Histoire, Napoléon
« …Mon fils et moi nous nous trouvions levés de bon matin, notre tâche avait été finie dès la veille ; et l’Empereur ne devant pas me faire demander de longtemps encore, nous avons profité de la fraîcheur du moment pour explorer notre voisinage. En remontant la vallée de Jamestown, il se trouve sur la droite de notre petit plateau de Briars un ravin très profond, coupé de nombreuses crevasses à pic ; nous y sommes descendus, non sans beaucoup de peine, et sommes arrivés sur les bords d’un petit ruisseau limpide, présentant une grande abondance de cresson. Nous nous sommes amusés, et comme en herborisant, à remonter le vallon et le ruisseau, et, après quelques sinuosités, nous avons bientôt atteint leur extrémité ou leur origine, formée par un énorme rocher à pic qui les barre transversalement, et du haut duquel tombait, en forme de gouttière avancée, une fort jolie cascade composée des eaux supérieures environnantes, dont la chute dans le vallon dessinait le ruisseau que nous avions remonté, et qui roule parfois en torrent jusqu’à la mer…Aujourd’hui, qui était dimanche, nous nous sommes trouvés tous réunis à dîner auprès de l’Empereur ; il observera gaiement que nous formions le grand couvert. Après dîner, le cercle de nos diversions n’était pas grand, il demanda si nous irions ce soir à la comédie, à l’opéra ou à la tragédie ; on s’est décidé pour la comédie, et il a lu lui-même une partie de « L’Avare » qui a été continué par d’autres. L’Empereur était enrhumé, il avait un peu de fièvre ; il et rentré de bonne heure chez lui, en me recommandant de le voir plus tard, s’il ne dormait pas. J’ai accompagné les nôtres avec mon fils dans leur retour à la ville ; en rentrant, l’Empereur était couché... » (Emmanuel de Las Cases – « Mémorial de Sainte-Hélène » - t. 1 – Jean de Bonnot – Paris – 1969 – p. 170)
C.F