse et de Rhin-et-Moselle, puis commandant militaire à Perpignan, il se fait élire député de la Haute-Garonne au conseil des Cinq-Cents. Trés critique à l'égard de Bonaparte pour son coup d'État de Brumaire, il se rallie pourtant au Consulat et exerce divers commandements en Hollande. Il est fait Maréchal d'Empire le 19 mai 1804, reçoit le commandement du 7ème corps de la Grande Armée du 30 août 1805 au 14 février 1807; Il est blessé à Eylau (malade, il se fait attacher sur son cheval au début de la bataille) et rentre en France. Le 19 mars 1808, l'Empereur le fait duc de Castiglione. Il sert ensuite en Espagne, à l'armée de Catalogne à partir de février 1810. Rappelé en France, il est chargé, le 4 juillet 1812, du 11ème corps de la Grande Armée en Allemagne. Il combat à Leipzig, regagne les faveurs de Napoléon et rentre en France. En 1814, lil se voit confier le corps d’armée en poste à Lyon, avec l'ordre de couper les lignes de communications de l'ennemi. Mais Augereau transige et refuse le combat, son ardeur au combat n'est plus celle de la campagne d'Italie. Le 16 avril 1814, il va même jusqu'à lancer une proclamation où il encourage ses hommes à adopter la cocarde blanche des Bourbons et dénonce Napoléon comme un tyran. Nommé par la Restauration gouverneur de la 19ème division militaire à Lyon, puis de la 14ème à Caen, lors des Cent-Jours, l’Empereur le raye de la liste des maréchaux: c'est un "traître à la France". Mis en disponibilité en décembre 1815, Augereau se retire dans sa propriété, où il meurt peu après d’une maladie de poitrine, sans laisser d’enfants. Son corps est inhumé au Cimetière du Père-Lachaise à Paris.