Histoire, Napoléon
1er janvier 1816 (lundi)
· « …Le premier jour de l’an, nous nous sommes tous réunis vers les dix heures du matin pour présenter nos hommages à l’Empereur, au sujet de la nouvelle année ; il nous a reçus quelques instants après ; nous avions bien plutôt à lui offrir des vœux que des félicitations. L’Empereur a voulu que nous déjeunassions et passassions tout ce jour ensemble en véritable famille, a-t-il dit, et il s’est arrêté sur notre situation ici – Vous ne composez plus qu’une poignée au bout du monde et votre consolation doit être au moins de vous y aimer – Nous l’avons tous accompagné dans le jardin, ou il a été se promener pendant qu’on préparait le déjeuner. En cet instant, on lui a apporté ses fusils de chasse qui avaient été jusque là retenus par l’amiral. Cet envoie n’était, du reste, de la part de l’amiral, qu’un procédé qui témoignait de ses dispositions nouvelles ; ces fusils ne pouvaient être d’aucun autre agrément pour l’Empereur, la nature du terrain et le défaut de gibier ne lui permettant aucune illusion sur le divertissement de la chasse ; il ne se trouvait parmi nos arbres à gomme que des tourterelles que quelques coups de fusil de la part du général Gourgaud et de mon fils eurent bientôt détruites ou forcées à l’émigration… » (Emmanuel de Las Cases – « Mémorial de Sainte-Hélène » - t. 1 – Jean de Bonnot – Paris – 1969 – p. 232)
· A 10 h, les Français qui l’ont accompagné dans l’exil lui présentent leurs vœux. Il leur demande d’être unis. L’amiral Cockburn lui envoie ses fusils de chasse, qu’il avait jusqu’alors retenus. Il fait une promenade en calèche, puis à cheval. Le soir, il est gai et raconte ses amours de lieutenant. (Louis Garros – « Quel roman que ma vie » Ed. de l’encyclopédie française – Paris – 1947- p. 488)
· « …étant allées offrir à Napoléon nos vœux de bonne année, nous regardions avec envie les élégants souvenirs qu’il avait offerts le matin même à la comtesse Bertrand. Il tenait deux charmantes tasses de porcelaine de Sèvres ornées de peintures ravissantes. – Mlles Jane et Betsy nous dit-il voici deux tasses que je vous offre ; conservez-les comme une marque de mon affection et à cause de l’amitié que vous portez à Mme Bertrand… » (Mrs. Elisabeth Abel[1] - « Recollections of the Emperor Napoleon durant the first three years of his captivity on the island of St.Helena » – Londres – 1848 – traduit en français avec une introduction et des notes par M. Le Gras en 1898 sous le titre « Napoléon à Sainte-Hélène » cité par Joseph de Mougins-Rochefort - « Napoléon prisonnier, vu par les Anglais » - Tallandier – 1978 et 2006 – p.230-231)
· Montholon écrit : « …A 10 h du matin, l’Empereur nous reçus avec tous les enfants ; il fut paternel pour nous comme pour eux ; à tous il fit un présent et passa une partie de la matinée, comme un père de famille au milieu de ses enfants, jouant avec les nôtres et s’amusant des joies et des mouvements de plaisir qu’il produisait en leur distribuant des étrennes… » (t. I – p. 203) L’Empereur leur dit : « …Vous ne composez plus qu’une poignée au bout du monde et votre consolation doit être au moins de vous y aimer…Il y a un an, j’étais à l’île d’Elbe… » ; ce souvenir le rendit triste. Il envoie une députation chez les Balcombe, composée du fils du général Bertrand, Henri et de Tristan, le petit garçon de Mme de Montholon, avec tout un assortiment de bonbons pour les filles Balcombe Jane et Betzy, disant qu’il leur envoyait les Amours complimenter les Grâces.
· Il fait une promenade en calèche, puis il va à cheval faire le tour de la vallée. Il manque de tomber dans le ruisseau et rencontre Mlle Mary Ann Robinson[2], fille du fermier Robinson, âgée d’une quinzaine d’années ; il la surnomma « la nymphe » et lui donna quelques pièces d’or. Le soir, il fut gai et raconta ses amours de lieutenant.
· Le baron Koller écrit au comte Franz de Saurau, ambassadeur d’Autriche à Naples : « …Murat a reçu de Naples des renseignements trompeurs sur l’état, l’esprit et la dislocation de l’armée, écrits de la main d’un général qui lui avait été précédemment dévoué, en ajoutant que, comme le gouvernement considérait comme hasardeux d’opérer à Naples le licenciement de l’ex-garde, lui, le général avait tiré parti de cette circonstance, en faisant envoyer l’ex-garde au Pizzo et dans les environs…C’est pour cela que Murat à demandé aux premières personnes qu’il a rencontrées au Pizzo : où est ma Garde ? Qu’on appelle le commandant de ma garde… »
C.F
[1] Betsy Balcombe.
[2] Napoléon lui promit une dot de 300 livres si elle épousait le lieutenant Impett, du 53e régiment, qui la courtisait. Mais elle préféra épouse le capitaine Edwards de la marine marchande, et le jeune couple fut reçu par Napoléon le 26 juillet 1817.