Histoire, Napoléon
| Napoleon à Brienne |
Création de l'école
Le Comte de Saint-Germain fonde l'école royale militaire de Brienne en Avril 1776 qui sera tenue par les pères de l'ordre des minimes qui occupaient le couvent depuis 1623
| La façade de l'école militaire | |
| |
| L'ancienne école militaire transformée en caserne | |
Lettre du 28 Mars 1779
Signé par le prince de Montbarrey, ministre de la guerre
L'intendant de Corse, Monsieur, a dû vous faire connaître que le roi a bien voulu agréer Napoleone de Buonaparte, votre fils, pour une place d'élève dans ses écoles militaires. S.M. vient d'arrêter qu'il devait être admis dans celle de Brienne. Il est nécessaire que vous l'y conduisiez ou fassiez conduire dès à présent, afin qu'il puisse, tout de suite, être appliqué aux études de cette école.
Je dois, au surplus, vous prévenir :
1° qu'il est indispensable qu'il y arrive muni du trousseau dont le détail est contenu dans le mémoire ci-joint
2° qu'il n'ait aucun vice de conformation ni maladie incurable, le Supérieur ayant des ordres de le faire visiter à son arrivée et de ne pas le recevoir s'il est mal sain ou mal conformé
3° qu'il sache lire et écrire, devant subir un examen le jour qu'il sera présenté, et n'être admis qu'au remplacement de l'année prochaine s'il ne se trouve pas assez instruit sur ces deux points.
Certificat de noblesse
Délivré par Hozier de Sérigny permettant à Bonaparte d'entrer à l'École Militaire de Brienne
Nous Antoine-Marie d'Hozier de Sérigny, Chevalier, Juge d'Armée de la Noblesse de France a en cette qualité Commissaire du Roy pour certifier à Sa Majesté la Noblesse des Élèves des Écoles Royales Militaires et du Collège Royal de la Flèche, Chevalier Grand-Croix honoraire de l'Ordre Royal de St Marc de Sardaigne. Certifions au Roi que Napoleone de Buonaparte
né le 15 d'août mil sept cent soixante neuf, fils de Noble Charles-Marie de Buonaparte Député de la Noblesse de Corse et de Dame Marie-Leatitia Romolino sa femme a la noblesse nécessaire pour être admis au nombre des gentilshommes que Sa Majesté fait élevés dans les Écoles Royales Militaires.
En foi de quoi Nous avons signé ce présent certificat, et l'avons fait contresigné par notre Secrétaire, qui y a apposé le Sceau de nos Armes.
Paris le huitième jour du mois de Mars Mil Sept cent soixante dix neuf.
D'Hozier de Sérigny
{signature}
Par Monsieur le Juge d'Armée
de la Noblesse de France
Duplessis
{signature}
Le voyage
Charles-Marie écrit à l'évêque d'Autun et lui demande de conduire son fils jusqu'à sa nouvelle école. Le père de Jean-Baptiste Champeaux, qui doit lui aussi intégrer l'école de Brienne, accepte de prendre en charge Napoléon. Mr de Champeaux passe dans son château de Thoisy-le-Désert, près de Pouilly-en-Auxois, avec les deux enfants. Jean-Baptiste Champeaux tombe malade. Napoléon réside donc trois semaines dans ce manoir. Alexandre de Marbeuf envoie son grand vicaire, l'abbé Hamey d'Auberive, à Thoisy
Napoleon quitte le collège d'Autun le 20 Avril 1779.
Le 15 Mai 1779, Le vicaire accompagne Napoléon jusqu'à Brienne.
Arrivée de Napoleon
L'abbé Hamey d'Auberive pousse la grille grinçante de la modeste école militaire de Brienne qui existe depuis seulement deux années. Devant lui, conduisant au bâtiment principal, s'ouvre une minuscule allée de huit tilleuls dont les branches, à force d'être taillées, sont maintenant devenues toutes nouées et tourmentées. Il pousse la porte de bois à double vantail et , après avoir traversé un couloir dallé, pénètre dans une pièce lambrissée éclairée par deux larges fenêtres : le parloir, que l'on peut encore voir aujourd'hui. Là, il est accueilli par le supérieur de l'établissement, le père Leleu.
Le prêtre s'efface. Derrière lui, tout intimidé, se tient un petit Corse de dix ans, farouche, chétif et mal peigné.
- Comment vous nommez vous?
- Napollioné dé Buonaparté.
C'est ainsi que le futur empereur prononçait son nom... et , tout à l'heure, lorsque le supérieur lui aura dit, suivant la coutume : "Allez retrouver vos petits camarades!", les petits camarades éclateront de rire devant le nouveau venu, en répétant :
- Napollioné?... La paille au nez! La paille au nez!
Le surnom lui restera.
Arrivée à Brienne par Bourrienne
Nous n'avions guère que neuf ans, Bonaparte et moi, lorsque notre liaison commença.
Elle devint bientôt très intime. Il y avait entre nous, une de ces sympathies de coeur qui s'établissent très vite.J'ai joui constamment de cette amitié et de cette intimité d'enfance jusqu'en 1784, époque à laquelle il quitta l'École militaire de Brienne pour passer à celle de Paris...
L'age nous plaça ensemble dans les classes de belles lettres et de mathématiques. Dès son entrée à l'école, il manifesta le désir bien prononcé d'acquérir des connaissances. Le sieur Dupuis, alors sous principal avant le père Berton, jeune homme aussi complaisant qu'excellent grammairien, se chargea de lui donner des leçons de langue française.
Son élève répondit à ses soins au point qu'après un très court espace de temps, on lui enseigna les premiers éléments de la langue latine. Le jeune Napoleon étudia cette langue avec une telle répugnance qu'ayant atteint l'age de quinze ans il était encore très faible en quatrième.
... Je suis resté constamment avec lui dans la classe de mathématiques, où il était incontestablement, selon moi, le plus fort de toute l'école. J'échangeais quelquefois avec lui la solution des problèmes que l'on nous donnait à résoudre, et qu'il trouvait sur-le-champ avec une facilité qui m'étonnait toujours...
Mémoires de C. H. condisciple anglais à Brienne
J'étais plus jeune que Bonaparte. Nous différions en caractère et en humeur.
Je ne formai point avec lui une amitié particulière mais, vivant sous le même toit, partageant les mêmes exercices, j'étais à la portée de l'observer et de bonne heure je le considérai comme un être extraordinaire...
Ses premiers pas dans ses études ne furent pas marqués par des progrès extraordinaires et que ce fut par insouciance ou par dégoût, il s'appliqua peu à l'étude de la langue latine. Cette négligence paraîtra d'autant plus inexplicable que son désir de s'instruire et de s'occuper était devenu une véritable passion; mais une sorte d'instinct secret dirigeait déjà son choix vers ses connaissances qui seraient un jour les instruments de sa gloire. Les mathématiques, la fortification, l'attaque et la défense des places fortes et, par-dessus tout, l'histoire occupaient tous ses moments. Il se livrait sans relâche à ses études et je ne doute pas de l'ardeur qu'il a témoignée depuis n'ait eu son origine dans la lecture des vies de ces hommes illustres que, dès le commencement, il avait pris comme modèles.
Bourrienne
Bonaparte se faisait remarquer à Brienne par la couleur de son teint, que le climat de la France a beaucoup changé depuis, par son regard perçant et investigateur, par le ton de sa conversation avec ses maîtres et ses camarades. Il y avait toujours de l'aigreur dans ses propos. Il était très peu aimant... Les élèves étaient invités tour à tour à la table du père Berton, principal de l'école. Le tour de Bonaparte était venu, des professeurs qui le savaient admirateur de Paoli affectèrent d'en mal parler :
- Paoli, répliqua Bonaparte, était un grand homme. Il aimait son pays.
Bonaparte était, en général, peu aimé de ses camarades, qui, certes, n'étaient pas complaisants. Il les fréquentait peu et prenait rarement part à leurs jeux. Son recueillement, ses réflexions [...], les impressions qu'il avait reçues dans son premier age des maux qu'avaient soufferts la Corse et sa famille, lui faisaient rechercher la solitude et rendaient son abord, mais en apparence seulement, fort désagréable.
J'étais presque toujours avec lui. Dès qu'arrivait le moment de la récréation il courait à la bibliothèque, où il lisait avec avidité les livres d'histoire, surtout Polybe et Plutarque...
Le caractère du jeune Corse était encore aigri par les moqueries des élèves, qui le plaisantaient souvent, et sur son prénom, Napoleon, et sur son pays.
Première communion
A l'église de Brienne donnée par le père Geoffroy
Habit de Napoleon à Brienne
Habit bleu barbeau aux parements et revers rouges, boutons blancs aux armes de l'école, culotte noire ou bleue
Trousseau
Trois paires de draps pour des lits de trois pieds de large sur six pieds de long. Un couvert et un gobelet d'argent, marqués aux armes de la famille ou par les lettres initiales des noms de famille des élèves. Douze serviettes, un habit de drap bleu, boutons blancs aux armes de l'école, doublure, collet, parements comme ceux de l'habit. Deux culottes noires en serge de Rome ou de cadifagnas. Douze chemises, douze mouchoirs, douze cols blancs, six bonnets de coton, deux peignoirs, un sac à poudre et un ruban de queue, le tout neuf.
Fournitures
Les minimes de Brienne fournissent les livres, le papier et vingt sous par mois jusqu'à douze ans et quarante sous au delà.
Horaires
Levée : 6 heure
Coucher : 22 heure
Matières enseignées
Principalement :
Étude des fortifications
Escrime ( Daboval )
Danse
Exercices de maintien
Français ( sous principal Dupuis )
Latin ( Dupuis )
Mathématiques ( père Patrault )
maître d'écriture ( Dupré ) pendant 15 mois
Allemand
Études suivies
1779 : Arrivée au mois de Mai
1780 : Septième
1781 : Sixième
1782 : Cinquième
1783 : Quatrième
1784 : examen final
Lettre à son père 5 Avril 1781
Mon père,
Si vous ou mes protecteurs ne me donnez pas les moyens de me soutenir plus honorablement dans la maison où je suis, rappelez-moi près de vous, et sur-le-champ. Je suis las d'afficher l'indigence et d'y voir sourire d'insolents écoliers qui n'ont que leur fortune au-dessus de moi, car il n'en est pas un qui ne soit à cent piques au-dessous des nobles sentiments qui m'animent. Eh quoi! Monsieur, votre fils serait continuellement le plastron de quelques nobles paltoquets qui, fiers des douceurs qu'ils se donnent, insultent en souriant aux privations que j'éprouve! Non, mon père, non! Si la fortune se refuse absolument à l'amélioration de mon sort, arrachez-moi de Brienne, donnez-moi, s'il le faut, un état mécanique. A ces offres, jugez de mon désespoir. Cette lettre, veuillez le croire, n'est point dictée par le vain désir de me livrer à des amusements dispendieux : je n'en suis pas du tout épris. J'éprouve seulement le besoin de montrer que j'ai les moyens de me les procurer comme mes compagnons d'étude.
Votre respectueux et affectionné fils.
Buonaparte cadet
Lettre à son père
Je vous prie de me faire passer Boswel, Histoire de la Corse, avec d'autres histoires ou mémoires touchant ce royaume. Vous n'avez rien à craindre : j'en aurai soin et je les rapporterai avec moi en Corse quand j'y viendrai, fût-ce dans six ans.
Ambiance
Son entourage le déconcerte et il a toujours le sentiment d'être un étranger. Ses condisciples appartiennent à la noblesse du royaume et sont plus prompts encore que les petits bourgeois d'Autun à se moquer et à s'esclaffer devant ce sauvage silencieux. "Sombre et même farouche, a raconté l'un des ces camarades, renfermé presque toujours en lui-même, on eût dit qu'étant sorti tout récemment d'une forêt et s'étant soustrait jusqu'alors aux regards de ses semblables, il éprouvait pour la première fois un sentiment de surprise et de méfiance." Aigri par les moqueries, sombre et sévère, "d'un commerce difficile", irascible, d'une sensibilité à fleur de peau, jaloux de son indépendance, Napoleon n'aime guère que l'on vienne troubler sa tranquillité. Le principal - le père Berton - a mis à sa disposition un jardinet et il vient rêver, seul, dans la petite tonnelle qu'il s'est aménagée au milieu des chèvrefeuilles. Là, il se trouve loin des quolibets, des éternelles plaisanteries des élèves pour qui le nom de Corse est presque une injure. A ceux qui le blessent ainsi, il crie qu'il les déteste. A Bourrienne, l'un des rares avec lesquels il se livre, il répète :
- Je ferai tout le mal que je pourrai à tes Français
La légende de cette carte raconte :
Le banc ci-dessous est formé d'une poutre provenant de la cheminée de la cuisine de l'École de Brienne, et portant le clou où Bonaparte, élève à la dite école, suspendait pour les rôtir, les oiseaux qu'il avait pris au piège dans le jardin de l'Établissement.
L'eau glacée
Un jour d'hiver, je témoignais un grand étonnement de trouver de la glace dans mon pot à eau
- Eh! qui a mis du verre dans mon pot ?
Un éclat de rire lui répond et les moqueries de fuser.
Le maître de quartier survient :
- Mais pourquoi vous moquez-vous de monsieur ? Il est né dans un pays où il n'y a pas de glace, il n'en a jamais vu!...
La punition
Voulant le punir pour on ne sait quelle faute, un "maître de quartier" condamne l'enfant à porter un habit de bure - une punition en vigueur à l'école - et à dîner à genoux à la porte du réfectoire. Sous les yeux de tous, Napoelon entre dans la pièce. Il est pâle, tendu, crispé, les yeux fixes.
- A genoux, monsieur.
Il est alors pris "d'un vomissement subit et d'une violente attaque de nerfs". Il trépigne en hurlant :
- Je dînerai debout, monsieur, et non à genoux. Dans ma famille, on ne s'agenouille que devant Dieu!
Le surveillant veut passer outre et contraindre l'enfant par la force, Napoleon se roule alors par terre en hurlant à travers ses sanglots :
- N'est-ce pas, maman? Devant Dieu! Devant Dieu!
Il faut la venue du supérieur pour mettre fin à la scène et arracher le cadet à son supplice.
Fête du roi en 1782
Les pensionnaire ont monté la Mort de César.
Le cadet Napoleon est officier de jour lorsqu'un autre élève - à qui est dévolu le rôle de sergent de poste - vient l'avertir que la femme du concierge se présentait sans carte d'invitation à l'entrée de la salle et "faisait du bruit, dans l'espérance de passer outre". Napoleon lance alors d'une voix impérieuse :
- Qu'on éloigne cette femme qui apporte ici la licence des camps!
La bataille de neige
Afin d'habituer les élèves à la hiérarchie militaire, les pères ont divisé les enfants en bataillons et en compagnies, dont les chefs sont désignés parmi les pensionnaires. Bonaparte reçoit le rang de capitaine. "Or, nous rapporte un condisciple de Napoleon, un conseil de guerre, établi selon les règlements, déclara que Bonaparte était indigne de commander ses camarades, dont il dédaignait la bienveillance. Après avoir lu le jugement qui le dégradait et le rejetait au dernier rang du bataillon, on le dépouilla des marques distinctives de son rang. Bonaparte apparut insensible à l'affront, ou du moins il eut trop de fierté pour témoigner qu'il en fût affecté."
Le cadet prend sa revanche au cours d'un hiver particulièrement rigoureux. Une épaisse couche de neige couvre la cour de récréation et empêche même d'y jouer. Les élèves doivent se contenter de faire les cents pas dans une des pièces de l'école. Un jour, Napoleon explique à ses camarades "qu'ils s'amuseraient bien autrement s'ils voulaient, avec des pelles, se frayer dans la grande cour différents passages au milieu des neiges, faire des ouvrages à corne, creuser des tranchées et élever des parapets".
- Le premier travail fini, nous pourrons, déclare-t-il, nous diviser en pelotons, faire une espèce de siège et, comme l'inventeur de ce nouveau plaisir, je me charge de diriger les attaques.
"La troupe joyeuse accueillit ce projet avec enthousiasme, racontera l'un des élèves; il fut exécuté , et cette petite guerre simulée dura l'espace de quinze jours; elle ne cessa que lorsque des graviers ou de petites pierres s'étant mêlés à la neige dont on se servait pour faire des boules, il en résulta que plusieurs pensionnaires, soit assiégeants, soit assiégés, furent assez grièvement blessés. Je me rappelle même que je fus un des élèves les plus maltraités par cette mitraille." {Bourrienne}
| |
Les élèves
110 élèves : 50 aux frais du roi et 60 aux frais de leurs parents
( 700 livres par an )
Bourrienne
Pierre-François, fils du baron Laugier de Bellecour
Dépravations
Pierre-François Laugier , fort joli garçon, trop joli même, et certains "grands" le trouvent à leur goût. Le vice était , parait-il, l'apanage de toutes maisons d'éducation de l'époque : "Outre les commodités, où l'on trouvait, malgré la surveillance et les précautions des minimes, le moyen de se réunir pour se livrer à ces infâmes plaisirs, on trouvait encore le moyen de se les procurer sous les tables d'études et de jeux."
Lorsque Bonaparte découvre la dépravation de Laugier, il lui déclare :
- Vous avez des liaisons que je n'approuve pas. J'aimais vos moeurs pures. Vos nouveaux amis vous perdent. Choisissez donc entre eux et moi.
Pierre-François proteste : ce sont des médisances!
Le jeune corse le croit et lui demande presque pardon de l'avoir injustement soupçonné.
- Je suis toujours le même, lui déclare-t-il, et je vous considère comme mon ami le plus cher.
Napoleon se rend bientôt compte qu'il ne s'était pas trompé. Il se taira durant plusieurs années. Mais plus tard, en arrivant à l'école militaire de Paris, le cadet Bonaparte dira brutalement à Laugier :
- Monsieur, vous avez méprisé mes avis. C'était renoncer à mon amitié. Ne me parler plus jamais.
Écriture
"Ses maîtres ne pouvaient pas arriver à lire ses compositions, nous rapportera son camarade des Mazis, et lui-même avait du mal à se relire. Son écriture - négligence devenue habitude - paraîtra d'ailleurs de plus en plus indéchiffrable"
Assiduité
Napoleon fait la grimace devant le latin et aborde même versions et thèmes avec "répugnance et dégoût".
En revanche, ses dons pour les mathématiques s'affirment.
"Il était incontestablement, selon moi, le plus fort de toute l'école. J'échangeais quelquefois avec lui la solution des problèmes qu'on nous donnait à résoudre, et qu'il trouvait sur-le-champ avec une facilité qui m'étonnait toujours..." {Bourrienne}
L'instruction religieuse donnée par les pères le révolte déjà.
"- J'entendis un sermon où un prédicateur disait que Caton et César seraient damnés. J'avais douze ans. Je fus scandalisé d'apprendre que les hommes les plus vertueux de l'Antiquité seraient brûlés éternellement pour n'avoir pas suivi une religion qu'ils ne connaissaient pas... Dès ce moment, je n'eus plus de religion. " {Bonapoarte}
Il dévore tous les livres de la bibliothèque.
Il travaille avec tant d'ardeur - passant parfois des nuits à méditer les leçons de la journée - qu'il maigrit.
(voir visite de sa mère en 1782)
- Ma nature ne pouvait pas supporter l'idée de na pas être tout d'abord le premier de la classe.
Visite de sa mère en 1782
Sa mine était si épouvantable que sa mère hésita à le reconnaître.
Distribution des prix en Août 1783
Visite du Duc d'Orléans accompagné de Mme de Montesson au Château de Brienne.
Son premier prix de mathématiques (avec Bourrienne) lui vaut d'être couronné par Mme de Montesson.
- Puisse-t-il vous porter bonheur, aurait dit Mme de Montesson en remettant le prix au jeune Bonaparte
Visite annuelle au château en Août
Le jour de la fête du roi :
Le cadet Bonaparte est ébloui par les salons blanc et or de la demeure de M de Brienne, ces grandes salles parquetées ou dallées de marbre, ce théâtre, cette bibliothèque et, surtout, par cet immense salon qui forme le centre du logis et s'ouvre à la fois sur le parc et sur la cour d'honneur.
Le coeur battant, Bonaparte et ses camarades, précédés de laquais galonnés d'argent, pénètrent dans "l'appartement royal" où trône le lit réservé au souverain q'il lui prenait la fantaisie de passer la nuit à Brienne. Seul, Mgr le duc d'Orléans couchera dans ce lit surmonté d'un dais de velours bleu et empanaché de plumes blanches - ce lit que, en 1805, voudra bien honorer l'empereur Napoléon partant se faire sacrer roi d'Italie...
Fête du roi en 1783
Lors de la fête du roi, en 1783, on a placé, au dessus de l'entrée du collège, un portrait du souverain s'appuyant sur la Justice et la Vérité, entouré par une banderole sur laquelle ces mots ont été tracés :
A Louis XVI, notre Roi.
Depuis le matin, les élèves font éclater des pétards en signe de liesse.
"Tout cadet de quatorze ans avait la permission d'acheter une certaine quantité de poudre pour la Saint-Louis et pendant la quinzaine qui précédait ce jour de fête, tous les jeunes ayant cet âge préparaient en commun leurs feux d'artifice"
Tous les jeunes, sauf Napoleon qui, ce jour-là, s'est retiré dans la paix de son petit jardin, fuyant les manifestations bruyantes. Dans la soirée, une violente explosion se fait entendre : une boite de poudre a éclaté au milieu des élèves. L'explosion a fait une brèche dans le mur du jardin de Bonaparte... Il ne peut contenir sa colère en voyant ses fleurs saccagées, sa tonnelle renversée.
S'emparant d'une pioche il retourne furieusement la terre à droite et à gauche, ce qui a pour effet de la calmer et de calmer ses camarades. Comme il a un sens inné de la justice, il reconnaîtra ses torts plus tard et acceptera sans murmurer la punition que lui infligeront ses camarades en représailles.
Dispute le 8 Octobre 1783
Un élève Pougin des Ilets se disputant avec Napoleon lui dit:
- Votre père est un misérable sergent.
A ces mots Napoleon se retira, revînt avec un cartel qu'il ne pût faire tenir à celui qui venait de l'insulter, le cartel ayant été aperçu et saisi entre ses mains par le préfet des classes, qui condamna Bonaparte à la chambre de discipline et Pougin aux arrêts.
Lettre au Comte de Marbeuf en visite à Sens 8 Octobre
.. Maintenant, Monsieur le Comte, si je suis coupable, si ma liberté m'est ravie à juste titre, veuillez ajouter aux bontés dont vous m'avez honoré la grâce de me retirer de Brienne et de me priver de votre protection: ce serait un vol que je ferais à qui le saurait mieux mériter que moi. Non, Monsieur, jamais je n'en serais plus digne; je ne me corrigerais point d'une impétuosité d'autant plus dangereuse que j'en crois le motif sacré. Quel que fût l'intérêt qui me le commandât, je n'aurais pas la force de voir traîner dans la boue un homme d'honneur, mon père, mon respectable père! Sous ce rapport, monsieur le comte, je sentirais toujours trop vivement pour me borner à en porter plainte à mes chefs; je serais toujours persuadé qu'un bon fils ne doit point commettre un autre à venger pareil outrage. Quant aux bienfaits que vous fîtes pleuvoir sur moi, ils seront sans cesse présents à ma pensée. Je me dirai : j'avais acquis une honorable protection, mais, pour en profiter, il fallait des vertus que le Ciel m'a refusées.
Veuillez, généreux protecteur, ne voir dans la présente qu'un jeune homme qui préfère à la fortune la douce satisfaction de ne point affliger un jour son respectable bienfaiteur.
Napoléon Buonaparte.
Le comte de Marbeuf se rend chez le directeur de l'école à Brienne et moins d'une heure après, Napoléon retrouve la liberté.
Un grand minime
Nous avions jeté nos matelas par la fenêtre, rapportera l'Empereur à Sainte-Hélène. On nous donna pour régent un grand minime de six pieds qui par sa taille et son seul ton - il avait une voix de stentor - nous réduisait au silence et remit de l'ordre. Je l'ai revu depuis et l'ai placé comme directeur d'un lycée du Rhin, où il a bien fait. Il avait la routine de son métier. Il est venu quelquefois me haranguer à l'un de mes passages : il était aussi haut que la portière de ma voiture.
Visite de Charles-Marie (21 Juin 1784)
Charles-Marie Bonaparte arrive à Brienne. Il est accompagné de Lucien et de Maria-Anna qui va entrer à la Maison Royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr.
Charles a belle allure. Il est vêtu d'un habit cerise avec culotte puce, bas de soie, chaussures à boucles d'argent "et, je crois bien, les cheveux frisés". Il affecte un peu trop de politesse, Napoleon le remarque et en souffre.
Lettre de Napoleon à son oncle Nicolo Paravicini
Le 25 Juin 1784
Mon cher oncle, je vous écris pour vous informer du passage de mon cher père, par Brienne, pour aller à Paris conduire Maria-Anna à Saint-Cyr, et tâcher de rétablir sa santé. Il est arrivé ici le 21 avec Luciano et les deux demoiselles que vous avez vues. Il a laissé Luciano ici, qui est agé de neuf ans et grand de trois pieds, onze pouces, six lignes. Il est en sixièem pour le latin... Il faut espérer que ce sera un bon sujet. Il se porte bien, est gras, vif et étourdi, et, pour le commencement, on est content de lui. Il sait très bien le français et a oublié l'italien tout à fait; du reste, il va vous écrire derrière ma lettre. J'espère qu'actuellement il vous écrira plus souvent que lorsqu'il était à Autun. Je suis persuadé que mon frère Joseph ne vous a pas écrit. Comment voudriez-vous qu'il le fît? Il n'écrit à mon cher père que deux lignes, quand il le fait. En vérité, ce n'est plus le même. Il m'écrit très souvent. Il est rhétorique. Le principal a dit à mon cher père qu'il n'avait dans le collège ni physicien, ni rhétoricien, ni philosophe qui eût autant de talent que lui et ne fît si bien une version. Quant à l'état qu'il veut embrasse, l'ecclésiastique a été, comme vous le savez, le premier qu'il a choisi. Il a persisté dans cette résolution jusqu'à cette heure, où il veut servir le roi, en quoi il a bien tort pour plusieurs raisons. Il a reçu une éducation pour l'état d'ecclésiastique. Il est tard de se démentir. Mgr l'évêque d'Autun lui aurait donné un gros bénéfice et il était sur d'être évêque. Quels avantages pour la famille! Mgr d'Autun a fait tout son possible pour l'engager à persister, lui promettant qu'il ne s'en repentirait pas.Rien. Il persiste.
Je le loue si c'est du goût décidé qu'il a pour cet état, le plus beau de tous les corps, si le grand moteur des choses humaines lui a donné - tel qu'à moi - une inclination décidée pour le militaire.
Je finis en vous priant de me continuer vos bonnes grâces, m'en rendre digne sera le devoir pour moi le plus essentiel et le plus recherché.
Lettre de Napoleon à son père (13 Septembre 1784)
Joseph peut venir ici parce que le père Patrault , mon maître de mathématiques, que vous connaissez, ne partira point. En conséquence, M le principal m'a chargé de vous assurer qu'il sera très bien reçu ici et qu'en toute sûreté il peut venir. Le père Patrault est un excellent maître de mathématiques et il m'a assuré particulièrement qu'il s'en chargerait avec plaisir, et si mon frère veut travailler, nous pourrons aller ensemble à l'examen d'artillerie. Vous n'aurez aucune démarche à faire pour moi puisque je suis élève. Maintenant il faudrait en faire pour Joseph, mais puisque vous avez une lettre pour lui, tout est dit. Aussi, mon cher père, j'espère que vous préférerez le placer à Brienne plutôt qu'a Metz pour plusieurs raisons :
1°) Parce que cela sera une consolation pour Joseph, Lucien et moi
2°) Parce que vous serez obligé d'écrire au principal de Metz, ce qui retardera encore puisqu'il vous faudra attendre sa réponse
3°) Il n'est pas ordinaire à Metz d'apprendre ce qu'il faut que Joseph sache pour l'examen en six mois; en conséquence, comme mon frère ne sait rien en mathématiques, on le mettrait avec des enfants. Ces raisons et biens d'autres doivent vous engager à l'envoyer ici; d'autant plus qu'il sera mieux...
Le Chevalier - c'est de Lucien qu'il s'agit - vous embrasse de tout son coeur. Il travaille fort bien, il a fort bien su à l'exercice public. M l'inspecteur sera ici le 15 ou le 16 au plus tard de ce mois, c'est à dire dans trois jours. Aussitôt qu'il sera parti, je vous manderai ce qu'il m'a dit...
signé : Buonaparte, l'arrière cadet
Appréciations du chevalier de Kéralio
Maréchal de camp de Keralio (inspecteur de l'école de Brienne):
M de Bonaparte (Napoleon) né le 15 Aout 1769, de quatre pieds, dix pouces, dix lignes (1,66 m), a fait sa quatrième. Bonne constitution, excellente santé, caractère soumis. Honnête et reconnaissant, sa conduite est très régulière. Il s'est toujours distingué par son application aux mathématiques. Il sait passablement l'histoire et la géographie. Il est très faible dans les exercices d'agrément. Ce sera un excellent marin, digne d'entrer à l'école de Paris.
Examen (22 Septembre 1784)
Inspecteur Reynaud des Monts arrive à Brienne
Après avoir interrogé Bonaparte, il estime que le cadet Buonaparte possède les qualités requises pour entrer à l'école royale de Paris, cette école créée par Louis XV à la demande de la jolie marquise de Pompadour.Napoleon - il vient d'avoir quinze ans - ne se sent plus de joie. Quatre camarades partiront avec lui : Nicolas de Montarby de Dampierre, Jean-Joseph de Comminges, Pierre de Laugier de Bellecour et Henri de Castries
Départ de Brienne (17 Octobre 1784)
M Napoleone de Buonaparte, écuyer, fils de noble Charles-Marie de Buonaparte quitte Brienne en malle-poste avec ses quatre camarades reçus comme lui. Le père Berton les accompagne.
Passent la nuit à Arcis.
Arrivent à Nogent-sur-Seine le 18 Octobre 1784.
Dorment à l'auberge "la ville de Jérusalem"
Embarquement au port du Petit-Laurent (neuf livres sept sols par personne) pour atteindre la capital par bateau tiré par quatre chevaux, nommé le Corbeillard (Corbeil = dernière escale)
Le 19 Octobre 1784, Arrivée à Montereau à six heures du soir, Nuit à l'auberge.
Le 20 Octobre 1784, escale à Melun, nuit à l'hôtel.
Le 21 Octobre 1784, arrivée à Paris au port de Saint-Paul vers cinq heures de l'après midi.
Passent le pont Marie.
Mangent dans la rue des Deux-ponts au Coq Hardi
Napoleon achète Gil Blas chez un bouquiniste.
Fermeture de l'école militaire en 1790
Rencontre avec un ancien professeur
Un homme déjà âgé se présenta à Saint-Cloud et parvint à obtenir une audience particulière. Napoléon ne lui laissa pas le temps d'ouvrir la bouche; déjà les questions pleuvaient :
- Qui êtes vous ? D'où venez vous ? Que voulez vous ?
- Sire, bredouilla le visiteur, Sire, c'est moi, oui, c'est moi qui ai eu l'honneur de donner à Votre majesté, à Brienne, pendant quinze mois, des leçons d'écriture...
L'empereur l'interrompra en éclatant de rire :
- Ah! c'est vous? C'est vous! Eh bien, il n'y a pas de quoi s'en vanter... Le bel élève, ma foi, que vous avez dressé là!... Je vous en fait mes compliments!
Cela ne l'empêchera pas d'accorder une pension de douze cents francs au malheureux professeur.
Nostalgie ?
Napoleon garda un bon souvenir de son séjour à Brienne et des gens qu'il a connu ainsi il engagea le portier de l'Ecole à la Malmaison.
Bataille de Brienne ( 29 Janvier 1814 )
Napoleon se jette sur Blücher à Brienne, a failli le prendre; mais l'inexpérience de ses pauvres conscrits si braves et si ignorants, son infériorité numérique et la crainte de voir Schwarzenberg arriver à la rescousse le détournent de pousser plus avant.
Il montre un arbre à ses compagnons disant que sous ses ombrages il avait lu la "Jérusalem délivrée"
Bataille de La Rothière ( 1 Février 1814 )
Napoleon se heurte aux Alliers réunis, quatre contre un, et rompt le combat
Legs à Saint-Hélène
Legs de 400 000 Francs dont 350 000 serviront à construire la mairie devant laquelle une statue du jeune Napoleon s'élève, à achever le choeur de l'église et à fonder des lits à l'hospice.
La statue de Louis Roche porte l'inscription : "Pour ma pensée, Brienne est ma patrie, c'est là que j'ai ressenti les premières impressions de l'homme"
Essentiellement tirés de l'excellent ouvrage Napoléon d'André Castelot
mais aussi de Napoléon de Jacques Bainville
Napoléon, consul et empereur de l'Histoire de France illustré Editions Larousse
La roue en bois de l'Association pour la sauvegarde du patrimoine rural et artisanal