Histoire, Napoléon
· Il va visiter Longwood. (Louis Garros – « Quel roman que ma vie » Ed. de l’encyclopédie française – Paris – 1947- p. 487)
· Longwood-House a été construire en 1753[1] et se composait alors d’une grange et d’une étable. En 1787, le lieutenant-gouverneur Robson, pour se faire une maison des champs, avait converti la grange en une suite de quatre pièces. Il en avait ajouté une autre, en équerre, au milieu du bâtiment. Derrière, il établit des communs et des logements d’esclaves. Tout cela sans cave ni sous-sol. Ce n’était alors qu’une habitation d’été. Pour agrandir l’appartement de Napoléon, l’amiral avait fait élever, dans le prolongement de ce salon, une salle en bois de sapin qui devait servir d’antichambre ou de billard. On y accédait par un étroit perron de cinq marches et une véranda vitrée. Cette pièce, assez vaste[2], s’éclairait par cinq châssis à guillotine, deux regardant le Barn, montagne sombre qui tourne vers l’Afrique un immense profil humain, et trois orientée vers la chaîne de Diane, l’avenue, la sévère silhouette de High Knoll[3] et une étendue d’océan. Les murs étaient peints en vert clair et bordés d’une grecque noire. On y trouvait deux sofas, quelques autres sièges, plusieurs tables, un piano et, placées de chaque côté de la porte, une sphère terrestre et une sphère céleste envoyées par le colonel Wilks[4]. On passait de là dans le salon, tapissé d’un papier chinois à motifs jaunes, et percé de deux fenêtres à l’ouest[5]. L’ameublement, ramassé à la hâte, au hasard et à bas prix[6] dans l’île, était là encore bien chétif. Un tapis à fleurs presque usé, des fauteuils, des chaises foncées de crin noir, des tables ployantes, une table à jeu. Sur la cheminée, un miroir. Les rideaux étaient de simple mousseline. Derrière s’ouvrait la salle à manger, plus basse[7] et très sombre. N’y donnait jour que le haut vitré d’une porte accédant au jardin. Les murs étaient peints en bleu[8]. On y avait placé un tapis marron, dix chaises, une grande table et une desserte. Un paravent dissimulait la porte allant à l’office et à la cuisine. Sur la gauche était une chambre froide et nue, sans foyer[9]. L’Empereur l’affecta aux Montholon comme premier logement[10]. De l’autre côté de la salle à manger étaient les deux petites pièces qui formeraient l’appartement privé de Napoléon, ce qu’il appelait son intérieur. De la première, il fit son cabinet, de la seconde sa chambre. Toutes deux prenaient jour sur un parterre, au nord-est, c’est-à-dire, dans l’hémisphère austral, au soleil[11]. Elles étaient pareillement tendues de nankin jaune, bordé de papier à fleurs rouges. La chambre seule avait une cheminée. Les montants et la tablette en étaient de bois peint en gris. Un mauvais tapis qui avait servi auparavant à un officier de Sainte-Hélène, cachait le plancher[12]. Un fauteuil, des chaises cannées de hêtre peint en vert, une commode, un vieux sofa couvert de cotonnade. Marchand, du premier jour, transforma ce réduit. Devant le miroir de la cheminée, il disposa deux flambeaux d’argent, une tasse de vermeil, une cassolette. De chaque côté il suspendit les plus chers, les suprêmes souvenirs du captif : le portrait du roi de Rome, les miniatures de Madame Mère, de Joséphine et, dernier butin de guerre, la montre-réveil du grand Frédéric, prise à Postdam. A droite de la cheminée, il plaça le lavabo d’argent emporté de l’Elysée, à gauche, le nécessaire d’or. Le lit de camp dont les rideaux s’étaient rejoints sur tant de rêves longea le mur intérieur. Le second lit de campagne fut placé dans le cabinet de travail. A son pied le canapé fut protégé par un paravent sur lequel on accrocha un portrait de Marie-Louise, son fils dans les bras. Derrière la chambre étaient le cabinet de bains et un couloir où fut dressé le lit du valet de service, Marchand[13]et Ali. On passait de là par une galerie à la cuisine installée dans une petite maison à un étage. Las Cases y eut d’abord sa chambre. Son fils coucha dans le grenier qu’il atteignait par une échelle. Ces bâtiments et les communs étaient séparés par une cour intérieure souvent boueuse, qui ouvrait sur le bois des gommiers. Au-delà, près du mur de pierres sèches bordant le domaine sur la vallée du Pêcheur, se trouvaient les écuries. La famille Montholon, comme Gourgaud, comme O’Méara et l’officier de surveillance Thomas William Poppleton[14], devaient êtres logés dans une annexe, placée à l’angle droit contre le mur de la cuisine. (Octave Aubry- « Sainte-Hélène – la captivité – la mort » - Flammarion – 1925 – p. 34-35)
· L’Empereur indique à l’amiral quelques détails de distribution, demande quelques meubles et remercie personnellement l’amiral de la prompte exécution de tous les travaux qu’il avait fait faire. Il trouva que l’odeur de peinture s’y faisait encore sentir ; mais ne voulant pas toutefois prolonger son séjour aux Briars, il dit à l’amiral : « …Si demain vous voulez venir, j’irai m’installer à Longwood… » (« Mémoires de Marchand » - Bibliothèque napoléonienne – Tallandier – Paris – 1991 – p. 49)
· « …l’Empereur a reçu au jardin la présentation du capitaine du Minden, de 74, venant du Cap, et repartant sous peu de jours pour l’Europe. Ce capitaine avait déjà eu l’honneur de lui être présenté à Paris sous le Consulat, 12 ans auparavant. Il a demandé la permission de présenter à l’Empereur un de ses lieutenants, à cause de quelques circonstances personnelles qui nous ont paru bien singulières. Ce jeune homme est né à Bologne, précisément lors de la première entrée de l’armée française dans cette ville. Le général français, lui Napoléon, était même intervenu, pour quelque chose que le jeune homme ne sut pas expliquer, dans la cérémonie de son baptême ; et le général français avait fait présent, à cette occasion, d’une cocarde tricolore, conservée précieusement depuis dans sa famille. Après le départ de ces personnes, le grand maréchal arriva de Longwood ; il trouvait que l’odeur était réellement peu de chose. L’Empereur était si mal, une portion de ses effets était déjà partie, il arrêta de se rendre à Longwood le lendemain…Il y avait deux jours qu’on était venu enlever la tente, sans que nous l’eussions désiré ; l’officier qui en était chargé avait aussi ordre d’enlever en même temps les contrevents de la demeure de l’Empereur. Je pris sur moi de m’y opposer ; cela ne se pouvait pas, lui dis-je, l’Empereur dormait encore, et je le renvoyais…Nous avions reçu des papiers jusqu’au 15 septembre ; ils devinrent le sujet de la conversation. L’Empereur les analysa…Nous lûmes ans les mêmes papiers l’extrait du Mémoire justificatif du maréchal Ney. L’Empereur le trouva des plus pitoyables ; il n’était pas propre à lui sauver la vie, il ne relevait nullement son honneur. Il protestait encore de son dévouement au roi, et surtout de son éloignement pour l’Empereur. Système absurde disait Napoléon que semblent généralement avoir adopté ceux qui ont paru dans ces moment mémorables, sans faire attention que je suis tellement identifié avec nos prodiges, nos monuments, nos institutions, tous nos actes nationaux qu’on ne saurait plus m’en séparer sans faire injure à la France ; sa gloire est à m’avouer ; et quelque mensonge qu’on emploie pour essayer de prouver le contraire, je n’en demeurerai pas moins encore tout cela, aux yeux de cette nation… » (Emmanuel de Las Cases – « Mémorial de Sainte-Hélène » - t. 1 – Jean de Bonnot – Paris – 1969 – p. 193 à 195)
[1] Longwood et Deadwood, un siècle auparavant, faisaient partie d’une plantation appelée The Great Wood. Mention s’en trouve dans les archives de Jamestown, pour la première fois le 11 août 1678. Peu à peu, ce bois, mal protégé, fut détruit par les hommes et les animaux. Une nouvelle plantation de gommiers fut entreprise sur une étendue d’environ 300 hectares, close par un mur de pierres sèches élevé en 1723.Le pourtour en atteignait quatre milles, un peu plus de six kilomètres. Ce mur, assigné comme première limite aux prisonniers de Longwood, fournira en 1817 des pierres pour la nouvelle habitation destinée à Napoléon (New House).
[2] 8 m de long sur 5, 30m et 3,70 m de haut. Ces dimensions ont été exactement relevées avec l’aimable assistance de M. Georges Colin, conservateur du domaine français de Longwood.
[3] La forteresse située au sud-ouest de Jamestown et qui domine la plus grande partie de l’île.
[4] Ces deux globes, montés sur des pieds de bois noir, ont été reconnus par Octave Aubry au château de Jamestown, où ils avaient échoué sans que personne ne se doutât de leur provenance. Grâce aux « Souvenirs du mameluck Ali » qui en donne une description précise, et à l’inventaire dressé par le tapissier Darling après la mort de l’Empereur, retrouvé dans les archives locales, il a été possible de les identifier avec certitude. En bon état, ils ont repris leur ancienne place à Longwood dès l’ouverture du musée Napoléon le 5 mai 1934.
[5] 7,30 m de long sur 4,45m de large et 3,56 m de haut.
[6] « Six cents francs de meubles » disait Napoléon. Cockburn écrivait à ce sujet au secrétaire de l’Amirauté, Wilson Croker : « …Je suis parvenu à me procurer d’occasion et au plus bas prix tous les articles indispensables… (« Public Record Office » – Saint-Helena – VII – 247). En 1816, arriveront de Londres d’autres meubles.
[7] 6,75 m sur 4,54 m. Hauteur 2,98 m.
[8] Comme du temps de Skelton. Cockburn n’avait jugé utile de les repeindre. En 1819, cette pièce sera revêtue d’un papier rouge à fleurs dorées. A la même date le salon fut tapissé d’un papier paille à étoiles bleues.
[9] 5,90 m sur 4,45 m et 2,98 m de haut.
[10] Ce sera plus tard la bibliothèque. (Montholon – t. I – p. 192)
[11] Les fenêtres y étaient étroites : 1,80 m sur 0,93m, encadrement de 0,10 m compris.
[12] Il n’y avait jamais eu là, autrefois de vacherie, come l’a prétendu Montholon (I, 196). L’ancienne étable se trouvait dans le bâtiment qu’on transformait à ce moment même en maison pour la famille Montholon. Le plancher de la chambre et du cabinet de l’Empereur ne reposaient pas sur le sol. Ils en étaient séparés par un soubassement de 60 cm environ, soubassement qui diminue d’ailleurs en se prolongeant vers le sud, de sorte que la salle à manger et la bibliothèque sont à ras de terre.
[13] Quand Marchand n’était pas de service, il couchait au-dessus de la chambre de l’Empereur dans une chambre lambrissée dont la fenêtre à cintre ouvrait sur un large et beau paysage, du pic de Diane à la mer.
[14] 1775-1827. Capitaine au 53e régiment. Officier de surveillance à Longwood de décembre 1815 à Juillet 1817 et le seul de ces subalternes à être reçu à la table de Napoléon. Il fera graver sur sa tombe : « …Honoré de l’estime de Napoléon qui fut pendant deux ans placé sous sa surveillance personnelle… »
C.F