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Histoire, Napoléon

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23 août 1799: Bonaparte quitte l'Egypte sur la frégate " la Muiron "

23 août 1799
(6 fructidor An VII)
Bonaparte quitte l'Egypte sur la frégate " la Muiron "
La frégate La Muiron

En mai 1797, les troupes françaises occupent Venise, s’emparant ainsi de la marine vénitienne. Six vaisseaux et six frégates sont incorporés et armés par les français. Bonaparte débaptise tous ces navires et leur attribue à chacun un nouveau nom. Les vaisseaux portent le nom d’officiers tombés au champ d’honneur durant la campagne d’Italie : Dubois, Causse, Robert, Banel, Sandos, Frontin. Les frégates, quant à elles, prennent le nom des récentes victoires françaises : Mantou, Leoben, Montenotte, Lonato, Lodi, Rivoli.


Du 23 juillet au 29 octobre, sont achevés et lancés à Venise trois nouveaux vaisseaux, nommés Laharpe, Stengel et Beyrand, et deux nouvelles frégates, nommées Carrère et Muiron.


Qui est Muiron ? Jean-Baptiste Muiron est né le 10 janvier 1774, fils d’Eustache Nicolas conseiller, fermier général du roi, et d’Anne-Adélaïde Grossard de Verly, son épouse.

 

Il participe en 1793, en tant que second capitaine de la 22ème compagnie d’artillerie légère, au siège de Toulon.

 

A cette occasion, il rencontre et se lie d’amitié avec Bonaparte.

 

Il devient rapidement son aide de camp et participe ainsi à la première campagne d’Italie.

 

Il meurt, sauvant certainement la vie à Bonaparte, durant la célèbre charge sur le pont d’Arcole, le 15 novembre 1796.


Bonaparte annonce à Euphrasie, la femme alors enceinte de Jean-Baptiste, la mort de son mari par une lettre écrite le 19 novembre 1796 :

« Muiron est mort à mes côtés sur le champ de bataille d’Arcole. Vous avez perdu un mari qui vous était cher, j’ai perdu un ami auquel j’étais depuis longtemps attaché, mais la patrie perd plus que nous deux en perdant un officier distingué autant par ses talents que par son courage.
Si je puis vous être bon à quelque chose, à vous ou à son enfant, je vous prie de compter entièrement sur moi. »


Quelques jours plus tard, Euphrasie accouche d’un fils, et meurt à son tour tout autant de chagrin que des suites de l’accouchement, le nouveau-né s’éteint également quelque temps plus tard.


Le général annonce également la mort de son aide de camp au directoire exécutif :

« J’ai eu deux de mes aides-de-camp tués, les citoyens Elliot et Muiron, officiers de la plus grande distinction ; jeunes encore, ils promettaient d’arriver un jour avec gloire aux premiers postes militaires. »


Bonaparte est très affecté par la mort de son ami Muiron et s’est tout naturellement qu’il décide que l’une des frégates de Venise porte son nom.

La Muiron est une frégate armée de 28 canons de 18 et 16 canons de 8 (en tout 44 canons donc). Ses dimensions sont les suivantes : 47,8 x 12 x 5,5 mètres. La frégate, bien qu’à l’origine de conception italienne, est terminée par l’ingénieur Forfait, ce qui explique certainement que les dispositions générales de La Muiron soient typiques des frégates françaises de l’époque.

En 1798, La Muiron fait partie du corps expéditionnaire français quittant Toulon pour l’Égypte. Elle traverse avec le reste de la flotte la Méditerranée vers Alexandrie entre mai et juillet 1798. Restée sur place, la frégate y est radoubée et sa coque doublée de cuivre. Elle ne participe donc pas à la bataille d’Aboukir. Mais La Muiron est surtout connue pour avoir été le navire que Bonaparte a utilisé pour quitter l’Égypte et rentrer en France.

En effet, en juin 1799, Bonaparte décide de rentrer en France et donne l’ordre à Ganteaume de préparer son retour. Ce n’est que le 22 août que Bonaparte quitte l’Égypte et embarque sur La Muiron.


Au cours du long voyage, une conversation entre Bonaparte et Monge porte sur une potentielle prise par les Anglais :
- Bonaparte : “Si nous devions tomber au pouvoir des Anglais, quel parti faudrait-il prendre ? Nous résigner à la captivité sur des pontons ? Impossible ! Il faudrait nous faire sauter !”
- Monge intervint alors : “Général, vous avez bien apprécié votre position ; le cas échéant, il faudra comme vous l’avez dit, nous faire sauter.”
- A quoi, le ci-devant général de l’armée d’Orient répondit : “Je m’attendais à ce témoignage d’amitié de votre part ; aussi je vous charge de l’exécution.”


Le 8 octobre, huit à dix voiles britanniques sont repérées. Suite au branle-bas de combat et la cessation du danger, on recherche Monge. On trouve le savant à côté de la sainte barbe, une lanterne allumée à la main. (Source : Pairault, Gaspard Monge Le fondateur de Polytechnique, Tallandier.)


La Muiron arrive finalement en France, à Fréjus précisément, le 9 octobre 1799. Un mois plus tard, Napoléon Bonaparte prendra le pouvoir et le général deviendra le Premier consul.


Les années suivantes, La Muiron croise en Méditerranée, et participe, sous le commandement du capitaine de frégate Martinenq, à la bataille d’Algésiras (1801), avant de rejoindre Toulon son port d’attache.


Elle participe l’année suivante à l’expédition de Saint-Domingue (1802) et sert de geôle aux compagnons de Louverture lors de leur déportation vers Toulon, toujours sous le commandement de Martinenq, entre-temps devenu capitaine de vaisseau.


Le 30 janvier 1807, La Muiron combat la frégate anglaise Pomone en baie de Carqueiranne prés de Toulon.

En juin de la même année, sans doute superstitieux, Napoléon demande au Ministre de la Marine de retirer la frégate des combats. Dans une lettre à Decrès, l’Empereur écrit : 

« Je désire que La Muiron sur laquelle je suis revenu d’Égypte, soit gardée comme un monument et placée de manière à ce qu’elle se conserve, s’il est possible, plusieurs centaines d’années… »


Le Ministre écrit alors au préfet maritime de Toulon, le contre-amiral Emeriau :

« Monsieur le contre-amiral, la frégate la “Muiron” a ramené d’Egypte en France l’Empereur Napoléon. Elle ne doit plus être exposée aux événements de la mer et aux champs de la guerre. Elle sera conservée comme monument. Veuillez donc la faire placer dans tel lieu du port où elle frappera davantage tous les regards et où il sera le plus facile de perpétuer sa conservation. »


La Muiron devient officiellement “monument historique”, sans doute le premier de l’Histoire de France. Ancrée alors dans le port de Toulon, on ajoute sur la coque de la frégate, en lettres d’or :

« La Muiron, prise en 1797 dans l’Arsenal de Venise par le conquérant de l’Italie. Elle ramena d’Égypte en 1799, le sauveur de la France. »


A la chute de l’Empire, La Muiron est transformée en prison de la Marine Royale. Elle est finalement démantelée en 1850 et il existe un doute quant à la fin de la frégate. Certains historiens affirment qu’elle a été tout simplement vendu, d’autres pensent qu’elle a été détruite par la foudre.

_______________________

En 1803, Napoléon Bonaparte passe commande d’un modèle de La Muiron. Ce modèle est réalisé à l’arsenal de Toulon par Jean Lille, contre-maître de manœuvre, et Claude Meirier, contre-maître charpentier. Elle est apportée à Paris en juillet 1805. Le modèle ne quittera jamais le cabinet de travail de Napoléon et, à la mort de Joséphine en 1814, il se trouve toujours dans la bibliothèque de Malmaison, cabinet de travail de Napoléon que Joséphine avait gardé en l’état après leur divorce en décembre 1809.


Il est dit que ce modèle fut réalisé avec une très grande précision dans la finesse de ses moindres détails, entièrement gréée et réalisé dans une grande variété de matériaux, comme l’ébène, le buis, le laiton et le noyer.

Le modèle est acquis par le général Gourgaud, fidèle compagnon de l’Empereur, en 1829. Il se trouve aujourd’hui au Musée de la marine de Paris.

 

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