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Histoire, Napoléon

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1er juin 1815: La distribution des Aigles au Champ-de-Mai

"...Champ-de-Mai. -Le 10 avril, mon régiment, qui faisait partie de l'armée des Alpes, sous le commandement du maréchal Suchet, quitta Valence pour Grenoble. Comme chef de corps, je suis appelé à Paris pour assister à la cérémonie du Champ-de-Mai, avec une députation de mon régiment. Le 1er juin, cette cérémonie a lieu au Champ-de-Mars.

 

Les députations militaires occupent, avec les corps de l'État et les autorités, d'immenses gradins circulaires en amphithéâtre, adossés à la façade de l'école militaire et s'élevant jusqu'au premier étage. En face est dressé un autel, et au delà, jusqu'à la Seine, sont rangées des deux côtés la garde nationale et les troupes.

 

L'Empereur fait son entrée par le premier étage de l'école militaire, et prend place sur un trône doré au milieu des gradins. Il porte un manteau de pourpre brodé d'or et garni d'hermine. Il a sur la tête une toque noire, surmontée de plumes retenues par un gros diamant.

 

A son arrivée tout le monde se lève, et il est acclamé par tous les spectateurs. Sa famille a été froidement accueillie. Elle est peu populaire. Elle coûte trop cher à la France.

 

Au sacre, j'ai fait partie de la députation du 1er d'artillerie à cheval; au Champ-de-Mai, je fais partie de celle du 4ème régiment, que je commande, et je puis constater qu'au 1er juin 1815 il y a plus d'acclamations qu'au 2 décembre 1804. Elles me semblent moins officielles et plus sincères. Bien des sympathies étaient revenues à Napoléon.

 

Les Bourbons et leur entourage s'étaient rendus si impopulaires, que, bien qu'on eût soif de paix, on leur préférait encore l'Empereur, avec la perspective de la guerre. On savait qu'il avait tout tenté pour avoir la paix; que les souverains alliés avaient refusé de recevoir ses envoyés; on en était humilié et irrité. On le croyait sincèrement revenu à des idées plus libérales. La rédaction de l'Acte additionnel, confiée à Benjamin Constant, le chef des Constitutionnels, le choix de Carnot comme ministre de l'intérieur, la liberté de la presse rétablie, sa modération, l'absence de persécution contre ses ennemis, donnaient des gages pour l'avenir; il se rendait bien compte d'ailleurs que l'opinion avait marché.

 

Enfin, la fatalité nous mettait aux prises avec l'Europe entière, et on sentait que le génie de Napoléon pouvait seul, dans les terribles circonstances où nous étions, nous donner quelques chances de succès. On pouvait déplorer son retour; mais la France l'ayant de nouveau choisi pour son souverain, il n'y avait plus qu'à marcher avec lui.

 

L'Empereur ayant pris place sur son trône, une messe suivie d'un Te Deum est chantée ; rien d'imposant comme ces cérémonies du culte catholique, accompagnées de tout l'appareil militaire. Il y avait là 50,000 hommes sous les armes et 100 pièces de canon.

 

Le spectacle était grandiose et sévère.

 

La contenance des assistants indiquait que ce n'étaient pas des actions de grâces qu'on adressait au ciel, mais un appui qu'on implorait. Tous paraissaient sentir qu'on en avait besoin.

 

La prestation de serment à la Constitution sur l'Évangile fut suivie de la distribution des aigles à la garde nationale et aux députations des régiments de l'armée. L'ensemble de la cérémonie fut magnifique. Elle tirait des circonstances un caractère de grandeur imposant. L'armée doit se mettre en mouvement aussitôt la cérémonie terminée.

 

Toutefois elle fut trop longue, il y eut trop de discours qu'on n'entendait pas. On regrettait qu'en raison même des circonstances on ne lui eût pas donné un caractère plus simple, moins théâtral. On eût préféré voir Napoléon en costume militaire. Cela eût mieux convenu à la situation. Ses frères tout en satin blanc, le vieux Cambacérès couvert d'un manteau bleu semé d'abeilles d'or, les dignitaires en costumes d'un autre âge, tout cela eût donné quelque chose de grotesque à cette cérémonie si l'ensemble n'eût été aussi imposant.

 

[...] Dès le lendemain du Champ-de-Mai, la garde impériale et une partie des troupes se mirent en marche pour la campagne de Belgique, contre les Prussiens et les Anglais. L'Empereur rejoignit l'armée le 12..."

 

Colonel Noël, SOUVENIRS MILITAIRES D'UN OFFICIER DU PREMIER EMPIRE, A la Librairie des Deux Empires

 

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