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Histoire, Napoléon

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18 juin 1815 : Une bien longue journée. Un long article pour en parler.

Une bien longue journée. Un long article pour en parler.

Charge de cavalerie sur le 42e britannique.
 
 

• Dans la nuit, la pluie ne cessait de tomber et le tonnerre de gronder au loin.
• A 1 h du matin, il rentre au Gros Caillou et tient un conseil de guerre jusqu’à 2 h. Une heure plus tard, il reçoit de Grouchy la réponse à son message, où il lui annonce que les Prussiens semblaient se retirer sur deux colonnes, l’une sur Liège, l’autre sur Wavre et lui envoie aussitôt une autre dépêche lui confirmant la première.
• Puis il exécute une troisième reconnaissance. Il rentre à 3 h 30. Il fait venir Gourgaud et lui demande d’aller reconnaître le terrain et de voir si l’artillerie pourra manœuvrer. Il prend du repos jusqu’à 6 h.
• A 3 h, Grouchy se réveille. Le chef d’escadron La Fontaine, expédié à Gembloux pour recueillir des informations auprès des habitants, lui fournit ce rapport : « …A Sart-à-Walhain est passé environ à 30 000 à 40 000 hommes. Le passage était sur trois colonnes, et à duré depuis 9 h du matin, jusqu’à 3 h après midi. Il a passé environ 60 bouches à feu. Le 3e Corps de Wittgenstein ( ?) a passé à Sart-à-Walhain. On a des réquisitions signées de ses communications. Le prince Auguste ( ?) était avec cette colonne. Elle venait de Hannut et des environ de Liège. Le passage a fini hier 17 à 3 h après-midi. La queue de la colonne est à Corroy. Tout se dirige sur Wavre. Les blessés ont été dirigés par la chaussée des romains sur Liège et Maestricht. On pense qu’il a passé trois corps, le 2e et le 3e sûrement, et probablement le premier. Les premier et deuxième ont pris part à la bataille de Fleurus, Ils ont annoncé vouloir livrer bataille près de Bruxelles, où ils veulent se masser. Leur artillerie est venue par le Grand-Lez. La meilleure route pour aller à Wavre est par Nil-Pierreux, à la chapelle de Corbais à la Baraque, à Limale… » Grouchy dépêche immédiatement à l’Empereur ces informations capitales. Si le maréchal se berçait encore du moindre doute quant à la direction prise par les Prussiens, le voilà levé. Mais on peut être inquiet. La lecture de la carte permet de constater que les queues de colonnes ennemies dépassant Corroy, 15 km les séparent des Français, soit au moins six heures de marche pour espérer, en pressant le mouvement, les accrocher, faire peser une menace sur leurs arrières. Faut-il toujours, au pied de la lettre, à cette heure, en ce 18 juin, poursuivre Blücher sur sa ligne de retraite ? Grouchy n’a pas encore reçu l’ordre envoyé du « Caillou » par l’Empereur, vers 22 h. Nous n’en connaissons pas le contenu réel qui n’est pas inscrit au Registre général. Peut-être n’a-t-il jamais existé ailleurs que dans la version qu’en donne Gourgaud, celle de Sainte-Hélène, et qui prétend ceci : « …A 10 h du soir, l’Empereur expédia un officier au maréchal Grouchy, pour lui faire connaître qu’il y aurait le lendemain une grande bataille ; que l’armée anglo-hollandaise était en position en avant de la forêt de Signes, sa gauche appuyée au village de la Haie ; que le maréchal Blücher aurait pris u de ces trois partis : - 1er : qu’il aurait fait sa retraite sur Liège, 2e : qu’il se serait retiré sur Bruxelles, 3e : qu’il resterait en position à Wavre ; que dans tous les cas, il fallait que le maréchal Grouchy manoeuvrât par Saint-Lambert, pour déborder la gauche de l’armée anglaise, et venir se joindre avec la droite de l’armée française : mais que ce mouvement que, dans les deux premiers cas, ce maréchal devait faire avec la majorité de ses forces réunies, ne devait être fait dans le troisième cas qu’avec un détachement plus ou moins fort, selon la nature de la position qu’il occupait vis-à-vis de l’armée prussienne… » Sans nier qu’une dépêche eût été envoyée au maréchal Grouchy, il est précisément permis d’affirmer qu’elle ne pouvait contenir de telles injonctions. L’Empereur sait, depuis son passage à Genappe que les Prussiens cherchent à se rapprocher des Anglais pour livrer bataille en avant de Bruxelles. La retraite sur Liège est une vue de l’esprit, celle d’une position campée sur Wavre une aberration, quand, depuis cette ville, la communication avec Wellington est possible, en avant de la forêt de Soignes. Livrer bataille devant Bruxelles impliquerait pour les Anglais le passage de cette forêt, de dont l’Empereur, comme Wellington, a mesuré l’incongruité. Ainsi, dans l’esprit de l’Empereur, à 3 h, le doute ne peut être permis. Les informations de Grouchy confortent l’évidence : Wellington va livrer bataille parce qu’il sait que Blücher est en mesure de le rejoindre. L’Empereur ne peut avoir rédigé cette dépêche de 22 h ; seul Soult peut l’avoir rédigée. Le major général, de son propre chef, a certainement enjoint à Grouchy de lier ses communications avec la droite de l’armée impériale, lui confirmait de la sorte la marche des Prussiens sur Wavre. Reste que cet ordre eût existé ou pas ne change rien à l’affaire, car Grouchy ne l’a jamais reçu. Le général Le Sénécal favorable à son supérieur, prétendra : « …Je certifie que depuis son départ de Ligny, le 1er juin jusqu’au 19 juin au matin, temps durant lequel j’ai constamment été avec M. le maréchal Grouchy, il ne lui est parvenu aucune autre dépêche ou ordre de Napoléon que deux lettres, l’une datée de la ferme du Caillou le 18 à 10 heures du matin, l’autre du champ de bataille de Waterloo le 18 à une heure de l’après-midi… » (Gérard Le Tulzo – « Les fraises de Grouchy » Ed. la Compagnie Littéraire - Paris – 2009 – p. 86 à 90)
• La pluie cesse vers 6 h du matin, mais le ciel restait très couvert.
• De 6 h à 8 h, il reçoit les rapports. A 8 h, il déjeune avec Soult, Maret, Drouot et plusieurs généraux. Il se montre plein de confiance. Il quitte la ferme du Caillou à 9 h, après s’être entretenu avec le propriétaire, le fermier Boucquéau. Il se porte en avant de la Belle-A1liance, sur la ligne des tirailleurs. Il y demeure assez longtemps.
• Le général Foy dans sa relation écrit le 23 juin, dira que ce matin là vers 8 h, l’Empereur dit à ses généraux : « …La bataille qui va se donner sauvera la France et sera célèbre dans les annales du monde. Je ferai jouer ma nombreuse artillerie, je ferai charger ma cavalerie pour forcer les ennemis à se montrer et quand je serai bien sûr du point occupé par les nationaux anglais, je marcherai droit à eux avec ma Vieille Garde… » (« Waterloo » 18 juin 1815 – Présentation du champ de bataille – p. 18)
• Malgré les ordres de l’empereur de se tenir en position de bataille pour 9 h, l’armée française, à cette heure manœuvre seulement pour former sa ligne de bataille. Après avoir pris quelques renseignements auprès du cabaretier Decoster, puis auprès d’un nommé Joseph Bourgeois, l’empereur ordonne au général du génie Haxo de s’assurer que les Anglais n’avait pas élevé de retranchements. Puis, il vient se poster à 1 500 m en arrière du front, sur un mamelon, près de la ferme de Rossomme ; il demanda des cartes.
• A 11 h, il dicte à Soult l’ordre d’attaque : « …Une fois que toute l’armée sera rangée en bataille, à peu près à 1 h de l’après-midi, au moment où l’empereur en donnera l’ordre au maréchal Ney, l’attaque commencera pour s’emparer du village de Mont-Saint-Jean, où est l’intersection des routes. A cet effet, les batteries de 12 du 2e corps et celles du 6e, se réuniront à celles du 1er corps. Ces 24 bouches à feu tireront sur les troupes de Mont-Saint-Jean et le comte d’Erlon commencera l’attaque en portant en avant sa division de gauche et en la soutenant suivant les circonstances par les autres divisions du 1er corps. Le 2e corps s’avancera à mesure pour garder la hauteur du comte d’Erlon. Les compagnies de sapeurs du 1er corps seront prêtes pour se barricader sur-le-champ à Mont-Saint-Jean… » ; Ney ajoutera de sa main sur l’ordre : « …le comte d’Erlon comprendra que c’est par la gauche que l’attaque commencera au lieu de la droite. Communiquer cette nouvelle disposition au général en chef Reille… » ; cet ajout intempestif va introduire de la confusion dans la conduite de la bataille. (« Waterloo » 18 juin 1815 – Présentation du champ de bataille – p. 17)
• A 10 h, il se couche sur son lit de camp ; d’autres disent qu’il se mit à califourchon sur une chaise, recommandant à son frère Jérôme de le réveiller au bout d’une heure.
• A 10 h, Soult écrit à Grouchy. La lettre du maréchal indiquant qu’il allait marcher sur Sart-à-Walhain et Wavres, parce qu’il était d’opinion que les Prussiens se retireraient sur Bruxelles ou Louvain ; l’Empereur pouvant par là juger du point où se trouvait Grouchy dans le moment même où on lui remettait la dépêche interceptée, qui annonçait la marche de l’ennemi sur Saint-Lambert , dut juger qu’il ne fallait plus compter sur Grouchy, et qu’il était inutile de l’attendre ( Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l’Histoire de l’Empereur Napoléon 1er » Edition nouvelle, refondue et annotée par Désiré Lacroix – Ed. Garnier frères – Paris – 1901 – t. V – p. 257) : « …En avant de la ferme du Caillou…M. le maréchal, l’Empereur a reçu votre dernier message daté de Gembloux ; vous ne parlez à S. M que des deux colonnes prussiennes qui ont passé à Sauvenière et Sart-à-Walhein ; cependant les rapports disent qu’une troisième colonne, qui était assez forte, a passé à Géry et Gentines, se dirigeant sur Wavre . L’Empereur me charge de vous prévenir qu’en ce moment S.M va faire attaquer l’armée anglaise, qui a pris position à Waterloo, près de la forêt de Soignes ; ainsi S.M désire que vous dirigiez vos mouvements sur Wavre, afin de vous rapprocher de nous, vous mettre en rapport d’opérations, et lier les communications, poussant devant vous les corps de l’armée prussienne qui ont pris cette direction et qui ont pu s’arrêter à Wavre, où vous devez arriver le plus tôt possible. Vous ferez suivre les colonnes ennemies qui ont pris sur votre droite par quelques corps légers, afin d’observer leurs mouvements et ramasser leurs traînards. Instruisez-moi immédiatement de vos dispositions et de votre marche, ainsi que des nouvelles que vous avez sur les ennemis, et ne négligez pas de lier vos communications avec nous ; l’Empereur désire avoir très souvent de vos nouvelles… » ( Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l’Histoire de l’Empereur Napoléon 1er » Edition nouvelle, refondue et annotée par Désiré Lacroix – Ed. Garnier frères – Paris – 1901 – t. V – p. 254-255).
• L’état major impérial reçoit entre 10 et 11 h, une dépêche de Grouchy écrite à 6 h du matin. Il donnait l’information que : « …30 ou 40 000 Prussiens… » étaient passés à Sart-lez-Walhain le 17 : « …de 9 h du matin, à 3 h de l’après midi. On pense qu’il a passé trois corps, le 2e et le 3e bien sûrement, et probablement le 1er. Tout se dirige sur Wavre. Ils ont annoncé vouloir livrer bataille près de Bruxelles où ils veulent se masser… » ; il ajoute : « …Sire, tous mes rapports et renseignements confirment que l’ennemi se retire sur Bruxelles pour s’y concentrer ou livrer bataille après s’être réuni à Wellington. Le premier et le second corps de l’armée de Blücher paraissent se diriger le premier sur Corbais et le deuxième sur Chaumont. Ils doivent être partis hier soir à 8 h 30 de Tourinnes et avoir marché toute la nuit ; heureusement elle a été si mauvaise qu’ils n’auront pu faire beaucoup de chemin. Je pars à l’instant à Sart-à-Walhain d’où je me porterai à Corbais et à Wavre… » (« Waterloo » 18 juin 1815 – Présentation du champ de bataille – p. 17)
• Depuis Sart-à-Walhain, Grouchy écrit à l’Empereur : « …Sire, je ne perds pas un moment à vous transmettre les renseignements que je recueille ici ; je les regarde comme positifs, et afin que V.M les reçoive le plus promptement possible, je les expédie par le major Lafresnay, son ancien page ; il est bien monté et bon écuyer. Les 1er, 2e et 3e Corps de Blücher marchent dans la direction de Bruxelles. Deux de ces corps ont passé à Sart-à-Walhain, ou à peu de distance sur la droite ; ils ont défilé en trois colonnes, marchant à peu près à la même hauteur. Leur passage a duré 6 heures sans interruption. Ce qui a défilé en vue de Sart-à-Walhain peut être évalué à 30 000 hommes au moins, et avait un matériel de 50 à 60 bouches à feu…Un corps venant de Liège a effectué sa jonction avec ceux qui ont combattu à Fleurus. Quelques uns des Prussiens que j’ai devant moi se dirigent vers la plaine de la Chyse, située près de la route de Louvain et à 2 lieues et demie de cette ville. Il semblerait que ce soit à dessein de s’y masser ou de combattre les troupes qui les y poursuivraient ou afin de se réunir à Wellington, projet annoncé par leurs officiers qui, avec leur jactance ordinaire, prétendent n’avoir quitte le champ de bataille, le 16, qu’afin d’opérer leur réunion avec l’armée anglaise sur Bruxelles…Ce soir,je vais être massé sur Wavre et me trouver ainsi entre Wellington, que je présume en retraite devant V.M, et l’armée prussienne. J’ai besoin d’instructions ultérieures sur ce que V.M ordonne que je fasse. Le pays entre Wavre et la plaine de la Chyse est difficile, coupé, et en partie marécageux. Par la route de Vilworde, j’arriverai facilement à Bruxelles avant tout ce qui sera arrêté à la Chyse, si tant est que les Prussiens y fassent une halte. Sire, me transmettre vos ordres ; je puis le concevoir avant de commencer mon mouvement de demain… » (« Waterloo » 18 juin 1815 – Présentation du champ de bataille – p. 17)
• Vers 11 h, M de Montréal, alors capitaine des grenadiers, avait défilé devant la petite maison où se trouvait l’empereur ; son régiment hurlait «…Vive l’empereur… », mais Napoléon n’entendit rien, il était assis, à cheval sur une chaise, la tête appuyée sur les mains, vissées au dossier ; il dormait lourdement ; en racontant cet épisode en 1838, à Blida, Montréal dira que ce spectacle lui avait produit la plus pénible des impressions. Le propriétaire de la ferme du Caillou, racontera que ce matin-là, il avait remarque que l’empereur était gêné dans sa démarche et qu’il écartait les jambes «…comme s’il était gêné dans les reins ou les entournures… ».

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• Les premiers coups de canon sont tirés à 11 h 15, par une batterie divisionnaire du 2e corps qui ouvrit le feu pour protéger le mouvement des 4 régiments du prince Jérôme chargés de créer une diversion en attaquant la ferme d’Hougoumont. Aussitôt, 3 batteries anglaises ripostent. L’attaque de Jérôme est repoussée, et malgré les conseils de Reille et de Guilleminot, son chef d’état-major, il s’obstine à lancer une seconde attaque et sans préparation d’artillerie, il envoie la brigade du général Soye, soutenir la brigade du général Baudouin . Wellington envoie 4 compagnies de la brigade Byng en renfort à la ferme et les débris des troupes de Jérôme devront se retirer sur le bois et sur la route de Nivelles. La diversion voulue par l’empereur, sur sa gauche, s’est transformée en véritable et inutile combat meurtrier.
• Grouchy quitte Gembloux à 7 h 30 et chemine à la suite du Corps de Vandamme ; un général tout aussi peu matinal car son départ, initialement prévu pour 6 h, déjà une éternité, ne s’armorce qu’à 7 h. Gérard, devant, hélas, le suivre sur cette même route, et n’accusant aucun retard, l’engorgement est inévitable, de l’autre côté de l’Ormeau. (Gérard Le Tulzo – « Les fraises de Grouchy » Ed. la Compagnie Littéraire - Paris – 2009 – p. 95-96)
• Grouchy qui a quitté Gembloux à 10 h est à 11 h 30 à Walheim d’où il entend la canonnade du Mont-Saint-Jean ; ses adjoints Exelmans et Gérard le pressent de se porter vers le champ de bataille ; mais le maréchal, fidèle à ses instructions de suivre les Prussiens, décident de poursuivre sa marche sur Wavre.

• A 10 h, Soult écrit à Grouchy : « …En avant de la ferme du Caillou…M. le maréchal, l’Empereur a reçu votre rapport daté de Gembloux. Vous ne parlez à S.M que de deux colonnes prussiennes qui ont passé à Sauvenière et à Sart-à-Walahin ; cependant des rapports disent qu’une troisième colonne, qui était assez forte a passé à Géry et à Gentinnes, se dirigeant sur Wavre. L’Empereur me charge de vous prévenir qu’en ce moment S.M va faire attaquer l’armée anglaise qui a pris position à Waterloo, près de la forêt de Soignes. Ainsi S.M désire que vous désirez vos mouvement sur Wavre, afin de vous rapprocher de nous, vous mettre en rapport d’opérations et lier les communications poussant devant vous les corps de l’armée prussienne qui ont pris cette direction et qui auraient pu s’arrêter à Wavre, où vous devez arriver le plus tôt possible. Vous ferez suivre les colonnes ennemies qui ont pris sur votre droite, par quelques corps légers, afin d’observer leurs mouvements et ramasser leurs traînards. Instruisez-moi immédiatement de vos dispositions et de votre marche ainsi que des nouvelles que vous avez sur les ennemis et ne négligez point de lier vos communications avec nous…» Cette dépêche capitale a cristallisé bien des observations, jusqu’à en faire le centre des débats engagés sur la possibilité qu’avait encore Grouchy d’arriver en sauveur sur le champ de bataille. Elle est apparue d’abord contradictoire à nombre d’observateurs arguant de l’impossibilité géographique de marcher à la fois sur Wavre et de se rapprocher de l’aile droite impériale ; et bien obtuse, en fixant Wavre comme objectif nécessaire, sinon définitif, nonobstant toute autre considération que celle de « lier des communications ». Il est à cela une explication fort naturelle, mais que Grouchy ne peut alors appréhender : la direction de Wavre est celle que Napoléon a dû imposer, eu égard aux informations dont il dispose à ce moment. Partielles ou fausses ! Mais la suite de la dépêche est manifestement une interprétation pour le moins appuyée de Soult, qui toujours inquiet de savoir Grouchy trop éloigné, le presse de nouer des communications. Penché sur une carte, il ne lui a pas échappé que le maréchal peut manœuvrer sur Wavre, par la rive gauche de la Dyle, ce qui le rapprocherait de l’aile droite impériale. Il ressort néanmoins de cette dépêche que Grouchy continue de naviguer en aveugle, puisque c’est au major-général qu’il appartient de lui apprendre les mouvements prussiens. (Gérard Le Tulzo – « Les fraises de Grouchy » Ed. la Compagnie Littéraire - Paris – 2009 – p. 103-104)
• A 11 h, Grouchy vient de recevoir le rapport d’un certain Godseels, du 27e chasseurs à cheval, qui lui confirme les manœuvres et les intentions prussiennes : se réunir coûte que coûte à Wellington. Le notaire de Perwez possède une maison de campagne, légèrement isolée, une ferme, un jardin, un verger, le tout entouré d’un mur et d’une seule claire-voie. Le maréchal est invité à y déjeuner. C’est alors qu’à l’intention de l’Empereur, il rédige ces dernières informations : « Sire. Je ne perds pas un moment pour vous transmettre les renseignements que j’ai recueillis ici ; je les regarde comme positifs, et, afin que V.M les reçoive le plus promptement possible, je les lui expédie par le major La Fresnaye. Son ancien page ; il est bine monté et bon écuyer. Les premier, deuxième et troisième corps de Blücher marchent dans la direction de Bruxelles. Deux de ces corps ont passé à Sart-à-Walhain, ou à peu de distance sur la droite ; ils ont défilé en trois colonnes, marchant à peu près à même hauteur. Leur passage a duré six heures sans interruption. Ce qui a défilé, en vue de Sart-à-Walhain, peut être évalué à 30 000 hommes au moins, et avait un matériel de 50 à 60 bouches à feu. Un corps venant de Liège a effectué sa jonction avec ceux qui ont combattu à Fleurus. Quelques-uns des Prussiens que j’ai devant moi se dirigent vers la plaine de la Chyse, située près de la route de Louvain, et à deux lieues et demie de cette ville. Il semblerait que ce serait à dessein de s’y masser ou de combattre les troupes qui les poursuivraient, ou afin de se réunir à Wellington, projet annoncé par leurs officiers, qui, avec leur jactance ordinaire, prétendent n’avoir quitté le champ de bataille, le 16, qu’afin d’opérer leur réunion avec l’armée anglaise sur Bruxelles. Ce soir, je vais être massé à Wavre et me trouver ainsi entre Wellington que je présume en retraite devant V.M et l’armée prussienne. J’ai besoin d’instructions ultérieures sur ce que V.M ordonne que je fasse. Le pays entre Wavre et la plaine de la Chyse est difficile, coupé et en partie marécageux. Par la route de la Wivorde, j’arriverai facilement à Bruxelles avant tout ce qui serait arrêté à la Chyse, si tant il y a que les Prussiens y fassent une halte. Daignez, Sire, me transmettre vos ordres ; je puis les recevoir avant de commencer mon mouvement de demain… » Il est clair qu’à 11 h, Grouchy ne sait rien ni des Anglais, ce qui se comprend, ni des Prussiens s’enfonçant toujours plus dans l’erreur et la gesticulation intellectuelle. Pourquoi Blücher ferait-il exécuter un mouvement vers l’est, s’il a l’intention de se réunir à Wellington qui est à l’ouest ? N’ayant donné à Exelmans aucune directive pour tenter d’établir un contact avec l’arrière garde prussienne et par là incapable d’avoir des informations fiables, Grouchy se fie à des renseignements contradictoires, Louvain ou Bruxelles ? Comment peut il encore croire qu’installé à Wavre, il sera entre Prussiens et Anglais ? (Gérard Le Tulzo – « Les fraises de Grouchy » Ed. la Compagnie Littéraire - Paris – 2009 – p. 98 à 100) Grouchy a accepté l’invitation du notaire de Perwez, M. Hollërt. Il déjeune sous un petit pavillon vert. Il fait beau et chaud maintenant. Au même moment, la bataille s’engage au Mont Saint-Jean, mais Grouchy ne marchera pas au canon. (Gérard Le Tulzo – « Les fraises de Grouchy » Ed. la Compagnie Littéraire - Paris – 2009 – p. 105)
• Blücher ayant acquis la certitude que ses adversaires étaient loin de lui, met ses troupes en marche à 14 h, sur Plancenoit ; il a décidé d’attaquer les Français sur le flanc droit et de seconder la gauche anglaise le plus possible.
• A 13 h, Soult écrit à Grouchy : « …Du champ de bataille de Waterloo…Monsieur le Maréchal, vous avez écrit ce matin à 6 h à l’Empereur que vous marcheriez sur Sart-à-Walhain ; donc votre projet était de vous porter à Corbaix ou à Wavres. Ce mouvement est conforme aux dispositions de S.M. qui vous ont été communiquées. Cependant l’Empereur m’ordonne de vous dire que vous devez toujours manœuvrer dans notre direction. C’est à vous de voir le point où nous sommes, pour vous régler en conséquence, et pour lier nos communications, ainsi que pour être toujours en mesure de tomber sur quelques troupes ennemies qui chercheraient à inquiéter notre droite, et les écraser. En ce moment la bataille est gagnée sur la ligne de Waterloo. Le centre de l’ennemi est à Mont-Saint-Jean, ainsi manoeuvrez pour joindre notre droite …PS Une lettre qui vient d’être interceptée porte que le général Bülow doit attaquer notre flanc droit. Nous croyons apercevoir ce corps que les hauteurs de Saint-Lambert ; aussi ne perdez pas un instant pour vous rapprocher de nous et nous joindre pour écraser Bülow que vous prendrez en flagrant délit… » ; Savary dans ses « Mémoires » ajoute : « …J’ai tort sans doute de le supposer, mais il me semble qu’il y a une lacune, qu’on a omis, sûrement par inadvertance, le complément de la phrase où l’Empereur ordonne au maréchal de manœuvrer dans notre direction ; ce complément doit être quelque chose d’analogue à celui ci : - Pour vous rapprochez de nous le plus tôt possible, empêchez l’ennemi de se glisser entre votre corps et notre droite – Je soumets mes doutes au maréchal, car je suis loin de soupçonner sa loyauté. Je les lui expose d’autant plus volontiers que la lettre porte des traces évidentes d’altération : car qui peut croire qu’une bataille engagée à midi soit gagnée à une heure ? qui peut soupçonner le maréchal Soult d’écrire de telles choses ? imaginer que le major général prétende abuser ainsi un homme d’autant d’expérience que le maréchal Grouchy ? Il y a évidemment ici substitution de mots ; ce n’est pas gagnée mais engagée que doit porter la lettre ; car comment le centre des Anglais battus à Waterloo, aurait-il encore été à Saint-Saint-Jean, qui était entre nous et ce village… » ( Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l’Histoire de l’Empereur Napoléon 1er » Edition nouvelle, refondue et annotée par Désiré Lacroix – Ed. Garnier frères – Paris – 1901 – t. V – p. 241). La lettre se termine par ce P.S : « …Une lettre qui vient d’être interceptée, porte que le général Bulow doit attaquer notre flanc. Nous croyons apercevoir ce corps sur les hauteurs de Saint-Lambert ; ainsi ne perdez pas un instant pour vous rapprocher de nous et nous joindre, et pour écraser Bulow que vous prendrez en flagrant délit… » ( Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l’Histoire de l’Empereur Napoléon 1er » Edition nouvelle, refondue et annotée par Désiré Lacroix – Ed. Garnier frères – Paris – 1901 – t. V – p. 255-256).
• Pendant ce temps, à 13 h 30, l’empereur envoie l’ordre à Ney d’attaquer la Haye-Sainte. Ney ne prendra même pas la précaution d’éventrer les murs de la ferme. Après 30 minutes de tir, la grande batterie cesse le feu pour laisser passer l’infanterie de d’Erlon, dont les 4 divisions marchent en échelon, la gauche en avant, à 400 m d’intervalle entre chaque échelon ; la brigade de tête (Quiot) se lance contre la Haye-Sainte et s’empare du verger sans toutefois franchir les murailles de la ferme qui n’ont pas souffert de la canonnade. La ligne anglaise, cachée par le terrain, n’a pas non plus souffert du tir d’artillerie et se lance à l’assaut des troupes de Ney. Les Français, attaqués de front et sur les flancs, gênés par leur masse, se retirent en deçà de la Haye-Sainte. Il est 15 h, le résultat est net, foudroyés par les Anglais, les régiments de Ney sont refoulés.
• A 15 h 30, Napoléon reçoit une note de Grouchy, datée du jour à 11 h, lui demandant des instructions de marche pour le lendemain ; dès ce moment, il comprend qu’il n’aura pas de renfort à attendre de Grouchy.
• De 16 h à 16 h 45, arrêt de la bataille.
• Ney doit enlever la Haye-Sainte, qui doit servir de point d’appui pour un mouvement d’ensemble des troupes françaises.
• Après une charge d’infanterie, les Anglais-Hollandais rétrogradent d’une centaine de mètres et Ney se méprend sur ce mouvement en croyant à un début de retraite. Il fait donner les cuirassiers de Milhaud, les lanciers et les chasseurs à cheval de Lefebvre-Desnouettes sur le centre anglais. Napoléon ne voulait forcer le plateau de Mont-Saint-Jean qu’après avoir ébranlé l’ennemi. Ney suivant son impulsion lança l’attaque trop tôt : « …Voilà un mouvement prématuré qui pourra avoir des résultats funestes pour cette journée, c’est trop tôt d’une heure ! Le malheureux, c’est la seconde fois depuis avant-hier qu’il compromet le sort de la France… » dit l’empereur. Méchamment, Soult rajouta : « …Il nous compromet comme à Iéna… ». Napoléon ne répond pas, il se promène de long en large et dit : « …Il faut soutenir ce qui est fait… », et il envoie à Ney, les 3 000 cuirassiers et carabiniers de Kellermann. Ce dernier juge le mouvement prématuré et s’apprête à le faire savoir à l’aide-de-camp de l’empereur, le général Flahaut, lorsque le général Lhéritier, commandant de sa première division , lance l’assaut. Kellermann, à contrecœur fait suivre sa deuxième division, mais garde en réserve 800 carabiniers, qu’il va placer à l’abri d’un repli de terrain près de Goumont.
• Ney aura ses trois chevaux tués sous lui : La Vestale, Turc et Limousine. Les charges vont se succéder dans la boue épaisse ; dans des champs couverts de récoltes qui atteignaient le poitrail des chevaux. 11 charges successives, une sorte de folie, de rage collective emporte ces cavaliers dans un tournoiement infernal.

• Voulant en finir au plus vite, l’empereur lance dans la mêlée, la grosse cavalerie de la Garde .
• Wellington dit dans la mêlée : « …Tenez ferme my boys, si nous partons d’ici, que dira-t-on en Angleterre ?… »
• Vague après vague, la cavalerie française va s’anéantir vainement sur le plateau. L’artillerie anglaise fait feu jusqu’au dernier moment, et au moment de l’arrivée des cavaliers, les artilleurs vont s’abriter dans les carrés d’infanterie. Ney se souvient tout à coup qu’il a à sa disposition de l’infanterie . Il la jette dans la fournaise, mais trop tard. 1 500 hommes seront tués en quelques instants.
• Pendant ce temps, le 6e corps (Lobau) envoyé avec les cavaleries de Domon et de Subervie au devant des Prussiens, est engagé sérieusement contre Bülow, qui a débouché du bois de Paris vers 16 h 30, en se dirigeant sur la Belle-Alliance. Pour remplacer le 6e corps sur le front, l’empereur a fait avancer l’infanterie de la Garde près de Belle-Alliance, à droite de la route de Bruxelles, à l’exception du 1er grenadier resté près de Rossoe et du 1er bataillon du 1er chasseur chargé de défendre le Caillou.
• A 18 h 15, assaut du Mont-Saint-Jean. Ney a rallié ses derniers cavaliers : « …C’est ici mes amis que va se décider le sort de notre pays… » et il lance une dernière charge. Il aura encore deux chevaux tués sous lui.
• A 18 h 30, la Haie-Sainte est prise par une partie des troupes de Donzelot. Ney sent la victoire à portée de main, il fait demander par le colonel Heymès, des troupes à l’empereur : « …Des troupes, où voulez-vous que j’en prenne ? Voulez-vous que j’en fasse ?… » lui répondit l’empereur.
• Le 6e corps plie sous les assauts de Bülow et les Prussiens délogent la Jeune Garde de Plancenoit. La droite française va être débordée. Napoléon pour éviter une brusque arrivée de Blücher sur le terrain fit mettre en carré 11 bataillons de la Garde, le long de la route de Bruxelles, depuis Belle-Alliance jusqu’à Rossome, face à la menace venant de Plancenoit. L’empereur a confiance en ses troupes et il pense que Grouchy a fixé le maximum de l’armée prussienne, alors que ce dernier n’a accroché à Wavre que le 3e corps de Thielmann.
• A 19 h, Napoléon se met à la tête du premier carré de la Garde et descend vers la Haie-Sainte ; mais vers 19 h 45, le 1er corps prussien (Ziethen) arrive sur le champ de bataille en débouchant de Smohain, faisant replier devant lui la ligne française.
• A 19 h 30, il fait encore jour. La Garde impériale s’ébranle sur deux lignes. La première est formée par les six bataillons de la moyenne Garde, la seconde par les trois de la Vieille Garde ; soit 6 500 hommes, encore couverts dans leur progression par les feux de la grande batterie, mais qu’ils vont bientôt dépasser à hauteur de la Haie-Sainte, pour se trouver à découvert. (Gérard Le Tulzo – « Les fraises de Grouchy » Ed. la Compagnie Littéraire - Paris – 2009 – p. 130) A 20 h, Ziethen attaque la division Durutte, incapable d’endiguer l’assaut. Mais au centre, la Garde poursuit sa marche, d’abord victorieuse ; ainsi deux bataillons de Brunswickois, deux autres de Halkett sont bousculés, taillés en pièces, et le général Friant blessé à la main, peut descendre annoncer à l’Empereur que tout va bien. Hélas, tout bascule en un instant. Le Corps de d’Erlon recule devant les Prussiens et laisse à découvert le flanc droit de la Garde. Sa gauche elle-même est attaquée par la division Chassé. Les premières lignes hésitent, s’arrêtent face au feu anglais, reculent. Cela déclenche un mouvement général de panique. Les unités du Corps de Reille fondent en une débandade générale, laissant cette élite de l’armée, seule face aux Anglais qui voient, béante, la victoire s’ouvrir à eux. Wellington a levé son chapeau. C’est le signal. Tout le front se porte en avant, pendant que la cavalerie prussienne inonde la droite du champ de bataille. Le champ de bataille n’offre plus à la nuit tombante qu’un spectacle d’épouvante et de confusion. Seuls trois carrés de la Garde résistent. La voie de retraite n’est pas encore coupée, car le brave général Duhesme aura résisté sans jamais faiblir face à Bülow et Pirch II dans un village réduit à des ruines calcinées. Grouchy est à 10 km. (Gérard Le Tulzo – « Les fraises de Grouchy » Ed. la Compagnie Littéraire - Paris – 2009 – p. 130-131)
• A 19 h 30 Grouchy est à Wavre, tout à une victoire qui se dérobe encore :le général Hulot parti soutenir Lefor du corps de Vandamme affronte les marécages, avant d’être refoulé par les tirs des Prussiens bien embusqués dans Bierges, Vandamme piétine devant Wavre. Si l’on en croit Rumigny, Gérard aurait renouvelé sa volonté de décrocher pour aller soutenir l’Empereur, arguant du fait – vrai – que depuis près de deux heures, on voyait des Prussiens « par divisions » se diriger vers la « grande bataille ». Ce ne peut être que de vive voix, puisque le maréchal se trouve à ses côtés, au moment même où Gérard tombe, frappé d’une balle en pleine poitrine, mais juste blessé. Le maréchal ordonne à Baltus de prendre le commandement du 4eCorfps. Il refuse. Grouchy prend alors la tête d’un bataillon et dit : « …Si l’on ne peut se faire obéir, il faut savoir se faire tuer… » A gauche, avec l’appui de Pajol, le pont de Limale est emporté par le 1er Hussards, malgré le feu nourri des tirailleurs prussiens, le bataillon poursuit son action sur le plateau si proche des défilés de Saint-Lambert, suivi par la division Test. Thielmann a senti le danger d’être coupé de Blücher, et Stulpnagel reprend ce plateau. Vichery a accepté de commander le 4e Corps. Avec lui, et Pécheux, Grouchy se porte sur Limale, laissant le seul Vandamme face à Thielmann, et tente de reprendre la position que Stulpnagel a enlevée à Pajol. A 21 h 30, le maréchal paie de sa personne aidant de ses propres mains à hisser les canons vers le sommet du plateau ; mais le désordre est grand, dans cette obscurité naissante. Il faut se résoudre à cesser le combat, Français et Prussiens face à face. Vandamme de son côté, continue à gaspiller ses troupes en des efforts infructueux, et la nuit vient couvrir ses errements. Le canon a cessé de tonner du côté de Mont-Saint-Jean. (Gérard Le Tulzo – « Les fraises de Grouchy » Ed. la Compagnie Littéraire - Paris – 2009 – p. 127-128)
• A 20 h, Wellington, après avoir renforcer son centre droit, prend l’offensive ; lorsque les 15 000 hommes dont 6 500 de la Garde sont engagés, 50 000 Anglais les attendent. L’attaque de la Garde va échouer ; en 20 minutes que va durer l’engagement, 60 officiers, 1 200 grenadiers et chasseurs de la Garde et de la Moyenne Garde sont tués. Napoléon est descendu vers la Haie-Sainte, puis il se retire sur les hauteurs de Belle-Alliance. Près de la maison de son guide flamand, Decoster, il joint les 2 bataillons formés en carré de la Vieille Garde . Vers 20 h 15, il se jette en désespéré vers les rangs ennemis, mais son entourage le retient. Il est ramené à la ferme du Caillou. La bataille de Waterloo est perdue.
• A 21 h, près de la route de Bruxelles, Ney, sans aide-de-camp, tête nue, méconnaissable, la face noircie de poudre, l’uniforme en lambeaux, une épaulette tranchée, un tronçon d’épée à la main, embarrassé de ses grosses bottes, essaie d’arrêter les fuyards. A d’Erlon qui passe, il crie : « …D’Erlon, si nous en réchappons, toi et moi, nous serons pendus… » ; puis aux fuyards, il crie « …Venez voir mourir un maréchal de France… » ; puis, il est entraîné par le flot de la retraite. Ney a fait des erreurs, mais sa conduite a été glorieuse.
• L’empereur ordonne au général Petit de donner l’ordre de retraite.
• Un Anglais, causant, le soir de la bataille, avec un Français blessé, raconte : « …Entre autres choses, il nous dit que le maréchal Ney avait conduit la charge contre nous…Je crois qu’il devait se tromper, car le maréchal est un général d’infanterie… » (Cavaliè-Mercer)
• Flahaut dira plus tard de cette journée : « …L’empereur s’était placé pendant la bataille sur un mamelon au centre de la position, d’où son regard embrassait l’ensemble des opérations et d’où il aperçut le mouvement de la cavalerie qu’avait ordonné le maréchal Ney, qui lui parut en effet prématuré et intempestif. Aussi s’écria-t-il – Voilà Ney, qui d’une affaire sûre, fait une affaire incertaine, mais maintenant, puisque le mouvement est commencé, il n’y a plus autre chose à faire qu’à l’appuyer – et il m’ordonna de porter l’ordre à toute la cavalerie de soutenir et de suivre celle qui avait déjà passé le ravin qui la séparait de la position occupée par l’ennemi. Ce qui fut fait…Après avoir assisté à l’attaque de la cavalerie et à celle de la Garde, et lorsque le mouvement de retraite se fut prononcé, je suis revenu chercher l’empereur. Il était nuit ; je l’ai retrouvé dans un carré et je ne l’ai plus quitté. Après y être resté quelque temps, et la bataille étant perdue sans ressource, il en est sorti pour se porter sur la route de Charleroi. Nous avons suivi cette direction, non pas au galop, comme on a l’infamie de le dire dans ces mémoires , mais au pas, et aucune poursuite n’a pu inspirer à l’empereur les craintes que le maréchal, dans sa haine, voudrait lui attribuer. Loin d’avoir l’esprit troublé d’aucune crainte personnelle, et bien que la situation ne fût pas de nature à lui inspirer une grande quiétude, il était tellement accablé par la fatigue et le travail des jours précédents qu’il ne put s’empêcher plusieurs fois de céder au sommeil qui s’emparait de lui… » (F. de Bernady « Charles de Flahaut »).
• Georges Thomas Keppel comte de Albemarle , âgé de 15 ans et affecté au 3e bataillon du 14e de régiment de marche, prend part à la bataille en qualité d’enseigne. Son régiment est pilonné par l’artillerie française, puis violemment chargé par des escadrons de cavaliers ; il se souviendra de cette bataille : « …Nous marchions en colonne, lorsque nous débouchâmes du ravin, une large vallée, encadrée par de petites collines, s’offrait à nous. Le promontoire devant nous était surmonté de canons ennemis, si bien que nous avançâmes vers notre nouvelle position sous une pluie d’obus et de balles…Arrivés au milieu de la plaine, nous formâmes un carré. A ce moment précis, un clairon du 51e qui s’apprêtait à rejoindre par erreur notre carré s’exclama – j’ai encore réussi à m’en tirer – Ces mots étaient à peine sortis de sa bouche qu’une nouvelle série de tirs lui arracha la tête, projetait sur le régiment des morceaux de sa cervelle…Un second tir emporta six soldats équipés de baïonnettes ; un troisième brisa le sternum du lancier Robinson…Un autre tir atteignit l’enseigne Cooper, l’homme le plus petit du régiment qui se tenait alors au milieu du carré. Nous reçûmes l’ordre de nous coucher. Notre espace, à peine suffisant pour nous tenir debout, était bien trop petit en position couchée. Les hommes se serrèrent les uns contre les autres, comme des sardines dans une boîte. Ne trouvant aucune place, je décidai de m’asseoir sur un tambour. J’étais écrasé contre notre colonel. Soudain le tambour chavira et je fus projeté avec l’impression d’un coup reçu à la joue droite. Je portai la main à ma tête, pensant que la moitié de mon visage avait été arraché, mais ma peau n’était même pas éraflée. Un éclat d’obus venait de passer entre ma main et ma tête et avait percuté le nez d’un cheval qui était mort sur le coup…Nous reçûmes l’ordre de nous abriter sur une colline voisine. Alors que je me levais, un boulet percuta un homme…tombant en arrière, il bascula sur moi avec tout le poids de son barda, me mettant au tapis. Je me relevais avec quelques difficultés. L’homme était semble-t-il mort sans même se débattre…Bien que notre nouvelle position fût plus avancée, elle était moins exposée au tir ennemi. En regardant en arrière vers l’endroit d’où nous venions, nous découvrîmes une brigade en pleine effervescence, tentant de reprendre ses positions ; un obus ennemi venait de faire exploser son chariot de munitions, semant la mort et la destruction tout autour. Nous avions une sympathie toute particulière pour les chevaux qui étaient les principales victimes de cette catastrophe, et qui galopaient tout autour. Certains s’arrêtaient brusquement, grignotaient quelques brins d’herbe, basculaient en arrière et tombaient morts. Un pauvre animal, horriblement mutilé, rôda un long moment autour de notre carré, comme s’il recherchait notre protection. Nous occupions maintenant la crête d’un petit promontoire. Soudain l’ennemi déboucha de l’arrière de la colline qui nous faisait face. Nous découvrîmes alors les magnifiques silhouettes des cavaliers, leurs casques noirs et, si ma mémoire est bonne, leurs cuirasses noires. Dès qu’ils parvinrent au sommet de notre colline, ils se mirent au pas de charge dans notre direction. Nous ne savions quel carré allait être honoré le premier de leur charge ; ils donnèrent la préférence à notre voisin de gauche, un régiment composé de soldats de Brunswick. Après une ou deux vaines tentatives pour percer leur carré, les cavaliers ennemis se dirigèrent sur nos lignes arrières. Leur présence parmi nous stoppa momentanément le pilonnage de l’artillerie française. Puis les cavaliers reprirent leur charge entre les deux bataillons. Dès qu’ils furent à portée de tir, un de nos carrés ouvrit le feu sur eux. Au même moment les artilleurs britanniques, situés à notre droite, déversèrent leur flot d’obus sur eux. Pendant des secondes la fumée était si épaisse qu’il était impossible de distinguer le moindre objet devant nous. Lorsque la visibilité revint, les cavaliers ennemis étaient en fuite. La colline était maintenant jonchée de cadavres, de soldats mourants ; des chevaux galopaient sans cavaliers, des cuirassiers désarçonnés quittaient la zone de combat aussi vite que leur lourde armure les y autorisaient… » (Frédéric Mathieu – « Ils ont vaincu Napoléon et le temps » Ed. Sébirot – 2010 – p. 54 à 56)

• Vers 21 h Blücher et Wellington se rencontrent devant Belle-Alliance ; l’Anglais dit au Prussien : « …Les soldats sont fatigués à en mourir, je laisserai à Votre Excellence le soin de poursuivre … » ; et s’en retourne vers Waterloo, où il regagne sa chambre, d’où à 22 h, il entamera son rapport à lord Bathurst. Daté du lendemain, il donnera à la bataille le nom de Waterloo qui a coûté à la France 24 000 tués ou blessés et 8 000 prisonniers ; aux Coalisés 9 000 Anglo-hanovriens, 3 200 Hollando-belges et 7 000 Prussiens. Si du côté des Français, Delort, L’Héritier, Colbert, Dnop, Travers et Blancart étaient hors de combat, du côté des Anglais, Alten, Van Meeren, Delancey, Ompteda étaient tués, Barne était blessé. Tout l’état-major de Wellington était décimé. Le 2e régiment des gardes à pied avait perdu 5 lieutenants-colonels, 4 capitaines et 3 enseignes ; le 1er bataillon du 30e d’infanterie avait perdu 24 officiers et 112 soldats ; le 79e montagnards avait 24 officiers blessés, 18 officiers morts, 450 soldats tués. Les hussards hanovriens de Cumberland, un régiment tout entier, ayant à sa tête son colonel Hacke, qui devait plus tard être jugé et cassé, avaient tourné bride devant la mêlée et était en fuite dans la forêt de Soignes, semant la déroute jusqu’à Bruxelles, les charrois, les prolonges, les bagages, les fourgons pleins de blessés, voyant les Français gagner du terrain et s’approcher de la forêt, s’y précipitèrent ; les Hollandais sabrés par la cavalerie française criaient « alarme ». De Vert-Coucou jusqu’à Groenendael, sur une longueur de près de 2 lieues dans la direction de Bruxelles, il y avait au dire des témoins, qui Victor Hugo a interrogé, un encombrement de fuyards.
• Tard, vers 23 h Grouchy entrait enfin dans Wavre, la route de Mont-Saint-Jean était ouverte ; mais il ignorait le désastre de la journée. Des hauteurs de Limale, il écrit à 23 h 30 au général Vandamme : « …Mon cher général, nous avons débouché de Limale, mais la nuit n’a pas permis de suivre, de sorte que nous sommes bec à bec avec l’ennemi. Puisque vous n’avez pas été à même de passer la Dyle, veuillez vous rendre tout de suite à Limale avec votre corps, ne laissant devant Wavre que le nombre de troupes indispensables pour nous maintenir dans la partie de Wavre que nous occupons. A la pointe du jour nous attaquerons les troupes que j’ai en face de moi et nous réussirons j’espère, à joindre l’Empereur, ainsi qu’il m’ordonne de le faire. On dit qu’il a battu les Anglais, mais je n’ai plus de ses nouvelles, et je suis fort dans l’embarras de lui donner des nôtres. C’est au nom de la patrie que je vous prie, mon cher camarade, d’exécuter le présent ordre. Je ne vois que cette manière de partir de la position difficile où nous sommes, et le salut de l’armée en dépend. Je mets en outre, sous votre commandement tout le Corps de Gérard. Je vous attends… » (Gérard Le Tulzo – « Les fraises de Grouchy » Ed. la Compagnie Littéraire - Paris – 2009 – p. 133)
• Lady Georgina Ros, dans ses « Mémoires » raconte : « …Le 18, nous marchâmes toute la matinée ; nous ne pouvions tenir en place en raison du grondement assourdissant des canons et de l’absence d’informations. Beaucoup de soldats blessés étaient dirigés sur Bruxelles ; le premier que nous vîmes, étendu sur une civière, nous plongea dans une grande anxiété, car nous étions toujours sans nouvelles de nos proches. Enfin, les premiers messages nous parvinrent annonçant que notre frère était sain et sauf. Parmi les blessés nous vîmes passer lord Uxbridge, lord Fitzroy Somerset , et le prince d’Orange…Le même jour, nous eûmes une grosse frayeur lorsque des troupes du Cumberland pénétrèrent dans Bruxelles en annonçant que les Alliés étaient vaincus, que les Français entraient dans la ville. Mais la nouvelle était fausse… » (Frédéric Mathieu – « Ils ont vaincu Napoléon et le temps » Ed. Sébirot – 2010 – p. 114)
• Paris est réveillé au son du canon des Invalides. On court aux Tuileries, au Palais-Royal, à la place Vendôme pour avoir des nouvelles de la victoire. Des groupes se forment pour entendre la lecture de « l’extrait du Moniteur », imprimé sur feuille volante que l’on distribuait gratuitement : « …Soldats ! c’est aujourd’hui l’anniversaire de Marengo et de Friedland…Comme après Austerlitz, comme après Wagram nous fûmes trop généreux. Nous crûmes aux protestations et aux serments des princes que nous laissâmes sur le trône. Aujourd’hui, cependant, coalisés entre eux, ils en veulent à l’indépendance et aux droits les plus sacrés de la France, ils ont commencé la plus injuste des agressions. Marchons donc à leur rencontre…Soldats, nous avons des marches forcées à faire, des batailles à livrer, des périls à courir…Pour tout Français qui a du cœur, le moment est arrivé de vaincre ou de mourir… » (Agotani – « Lettres autographes – documents historiques » Marseille – n°1/2004)
• Murat écrit à Mme Récamier : « …J’ai perdu trône et famille s’en m’émouvoir, mais l’ingratitude m’a révoltée. J’ai tout perdu pour la France, pour son empereur, par son ordre et aujourd’hui il me fait un crime de l’avoir fait ; il me refuse la permission de combattre et de me venger et je ne suis pas libre du choix de ma retraite…Voilà ma situation. Donnez-moi des conseils, j’attendrai votre réponse, celle du duc d’Otrante et de Lucien, avant de prendre une détermination…J’attendrai votre réponse sur la route de Marseille, à Lyon… » (F. Masson – « Napoléon et sa famille »).
• Le 8 juin 1844, le général de cavalerie Louis Bro de Comeres , alors colonel du 4e lanciers, écrira à son fils Olivier lui-même capitaine et commandant le 1er escadron du 7e hussards à Versailles : « …Quand à Waterloo, le 18 juin 1815, à la tête de mon brave 4e de lanciers vers une heure après midi, j’écharpais la brigade de cavalerie anglaise commandée par le général Ponsomby qui fut tué, dans la belle charge, exécutée par le 4e lanciers et qui dégagea la division d’infanterie commandée par le général Durutte, quand je me faisait couper, à moitié, le bras droit et, presque, fracasser la tête par le sabre des Anglais. Etait-ce un sabre qui chargeait la main du Lieutenant-Général Eugène Dastorg…qui m’est préféré pour l’inspection…Non, ce que portait la main de M. le colonel Dastorg, le 18 juin 1815, c’était la canne d’ébène, à pomme d’ivoire, insigne de l’officier de service des Gardes du Corps de S.M Louis XVIII à Gand. M. le lieutenant-général Corbineau chez lequel j’écris cette lettre m’autorise à dire ici qu’il m’eut avec plaisir chargé d’inspecter ces 5 régiments, 2e, 6e, 8e Cuirassiers, 6e Lanciers et 10e Chasseurs, qui tous ont été, plus ou moins de temps sous mes ordres directs… » ainsi, l’un des héros de Waterloo livre à son fils la légitime amertume de n’avoir pas été préféré à un « officier de cour » ; il décédera le 2 décembre 1844. (Agotani – « Lettres autographes et documents historiques » Marseille n° 2/2005)
C.F 

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