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Histoire, Napoléon

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11 novembre 1806: le rebelle Fra Diavolo pendu à Naples

le rebelle Fra Diavolo pendu à Naples

Né le 7 avril 1771 dans un petit village (Itri) du Royaume de Naples, Fra Diavolo est considéré par certains comme un repris de justice, voleur de grand chemin, truand et par d’autres comme le chef des insurgés napolitains contre l'armée de Napoléon, inféodé aux Bourbons de Naples. Son vrai nom était Arcangelo Michele Pezza, mais le surnom Fra Diavolo proviendrait  de son baptême dans l'église de l'Archange Saint Michel etd e son caractère turbulent (« petit diable »).

 

Adulte, son père envoie le jeune Michelangelo travailler comme apprenti chez un artisan. Ce dernier, lors d'une dispute, bat le jeune apprenti, qui pour se défendre, tue son patron. Menacé de vengeance par la famille, Fra Diavolo se réfugie dans les montagnes d'Itri. A 27 ans, Fra Diavolo est déjà un tueur et devient rapidement un chef de bandes qui, dans le sud du Latium et le nord de la Campanie exerçait des ravages tels que le gouvernement de Naples mit sa tête à prix.

 

En 1798, l'armée française menace le royaume de Naples. Fra Diavolo profite de cet évènement pour demander au roi Ferdinand IV de Bourbon (qui a désespérément besoin de soldats) de commuer sa peine pour assassinat en un service militaire de 13 années. Le roi accepte et Fra Diavolo entre dans le régiment d'infanterie des Bourbons.

 

Peu de temps après, le général français Jean Etienne Championnet envahit le royaume, en battant l'armée de Naples des Bourbons qui s’incline après plusieurs jours de résistance acharnée et héroïque de la part des  Lazzari ; Le roi Ferdinand s'enfuit à Palerme, tandis que la République est fondée. Mais la conquête de Naples ne garantit pas à l'armée française, ni à la République napolitaine (Etat fantoche, en réalité jamais reconnu par Paris) une souveraineté sur le Royaume, en particulier dans les régions plus éloignées, fermement aux mains de la guérilla légitimiste.

 

Fra Diavolo s’organise avec une poignée d'hommes et s’installe à proximité d’Itri. Il opère sur la Via Appia Antica, plus précisément dans zones qui traversent les montagnes, de la plaine de la route de Fondi à Formia (Monti Ausoni et Monti Aurunci). Cette partie du territoire est dominée par une forteresse datant du XVIème siècle, qui deviendra le bastion de Fra Diavolo, le lieu à partir duquel toutes les embuscades contre les soldats français partiront. 

 

En 1799, Fra Diavolo part à Naples pour organiser le sauvetage de l'armée napolitaine. Le roi Ferdinand l'a fait nommé capitaine, tandis que la reine Marie-Caroline, en guise d’admiration, lui donne une broche de diamants. Le cardinal Ruffo, utilise tous les moyens pour chasser les Français, et se sert de Frà Diavolo. Celui-ci organise une troupe de "Lazzari" et contribue à libérer Naples des Français. En récompense, le roi Ferdinand l'a nommé colonel, Duc de Cassano et chef du district d’Itri (bien que les historiens sont enclins à croire que ces dotations n'étaient pas réelles).

 

En 1806, Napoléon Bonaparte occupe Naples, avec une armée dirigée par le général Joseph Léopold Sigisbert Hugo (le père de Victor). La résistance des Bourbons est facilement vaincue: le roi Ferdinand s'enfuit à nouveau, et Joseph Bonaparte est placé sur son trône selon la volonté de Napoléon.

 

Fra Diavolo se rend à Sperlonga et reprend la guérilla, croyant pourvoir bénéficier du soutien que la flotte britannique a promis. Mais la révolte, est sévèrement réprimée par les troupes françaises. Ainsi commence pour le patriote napolitain une longue traque: Fra Diavolo se révèle être un adversaire coriace, utilisant à merveille l'art du camouflage et de la dissimulation pour échapper aux contrôles de l'occupant français.

 

Les troupes françaises réussissent à décimer les insurgés en pratiquant la tactique de la terre brûlée. Fra Diavolo, abandonné de tous, est dénoncé, arrêté à Baronissi après une belle défense, et condamné à la pendaison. A midi, le 11 Novembre 1806, sur la Piazza del Mercato à Naples, Fra Diavolo est pendu, revêtu de l'uniforme de sergent de l'armée des Bourbons, à l'âge de 35 ans. Son corps est laissé plusieurs heures à la vue de tous les habitants pour servir d’exemple à la population locale. 

 

Relisons un passage des Mémoires de madame la duchesse d'Abrantès ou Souvenirs historiques ..., Volume 3 :

 

« ...C'était un singulier homme que ce Fra Diavolo. Son véritable nom était Michele Pezza. Il avait déjà été fameux par ses massacres à Itri, lors de la campagne de Naples, commandée par Championnet. Dès cette époque il inquiétait les derrières de l'armée française, organisait des masses d'insurgés dans les deux Calabres, dirigeait une vaste conspiration contre les Français, et leur causait autant de mal qu'il pouvait leur en faire. Il était né à Itri ( Terra di Laroro ), et il gardait les chèvres dans sa jeunesse. Il entra en religion dans un couvent, et, ce qui est bizarre, il prit alors, le nom de Fra Angelo. Mais sa mauvaise conduite le fit chasser du couvent. Alors il se jeta dans les montagnes et devint un déterminé scélérat. Il se mit à la tête d'une compagnie de contrebandiers, et répandit la désolation dans le pays. Le gouvernement du roi Ferdinand le condamna à être pendu, et sa tête fut mise à prix.

 

Mais la reine Caroline , femme de Ferdinand, était une personne qui savait se servir de toutes les armes... On amnistia Michele Pezza, et on lui donna le commandement de tous les forçats libérés pour attaquer les derrières de l'armée française, depuis Fondi jusqu'au Garigliano. Tandis que les Français prenaient Gaëte et Capoue, Fra Diavolo s'établit à Itri, sa patrie, et y commit toutes les horreurs imaginables... il égorgeait les soldais isolés, les escortes peu nombreuses, et pour peu qu'un habitant fût riche, et qu'on prononçât seulement son nom, il était égorgé, et ses biens pillés. Bientôt Itri ne fut plus peuplé que des créatures de Fra Diavolo ; et lorsque des voyageurs allant de Naples à Rome, et comptant que ce lieu d'étape était un lieu de sûreté, s'arrêtaient pour y passer la nuit , ils s'y endormaient d'un éternel sommeil. Il y avait même, dans l'art qu'employait cet homme pour attirer ses victimes, une finesse et une recherche remarquables ; L’entrée des villages voisins était gardée, rien ne paraissait éveiller l'inquiétude, et les malheureux s'avançaient avec sécurité dans un lieu où la mort les attendait : ils étaient attirés dans les maisons d'Itri, et n'en sortaient plus.

Un officier d'état-major de l'armée, M. Leone d'Almeyda, était parti de Rome pour se rendre à Gaëte, il était dans sa voiture avec M. de IHaupt, ancien officier, et deux employés de l'administration civile de l'armée ; un domestique était en avant conduisant les chevaux de main... Ils couchèrent à Fondi, où les voyageurs passèrent la nuit chez le syndic, qui, probablement d'accord avec le chef des bandits, assura M. Leone que la route était parfaitement sûre, et le seul chemin direct pour gagner Gaëte. Cependant comme la route passait au travers des bois, M. Leone monta à cheval quelque temps avant d'arriver à Itri, et se fit accompagner par un officier napolitain qui était également du petit convoi... Ils parcouraient la route au galop, ayant mis d'avance le sabre à la main, car dans ce malheureux pays un peu d'expérience apprenait à ne se fier à aucune sécurité, lorsqu'ils furent assaillis tout à coup par une grêle de balles presque tirées à bout portant des buissons serrés qui bordent le chemin. M. Leone reconnut à l'instant une force majeure embusquée dans les ruines d'un petit retranchement, appelé le fort Saint-André, que les Français avaient négligé d'abattre en l'abandonnant; il jugea tout à la fois plus convenable et plus prudent de retourner à sa voiture, sans engager le combat dans le lieu où il était alors, et ils retournèrent à Fondi; Mais Fra Diavolo, qui avait vu à combien peu de monde il avait affaire, poursuivit le petit convoi. M. de Haupt, plus mal monté que les autres, fut malheureusement atteint par ces misérables, renversé de son cheval, terrassé, et enfin fusillé... N'étant pas garrotté, il plaça, presque machinalement au reste , ses deux mains sur son cœur... il fut blessé, mais non pas mortellement; il tomba. Les brigands s'élancèrent sur lui pour le dépouiller, et ce fut alors qu'ils s'aperçurent qu'il respirait encore.

 

— A mort! à mort ! s'écria Fra Diavolo en tirant son poignard; et il allait le percer au cœur lorsque, ouvrant avec violence sa veste et son habit, il aperçut la décoration de l'ordre du Christ sur sa poitrine!... Au même instant le poignard s'abaissa... Fra Diavolo regarda sa victime avec incertitude.

 

— Êtes-vous Français? demanda-t-il à M. de Haupt.

 

— Je suis Allemand, répondit le vieillard tout tremblant, quoique la griffe sanglante du tigre le pressât moins fortement.

 

A peine Fra Diavolo l'eut-il entendu, qu'il l'enleva dans ses bras, le porta dans sa maison d'Itri, où il fut parfaitement soigné pendant plusieurs jours, Peu de temps après M. Leone revint avec des forces suffisantes, attaqua ltri, et délivra M. de Haupt.

 

C'était le général Olivier, ce brave et bon général Olivier que nous avons tous connu, et que par conséquent nous avons tous aimé, qui alors commandait à Gaëte. Étant prévenu qu'une horde de bandits était à ltri, il envoya un régiment polonais pour soutenir le jeune officier d'état-major, qui, voyant dans cette expédition un motif presque chevaleresque d'agir , exposait sa vie avec un merveilleux courage. Il parvint à chasser Fra Diavolo d'Itri, et à le pousser dans les bois. Mais Fra Diavolo était brave et tout aussi chevaleresque à sa manière, ou plutôt à la vraie façon du moyen âge ; il revint, rentra dans ltri, s'y laissa attaquer même avec du canon, et fit un affreux carnage de tons ceux qu'il prenait. La petite chapelle placée près du pont fut le théâtre de bien des atrocités !... On se battit dans ltri même... les maisons furent crénelées. Fra Diavolo fit alors ce que plus lard on fit à Saragosse ; l'idée était la même, et cet homme à la tête d'une armée eût été un homme habile, tandis qu'il ne fut qu'un bourreau fanatique et cruel en dirigeant les paysans de son village. Enfin une seconde fois ils furent repoussés dans les montagnes, et la route fut encore libre, mais ce fut au général Olivier qu'on le dut. A peine le convoi et son escorte, qui s'était si vaillamment battue, étaient-ils hors du sentier qui conduit de la grande route de Naples à MoIo-di-Gaëta, que deux mille insurgés se montrèrent de nouveau... Le générai Olivier envoya contre eux deux escadrons et un bataillon de Polonais , qui les dispersèrent, et s'en furent eux-mêmes occuper Itri. Fra Diavolo ne résista plus alors ; il abandonna Terra di Lavoro, et s'en fut avec sa troupe infester les Calabres, et les rendre de nouveau le théâtre de ses meurtres et de ses atrocités.

 

Pourra-t-on croire jamais dans la suite des âges qu'un homme comme Fra Diavolo ait été dans la haute faveur des souverains de la Sicile?... La reine Caroline lui envoya un bracelet avec son portrait!... L'Angleterre le nomma Major dans les armées britanniques !... Mais comme on ne peut penser à tout, on oublia, en lui faisant don de tant de choses, de lui borner la vie... Cette vie, souillée de tant de crimes, était celle d'un relaps, d'un contrebandier, d'un assassin!.. Et cette vie appartenait au bourreau, par un arrêt qui condamnait à mort le chef de contrebandiers Fra Diavolo, et qui mettait sa tète à prix. Salicetti se rappela cet oubli, lorsque, en 1806, on arrêta Fra Diavolo.

 

— L'influence de cet homme, me disait Masséna, fut immense dans les deux occupations de Naples par les Français, parce que les habitants des montagnes, où il faisait sa demeure habituelle, aussi cruels que lui, suivaient avec joie un chef qui ne les menait qu'au pillage et au meurtre... Une fois, cependant, il voulut se montrer plus noble dans ses volontés. Il fit un débarquement à Itri, par la faute, par exemple, du général Girardon, qui commandait à Capoue, et qui, refusant de croire à tous les rapports qui lui avaient été faits par le commandant d'itri, laissa la côte dégarnie de troupes. Fra Diavolo opéra son débarquement au milieu de la nuit, massacra sans pitié tout ce qui lui résista, et fit le reste prisonnier. Une particularité assez remarquable de sa part, fut ce qui arriva à deux femmes d'officiers supérieurs du 2ème régiment suisse, qui se trouvait à ltri. Fra Diavolo les emmena avec lui dans la montagne avec tous ses brigands, ensuite il les renvoya à Naples, après avoir exigé d'elles un certificat qu'elles avaient été respectées. Mais ceci n'est pas le plus curieux: ce fut que les deux femmes se firent donner une copie de leur certificat contresigné par Fra Diavolo.

 

Lors de la seconde occupation de Naples par nos troupes, Fra Diavolo, chassé de la terre ferme, se réfugia à Capri ; ce fut alors que sir Hudson Lowe probablement eut la gloire de le commander avec ses hommes. Comme le nom de sir Hudson Lowe était trop obscur de toute façon pour m'occuper à l'époque où je faisais tant de questions à Masséna, je n'ai pu m'enquérir de ce fait par avance, mais je le crois positif. On sait comment Fra Diavolo fut arrêté à Salerno par un garçon apothicaire. C'est une triste fin pour un homme comme lui. Toujours est-il qu'il fut conduit à Naples, et que, sans assembler les juges, on prépara la potence ; car il n'y avait pour le hisser au haut, disait Salicetti, qu'à revoir la condamnation du rot très-juste et de la reine éminemment équitable, Caroline et Ferdinand. Mais voici le plus curieux de toute l'histoire. Les Anglais, dont les vaisseaux croisaient incessamment devant la baie de Naples, envoyèrent un Parlementaire pour réclamer le major britannique, Michele Pezza , prisonnier de guerre; menaçant, si on le leur refusait, d'user de représailles envers tous les prisonniers français et napolitains qu'ils feraient. Je ne sais comment allait la pendule de Salicetti ; je crois qu'elle avançait un peu; je crois même qu'elle avançait beaucoup; car il répondit aux Anglais qu'il était désespéré, mais qu'il ne connaissait aucun major au service d'Angleterre qui eût été pris par les troupes de Sa Majesté le roi Joseph ; que cependant s'ils voulaient parler d'un bandit n'ayant aucune commission, aucun caractère, ni militaire, ni politique, qu'on appelait dans le pays Fra Diavolo, il avait été pendu la veille en vertu d'un ancien jugement rendu contre lui par les tribunaux du roi Ferdinand, lesquels l'avaient condamné comme meurtrier, relaps , incendiaire et contrebandier !...

 

Et voilà l'histoire véritable de Fra Diavolo ». 

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