Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 23:00

Jean Baptiste Dommanget

 

né le 17 octobre 1769 à Possesse (Marne)

 

clerc de notaire lorsque la Révolution éclata.

 

Mû par le sentiment d’un patriotisme qui ne s’est pas démenti un seul instant pendant sa longue et honorable carrière, il s’enrôla, comme soldat, le 11 mai 1791, dans le 23e régiment de cavalerie, fit la campagne de 1792, en Champagne, et celle de 1793 à l’armée de Sambre-et-Meuse.

 

 

 

Brigadier-fourrier le 1er avril de cette dernière année, il devint adjoint aux adjudants-généraux le 1er nivôse an II, et fut promu au grade de lieutenant de cavalerie le 14 messidor suivant. En quittant l’armée de Sambre-et-Meuse, Dommanget devait être placé en qualité d’adjoint auprès de l’adjudant-général Cottin, mais cet officier supérieur, affaibli par l’âge, n’était plus en état de faire la guerre ; aussi le jeune lieutenant chercha-t-il un emploi qui lui offrît quelques chances de danger et de gloire. Le général Durand, qui commandait une brigade de la division Garnier à l’armée d’Italie, et qui connaissait la bravoure et la capacité de Dommanget, s’empressa de l’appeler auprès de lui en qualité d’aide-de-camp ; mais il ne remplit ces fonctions que pendant deux mois : un événement funeste priva la France des services du brave général Durand. La cause de sa mort et les circonstances qui l’accompagnèrent sont empreintes d’une telle fatalité que ce fait doit trouver place dans cette notice. Le 22 fructidor an II, l’ennemi devait attaquer la brigade Durand au col de Frememorte. Dès le matin, Dommanget avait été envoyé en reconnaissance pour observer les mouvements de l’ennemi. Il vint rendre compte à son général que les Autrichiens ne bougeaient pas et que tout était tranquille. Vers trois heures de l’après-midi survint un orage des plus violents ; le lieutenant Dommanget était couché entre le général Durand et le capitaine Bodard, de la 84e demi-brigade, sous une tente adossée à un mur de rocaille ; la foudre touche sur ce mur qui s’écroule et ensevelit la tente sous ses ruines. Dommanget en fut quitte pour quelques contusions, mais, lorsqu’on retira des débris le général Durand et le capitaine Bodard, ils étaient morts. Après cette déplorable catastrophe, Dommanget servit pendant quelque temps à l’état-major de la division Garnier.

 

 

 

Confirmé dans son grade de lieutenant le 4 pluviôse an III, et attaché en cette qualité, le 11 vendémiaire an IV, au 15ème régiment de chasseurs à cheval, il fut employé comme adjoint auprès de l’adjudant-général Dalons le 20 floréal suivant.

 

 

 

Depuis 1793 jusqu’en l’an VI, il fit avec distinction les guerres d’Italie.

 

 

 

Nommé capitaine-adjoint le 11 vendémiaire an V, il passa avec son grade à la suite du 5ème régiment de dragons le 4 prairial, et y devint capitaine titulaire le 13 thermidor de la même année. Il servit en l’an VII contre les insurgés de la Belgique.

 

 

 

Nommé chef d’escadron au même régiment le 13 pluviôse an VIII, le premier Consul le désigna pour faire partie de l’armée de réserve avec 500 dragons lors du passage du Saint-Bernard. A son arrivée à Milan, il alla rejoindre à Lodi la division Duhesme, dont il forma depuis l’avant-garde. Cette division s’étant approchée de Crémone, Dommanget rencontra à peu de distance de la ville un bataillon autrichien établi sur la route, et qui voulut opposer quelque résistance ; chargé vigoureusement par les braves dragons du 5e, il fut culbuté, sabré et fait prisonnier. La légion de Bussy, qui était en réserve, attendit la charge des Français et la soutint assez bien ; mais, enfin, rompue et sabrée, le commandant Dommanget la mena battant pendant plus d’une lieue au-delà de Crémone, sur la route de Mantoue. Pour cette brillante affaire, le 5e dragons reçut quatre sabres d’honneur ; Le lendemain de la prise de Crémone, le général Duhesme rejoignit le gros de l’armée avec sa division, et laissa le commandant Dommanget dans la place, afin d’observer, d’éclairer les routes de Mantoue et de Brescia, et de couvrir le blocus de Pizzighitone. A la fin de la campagne, le 5e de dragons rentra en France, et, au mois de floréal an IX, il fit partie de l’armée de la Gironde. Cette armée auxiliaire des Espagnols fut portée sur les frontières du Portugal depuis Ciudad-Rodrigo jusqu’à Alcantara sur le Tage.

 

 

 

Au mois de nivôse an X, le régiment rentra en France et alla tenir garnison à Joigny, où il resta jusqu’à la réunion du camp de Compiègne, au mois de vendémiaire an XII.

 

 

 

Major du 8e régiment de dragons le 6 brumaire, et membre de la Légion-d ’Honneur le 4 germinal suivant, Dommanget ne voulut point rester au dépôt lorsque les troupes de l’armée des côtes de l’Océan se portèrent sur le Rhin. Il demanda au ministre de la guerre d’aller commander les escadrons de guerre de dragons montés, puisque le colonel était aux dragons à pied de la division Baraguay-d’Hilliers. Le ministre fit quelques difficultés ; Dommanget lui offrit alors de déposer ses épaulettes de major et de reprendre celles de chef d’escadron pour aller rejoindre l’armée. « Retournez à votre dépôt à Chantilly, lui répondit le ministre, vous y recevrez mes ordres. »

 

 

 

Vingt-quatre heures après, Dommanget était en route. Il ne put atteindre la grande armée qu’au-delà de Munich, le 8 brumaire an XIV. Le 8° régiment de dragons appartenait à la division Beaumont. Le jour de son arrivée au corps, le major Dommanget, faisant tête de colonne de la division, rencontra à quelque distance de Munich un bataillon de l’arrière-garde ennemie, posté sur la lisière d’un bois, pour arrêter le mouvement de la division française. Le major Dommanget le chargea aussitôt ; en moins de dix minutes, il l’enfonça et lui fit mettre bas les armes. Au-delà du bois se trouvait un régiment de hussards autrichiens, il le culbuta et le mena battant jusque dans les rues de Bied. Sa belle conduite dans cette journée et à l’affaire de Lambach, qui eut lieu le lendemain, fut citée dans les bulletins de l’armée.

 

 

 

A la bataille d’Austerlitz, le 8e régiment de dragons chargea sur l’artillerie russe, qui était fortement défendue, et, en se repliant, il se jeta, sur un corps d’infanterie ennemie, le sabra, lui fit poser les armes, et prit le général russe Langeron, que le major fit conduire à l’Empereur. Pendant tout le reste de cette campagne et la suivante, Dommanget donna de nouvelles preuves de son courage, et, le 20 septembre 1806, il obtint le grade de colonel et le commandement du 10e régiment de dragons. Le 27 octobre suivant, il chargea, avec une grande résolution, près du village de Wickmansdorff, les dragons de la reine de Prusse, qui, avant de partir pour léna, étaient venus, par fanfaronnade, aiguiser leurs sabres sous les croisées de l’ambassadeur français. Il les rompit, passa le défilé pêle-mêle avec eux, et quoiqu’il n’eût sous ses ordres que trois cents chevaux, il obligea ce régiment, fort de 550 hommes à déposer les armes. Au moment où le 10e de dragons ramenait les prisonniers, parmi lesquels se trouvait le général major de Zastro, le prince Murât arrivait avec la division Beaumont. Le régiment fut accueilli par les cris de Vive le 10e ! et le prince félicita le colonel sur la prise qu’il venait de faire.

 

 

 

Après avoir assisté aux combats Je Prentzlau, de Lubeck, de Hoff, etc., cet officier supérieur se trouva à la bataille d’Eylau, où il eut un cheval tué sous lui. Il combattit à Friedland avec sa valeur habituelle, et, démonté, foulé aux pieds des chevaux, criblé de coups de sabre sur la tête, il eût infailliblement péri, si ses dragons ne fussent venus le retirer des mains des hussards ennemis. Il reçut à cette occasion, le 11 juillet 1807, la croix d’officier de la Légion d’Honneur des mains de l’Empereur, qui accorda vingt-huit décorations à son régiment.

 

 

 

Créé baron de l’Empire le 19 mars 1808, avec dotation, il fit les campagnes de 1808 à 1811 en Espagne et en Portugal, et se signala surtout au combat d’Alba de Tormès le 28 novembre 1809. Le 12 janvier 1811, pendant la retraite du général portugais Silveyra, l’avant-garde du général Claparède, commandée par le colonel Dommanget, chargea l’arrière-garde portugaise près de Mondin, la culbuta et la rejeta au-delà de la Coura. A la bataille de Fuentes de Onora, il eut un cheval blessé sous lui, et le général Montbrun, commandant la division de dragons, le proposa pour le grade de général de brigade, que l’Empereur lui accorda par décret impérial du 6 août 1811.

 

 

 

Rentré en France à la fin du mois de novembre suivant, et appelé, le 13 mars 1812. au commandement de la 3e brigade de cavalerie légère du 3e corps de la réserve de cavalerie, composée des 1er et 2e régiments de chevau-légers bavarois et du régiment de chevau-légers du prince Albert de Saxe. Il fit la campagne de Russie. Il eut une affaire d’avant-garde assez brillante au-delà de Minsk, et une autre à Babinowisk, entre Orscha et Wilepsk. Le 16 août, sous Smolensk, il sabra et culbuta un corps de cavalerie régulière russe. Le 27, l’ennemi ayant été forcé d’abandonner Wiasma, il attaqua son arrière-garde, qui se sauva dans les bois. Le 7 septembre, à la Moskowa, il chargea avec une rare intrépidité une masse énorme de cavalerie russe en avant de la grande redoute. Dans la mêlée, où il fit des prodiges de valeur, le général Domanget fut atteint d’un coup de sabre sur la tête et d’un autre coup qui lui ouvrit la joue droite dans une largeur d’environ trois pouces, et lui abattit presque entièrement la lèvre supérieure. Cette blessure, quoique très-grave, ne l’empêcha pas de suivre la grande armée jusqu’à Moscou, d’où il se retira avec elle. Ses services pendant cette campagne furent récompensés par la croix de commandeur de la Légion-d’Honneur, le 28 mars 1813.

 

 

 

A peine rétabli de ses blessures, l’Empereur lui confia le commandement d’une brigade de cavalerie légère, composée de régiments de marche. Au-delà de l’Elbe, l’Empereur passa en revue cette brigade, et donna au général Dommanget la décoration de chevalier de la Couronne de fer, le 15 mai : « Vous étiez de la vieille armée d’Italie, lui dit-il, cette croix vous est bien due. »

 

 

 

Après la bataille de Wurlschen, Dommanget envoya ses escadrons de marche rejoindre les régiments auxquels ils appartenaient, et alla prendre le commandement de la 2e brigade (2e lanciers, 11ème et 12ème chasseurs) de la division Roussel-d’Husbal, du 2e corps de réserve de cavalerie. Le 16 juillet suivant, le roi de Saxe lui adressa la croix de commandeur de l’ordre de Saint-Henri, avec une lettre autographe, par laquelle ce monarque le remerciait des soins qu’il avait pris de son régiment de chevau-légers du prince Albert pendant la campagne de Russie. Le 10 août de la même année, le roi de Bavière le nomma commandeur de l’ordre du Mérite militaire de Maximilien-Joseph. Le 26, le général Roussel-d’Husbal ayant été grièvement blessé à la tête, le général Dommanget prit le commandement de la division. Le 12 octobre, vers Zerbst, entre Dessau et Postdam, il rencontra quelque infanterie qui fut culbutée, et ensuite les équipages de l’armée suédoise, qui avaient passé l’Elbe à Dessau. Les troupes qui gardaient ces équipages furent sabrées et mises en fuite, et les bagages, caissons, voilures, etc., furent immédiatement détruits. Le général Dommanget était à l’extrême gauche de l’armée, lorsque, le 16 octobre, au combat près de Leipzig, il dégagea le 9° régiment de chasseurs à cheval, un bataillon de vélites toscans et 3 pièces de canons qui observaient et défendaient un passage de rivière à trois lieues à gauche et en avant, mais qui, débordés par des forces beaucoup trop considérables, allaient tomber au pouvoir de l’ennemi. Le 30, il prit une part très active au combat de Hanau, et exécuta plusieurs charges, couronnées d’un plein succès.

 

 

 

Pendant la retraite, se portant tantôt à gauche, tantôt à droite pour protéger les flancs de l’armée, il repoussa constamment les tentatives de l’ennemi, et après avoir repassé le Rhin à Mayence, il fut placé à Andernach pour observer et garder la rive gauche avec sa brigade.

 

 

 

Le général Dommanget soutint sa brillante réputation pendant la campagne de France. Le 3 février 1814, au combat de la Chaussée, il soutint les efforts, de l’ennemi, et donna le temps au corps d’armée d’opérer sa retraite. Le 1-4, au combat de Vauchamps, il détruisit complètement un carré russe, qui s’était formé au bord de la roule, près du bois d’Eloges. Le 2e lanciers et le 11ème chasseurs s’y couvrirent de gloire. Après cette brillante affaire, la voix publique lui décernait le grade de général de division, mais il se vit préférer, sur la désignation du général commandant le corps de cavalerie, un ancien aide-de-camp de Bernadotte, qui ne possédait pas les mêmes titres que lui. Ce passe-droit fit un mauvais effet dans sa brigade, qui avait su apprécier depuis longtemps les droits de son général à un avancement bien mérité. Dirigé sur différents points par des marches rapides le général Dommanget trouva l’occasion de se distinguer encore, notamment aux combats de Bar-sur-Aube, de Villenave, etc.

 

 

 

Le 30 mars, au matin, l’Empereur quitta Troyes pour revenir sur Paris ; Le général Dommanget reçut l’ordre de former l’avant-garde de l’escorte de l’Empereur, et il l’accompagna jusqu’à Sens. L’abdication de Fontainebleau fit cesser les services du général Dommanget. Cependant Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis, le 31 juillet 1814, et le mit en non-activité en septembre. Au retour de Napoléon, le 20 mars 1815, il se porta à sa rencontre et l’escorta depuis la Cour-de-France jusqu’à Paris. Dès le 21, Dommanget reçut l’ordre de partir de Paris à la tête des 1er et 5e de lanciers et 12ème de chasseurs, pour aller prendre position aux environs de Landrecies et de Maubeuge. Vers la fin de mai, il prit le commandement d’une autre brigade-, composée des 4ème et 9ème chasseurs, à la tête desquels il se signala de nouveau à Ligny, à Fleurus et à mont Saint-Jean.

 

 

 

Après les déplorables résultats de cette campagne, le licenciement de l’armée vint mettre un terme à la carrière militaire de ce brave officier général. Rentré dans ses foyers au mois d’août, on le mit en non-activité et on le soumit à la surveillance de l’ombrageuse police de cette malheureuse époque. On avait trouvé trois lettres de lui dans le portefeuille de l’Empereur, tombé au pouvoir des ennemis.

 

 

 

En 1817 le général Dommanget se vit plus particulièrement en butte aux tracasseries du pouvoir, et comme son nom avait été écrit dans quelques lettres saisies lors de la conspiration de Lyon, et qu’on trouva dans ses papiers une lettre d’invitation à dîner de madame de Lavalette, on vit là des motifs suffisants pour le mettre en état d’arrestation. Conduit le 11 juillet à la prison de la Préfecture de police, il resta au secret pendant trente-cinq jours. Après plusieurs interrogatoires par-devant le grand prévôt du département de la Seine, assisté de M. Reverdin, juge au tribunal du même département, on le transféra à la Force avec ses compagnons de captivité, le général Jullienne de Rellair et M. Antoine Chedelle, négociant de Lyon. Les charges n’ayant pas paru suffisantes pour le renvoyer avec ses coaccusés devant la cour prévôtale de Lyon, on les autorisa à se retirer sur parole dans la maison de santé de Cartier, faubourg Poissonnière. Enfin, au mois d’octobre suivant, le général Dommanget obtint sa liberté, mais il n’en demeura pas moins l’objet de l’attention active de la police. Frappé avec 150 autres officiers généraux par l’ordonnance de décembre 1824, il fut mis à la retraite à compter du 1er janvier 1825, après plus de trente-trois ans de bons services, vingt campagnes et de nombreuses blessures.

 

 

 

Lors de la révolution de Juillet, le nouveau gouvernement le plaça, le 22 mars 1831, dans le cadre de réserve, et l’admit de nouveau à la retraite, le 1er mai 1832.

 

 

 

Son nom est inscrit sur le côté Nord de l’arc de triomphe de l’Étoile.

 

 

 

Le général Dommanget est mort à Paris, le 10 février 1848, entouré de l’estime et de la vénération de tous ceux qui l’ont connu ; et si, comme tant d’autres, il n’a pu léguer une grande fortune à ses enfants, il leur a laissé du moins quelque chose de plus précieux : un nom sans tache et de nobles souvenirs.

 

Repost 0
Published by Napoleon Ier - dans Calendrier
commenter cet article
16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 23:00

Naissance d'Henri-Jacques-Guillaume Clarke

né à Landrecies le 17 octobre 1765, Irlandais d’origine. Élève de l’École militaire de Paris, sous-lieutenant au régiment de Berwick en 1782 ; capitaine dans le régiment de colonel-général en 1784 ; employé de l’ambassade à Londres en 1790 ; chef d’escadron de cavalerie en 1792 ; colonel du 2e régiment de cavalerie légère ; général de brigade en 1793 ; chef d’état-major de l’armée du Rhin et bientôt suspendu de ces fonctions en 1795 ; chef du bureau topographique de la guerre et nommé général de division par le Directoire, aussi en 1795 ; envoyé en mission secrète près de Bonaparte et chargé de le surveiller ; disgracié en 1797 ; commandant de Lunéville lors du Congrès ; chargé d’affaires près du roi d’Etrurie ; conseiller d’État et secrétaire du cabinet de l’Empereur, pour la marine et la guerre ; gouverneur de Vienne en 1805 ; ministre de la guerre en 1807 ; comte d’Hunebourg ; duc de Feltre ; pair de France en 1814 ; ministre de la guerre avant et après les Cent-Jours ; MARÉCHAL DE FRANCE en 1817.

 

Mort le 28 octobre 1818, laissant une fortune de 8 millions.

 

Napoléon l’a jugé assez sévèrement comme militaire. Il ne lui reconnaissait aucun talent pour le commandement. Clarke était grand travailleur.

 

En 1814, il abandonna vite son bienfaiteur et traita avec les Bourbons ; mais Napoléon, qui ne pouvait croire à cette trahison, lui laissa son portefeuille. Il eut lieu de s’en repentir : tout ce qui tenait au département de la guerre alla de telle façon, que l’Empereur, sur la route de Fontainebleau, s’écriait : « Clarke est un vilain homme ; on me l’avait dit ; mais je n’aurais pas voulu le croire. »

 

Pendant les Cent-Jours, il se sauva à l’étranger et rentra à la suite des armées alliées. Ce fut lui qui classa l’armée par catégories, provoqua l’établissement des cours prévôtales et persécuta pendant deux ans nos malheureux généraux. Clarke n’a gagné aucun de ses grades sur le champ de bataille.

 

Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, C. Mullié

 

Repost 0
Published by Napoleon Ier - dans Calendrier
commenter cet article
16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 23:00

 traité de Campoformio

"S.M. l'empereur des Romains, roi de Hongrie et de Bohême, et la république français, voulant consolider la paix dont les bases ont été posées par les préliminaires signés au château d'Eckenwal, près de Leoben en Styrie, le 18 avril 1797, ou 20 germinal an III de la république française, une et indivisible, ont nommé pour leurs plénipotentiaires, savoir:

S.M. l'empereur et roi, le sieur D. Martins Mastrili, noble patricien napolitain, marquis de Gallo, chevalier de l'ordre de Saint-Janvier, gentilhomme de la chambre de S.M. le roi des Deux-Siciles, et son ambassadeur extraordinaire à la cour de Vienne; le sieur Louis de Cobentzel, comte du Saint-Empire romain, grand'croix de l'ordre royal de Saint-Étienne, chambellan, conseiller d'état intime actuel de S.M.I. et R.A., et son ambassadeur extraordinaire près S.M. L'empereur de toutes les Russies; le sieur Maximilien, comte de Meerfeldt, chevalier de l'ordre teutonique et de l'ordre militaire de Marie-Thérèse, chambellan et général-major de cavalerie dans les armées de sadite majesté l'empereur et roi; et le sieur Ignace, baron de Degelmann, ministre plénipotentiaire de sadite majesté près la république helvétique;

Et la république française, Bonaparte, général en chef de l'armée française en Italie, lesquels, après l'échange de leurs pleins pouvoirs respectifs, ont arrêté les articles suivants:

 

Article 1er. Il y aura à l'avenir et pour toujours une paix solide et invariable entre sa majesté l'empereur des Romains, roi de Hongrie et de Bohême, ses héritiers et successeurs, et la république française. Les parties contractantes apporteront la plus grande attention à maintenir entre elles et leurs États une parfaite intelligence, sans permettre dorénavant que, de part ni d'autre, on commette aucune sorte d'hostilités par terre ou par mer, pour quelque cause ou quelque prétexte que ce puisse être, et on évitera soigneusement tout ce qui pourrait altérer à l'avenir l'union heureusement établie. Il ne sera donné aucun secours ou protection, soit directement, soit indirectement, à ceux qui voudraient porter quelque préjudice à l'une ou l'autre des parties contractantes.

 

Article 2. Aussitôt après l'échange des ratifications du présent traité, les parties contractantes feront lever tout séquestre mis sur les biens, droits et revenus des particuliers résidant sur les territoires respectifs et les pays qui y sont réunis, ainsi que des établissements publics qui y sont situés; elles s'obligent à acquitter tout ce qu'elles peuvent devoir pour fonds à elles prêtés par lesdits particuliers et établissements publics, et à payer ou rembourser toutes rentes constituées à leur profit sur chacune d'elles.

Le présent article est déclaré commun à la république cisalpine.

 

Article 3. S.M. l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême, renonce pour elle et ses successeurs, en faveur de la république française, à tous ses droits et titres sur les ci-devant provinces de la Belgique connues sous le nom de Pays-Bas autrichiens. La république française possédera ce pays à perpétuité, en toute souveraineté et propriété, et avec tous les biens territoriaux qui en dépendent.

 

Article 4. Toutes les dettes hypothéquées avant la guerre sur le sol des pays énoncés dans les articles précédents, et dont les contrats seront revêtus des formalités d'usage, seront à la charge de la république française; les plénipotentiaires de S.M. l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême, en remettront l'état le plus tôt possible aux plénipotentiaires de la république française, et avant l'échange des ratifications, afin que, lors de l'échange, les plénipotentiaires des deux puissances puissent convenir de tous les articles explicatifs ou additionnels au présent article et les signer.

 

Article 5. S.M. l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême, consent à ce que la république française possède en toute souveraineté les îles ci-devant vénitiennes du Levant, savoir: Corfou, Zante, Céphalonie, Sainte-Maure, Cérigo, et autres îles en dépendant, ainsi que Butrinto, Arla, Vonizza, et en général tous les établissements ci-devant vénitiens et albanais, qui sont situés plus bas que le golfe de Lodrino.

 

Article 6. La république française consent à ce que S.M. l'empereur et roi possède en toute souveraineté et propriété les pays ci-dessous désignés, savoir: l'Istrie, la Dalmatie, les îles ci-devant vénitiennes de l'Adriatique, les bouches du Cattaro, la ville de Venise, les lagunes et les pays compris entre les états héréditaires de S.M. l'empereur et roi, la mer Adriatique; et une ligne qui partira du Tyrol, suivra le torrent en avant de Gardala, traversera le lac de Garda jusqu'à Lazice; de là une ligne militaire jusqu'à San-Giacomo, offrant un avantage égal aux deux parties, laquelle sera désignée par des officiers du génie nommés de part et d'autre avant l'échange des ratifications du présent traité. La ligne de limite passera ensuite l'Adige à San-Giacomo, suivra la rive gauche de cette rivière jusqu'à l'embouchure du canal Bianco, y compris la partie de Porto-Legnago qui se trouve sur la rive droite de l'Adige, avec l'arrondissement d'un rayon de trois mille toises. La ligne se continuera par la rive gauche du canal Bianco, la rive gauche du Tartaro, la rive gauche du canal dit la Polisella, jusqu'à son embouchure dans le Pô, et la rive gauche du grand Pô jusqu'à la mer.

 

Article 7. S.M. l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême, renonce à perpétuité, pour elle, ses successeurs et ayants-cause, en faveur de la république cisalpine, à tous les droits et titres provenant de ces droits, que sadite majesté pourrait prétendre sur les pays qu'elle possédait avant la guerre, et qui font maintenant partie de la république cisalpine, laquelle les possédera en toute souveraineté et propriété, avec tous les biens et propriétés qui en dépendent.

 

Article 8. S.M. l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême, reconnaît la république cisalpine comme puissance indépendante.

Cette république comprend la ci-devant Lombardie autrichienne, le Bergamasque, le Bressan, le Crémasque, la ville et forteresse de Mantoue, le Mantouan, Peschiera, la partie des états ci-devant vénitiens à l'ouest et au sud de la ligne désignée dans l'article 6 pour la frontière des états de S.M. l'empereur en Italie, le Modenais, la principauté de Massa et Carrara, et les trois légations de Bologne, Ferrare et la Romagne.

 

Article 9. Dans tous les pays cédés, acquis ou échangés par le présent traité, il sera accordé à tous les habitants et propriétaires quelconques, main-levée du séquestre mis sur leurs biens, effets et revenus, à cause de la guerre qui a eu lieu entre S.M.I et R. et la république français, sans qu'à cet égard ils puissent être inquiétés dans leurs biens et personnes. Ceux qui à l'avenir voudront cesser d'habiter lesdits pays, seront tenus d'en faire la déclaration trois mois après la publication du traité définitif; ils auront le terme de trois ans pour vendre leurs biens, meubles, immeubles, ou en disposer à leur volonté.

 

Article 10. Les pays cédés, acquis ou échangés par le présent traité porteront à ceux auxquels ils demeureront les dettes hypothéquées sur leur sol.

 

Article 11. La navigation de la partie des rivières et canaux servent de limites entre les possessions de sa majesté l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême, et celles de la république cisalpine sera libre, sans que ni l'une ni l'autre puissance puissent y établir aucun péage, ni tenir aucun bâtiment armé en guerre, ce qui n'exclut pas les précautions nécessaires à la sûreté de la forteresse de Porto-Legnago.

 

Article 12. Toutes rentes ou aliénations faites, tous engagements contractés, soit par les villes, ou par les gouvernements ou autorités civiles et administratives des pays ci-devant vénitiens, pour l'entretien des armées allemandes et françaises, jusqu'à la date du présent traité, seront confirmés et regardés comme valides.

 

Article 13. Les titres domaniaux et archives des différents pays cédés ou échangés par le présent traité seront remis, dans l'espace de trois mois à dater de l'échange des ratifications, aux puissances qui en auront acquis la propriété. Les plans et cartes des forteresses, villes et pays que les puissances contractantes acquièrent par le présent traité, leur seront fidèlement remis.

Les papiers militaires et registres pris, dans la guerre actuelle, aux états-majors des armées respectives, seront pareillement rendus.

 

Article 14. Les deux parties contractantes, également animées du désir d'écarter tout ce qui pourrait nuire à la bonne intelligence heureusement établie entre elles, s'engagent de la manière la plus solennelle à contribuer de tout leur pouvoir au maintien de la tranquillité intérieure de leurs États respectifs.

 

Article 15. Il sera conclu incessamment un traité de commerce, établi sur des bases équitables, et telles qu'elles assurent à sa majesté l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême et à la république française, des avantages égaux à ceux dont jouissent, dans tous les États respectifs, les nations les plus favorisées.

En attendant, toutes les communications et relations commerciales seront rétablies dans l'état où elles étaient avant la guerre.

 

Article 16. Aucun habitant de tous les pays occupés par les armées autrichiennes et françaises ne pourra être poursuivi ni recherché, soit dans sa personne, soit dans ses propriétés, en raison de ses opinions politiques, ou actions civiles, militaires et commerciales, pendant la guerre qui a eu lieu entre les deux puissances.

 

Article 17. Sa majesté l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême, ne pourra, conformément aux principes de neutralité, recevoir dans chacun de ses ports pendant le cours de la présente guerre plus de six bâtiments armés en guerre, appartenant à chacune des puissances belligérantes.

 

Article 18. Sa majesté l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême, s'oblige à céder au duc de Modène en indemnité des pays que ce prince et ses héritiers avaient en Italie, le Brisgaw, qu'il possédera aux mêmes conditions que celles en vertu desquelles il possédait le Modénois.

 

Article 19. Les biens fonciers et personnels non aliénés de LL. AA. RR. l'archiduc Charles et l'archiduchesse Christine, qui sont situés dans les pays cédés à la république française, leur seront restitués, à la charge de les vendre dans l'espace de trois ans.

Il en sera de même des biens fonciers et personnels de S.A.R. l'archiduc Ferdinand dans le territoire de la république cisalpine.

 

Article 20. Il sera tenu à Rastadt un congrès uniquement composé des plénipotentiaires de l'empire germanique et de ceux de la république française, pour la pacification entre ces deux puissances. Ce congrès sera ouvert un mois après la signature du présent traité, ou plus tôt, s'il est possible.

 

Article 21. Tous les prisonniers de guerre faits de part et d'autre, et les otages enlevés ou donnés pendant la guerre, qui n'auraient pas encore été restitués, le seront dans quarante jours, à dater de celui de la signature du présent traité.

 

Article 22. Les contributions, livraisons, fournitures et prestations quelconques de guerre, qui ont eu lieu dans les États respectifs des puissances contractantes, cesseront à dater du jour de l'échange des ratifications du présent traité.

 

Article 23. Sa majesté l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême, et la république française conserveront entre elles le même cérémonial, quant au rang et autres étiquettes, que ce qui a été constamment observé avant la guerre.

Sadite majesté et la république cisalpine auront entre elles le même cérémonial d'étiquette que celui qui était d'usage entre sadite majesté et la république de Venise.

 

Article 24. Le présent traité de paix est déclaré commun à la république batave.

 

Article 25. Le présent traité sera ratifié par sa majesté l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême, et la république française, dans l'espace de trente jours, à dater d'aujourd'hui, ou plus tôt, si faire se peut, et les actes de ratification en due forme seront échangés à Rastadt."

Quatorze articles secrets non moins importants que ce traité lui-même, spécifiaient les limites de la France et les concessions qui devaient en résulter. L'empereur promettait de ne point soutenir l'empire germanique, si la diète se refusait aux cessions de territoire sur la rive gauche du Rhin. La libre navigation du Rhin et de la Meuse était assurée. La France consentait à ce que l'Autriche acquît le pays de Salzbourg, et reçût de la Bavière l'Innwirtel et la ville de Wasterbourg sur l'Inn. L'Autriche cédait le Frickthal, pour être réuni à la Suisse. La France consentait à rendre les états prussiens entre la Meuse et le Rhin. Des indemnités étaient promises en Allemagne aux princes qui perdaient leurs possessions sur la rive gauche de ce fleuve.

 

Repost 0
Published by Napoleon Ier - dans Calendrier
commenter cet article
16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 23:00

 (26 vendémiaire an VI)

paix de campoformio

Campo Formio : un traité nécessaire mais imparfait (Article de Thierry LENTZ)

 

Dans le numéro 412 de la Revue du Souvenir Napoléonien, le séjour à Mombello, les négociations de Leoben et de Campo-Formio étaient considérés sous l'angle de " l'apprentissage d'un chef d'État " (1). Ce qui suit est un peu le prolongement de ce travail puisqu'avec le traité de paix signé entre lui et les représentants de " l'Empereur des Romains, roi de Hongrie et de Bohême " (2), Bonaparte commença la mise en pratique de cet apprentissage dans le concert européen, au-delà de l'Italie. C'est en prenant cependant du recul avec la personnalité de Bonaparte que nous évaluerons ici l'accord signé en le replaçant dans son contexte, dans les buts de guerre de la France à cette époque et dans ses résultats concrets. On verra que " l'apprenti " chef d'État ne respecta pas le mandat qui lui avait été accordé par son gouvernement et n'en fit largement qu'à sa tête. Le Directoire laissa faire, en dépit des imperfections du texte de Campo-Formio, car si Bonaparte n'était pas encore le maître de la République, il commençait à avoir bien plus qu'une position " militaire " : une force politique. Le gouvernement accepta donc, contraint et forcé, de ratifier ce que Talleyrand appela " une paix à la Bonaparte ".

 

Le traité dit " de Campo-Formio ", conclu dans la nuit du 17 au 18 octobre 1797, a fait couler beaucoup d'encre, en son temps comme depuis, puisqu'il est, nous dit-on, un des mythes fondateurs de la légende de Napoléon, jeune général qui n'hésita pas à passer outre la politique menée par le gouvernement du Directoire pour assouvir le désir de paix du peuple de France. Au-delà de la Légende et des arrières-pensées politiques du temps, ce traité fut-il une bonne paix ? Participa-t-il ou fut-il conçu comme un élément des stratégies personnelles – à court ou plus long termes – de Bonaparte ? Comme souvent, la réponse à ces questions se situe à mi-chemin. Pour le vérifier, nous rappellerons quels étaient les buts de guerre de la France à cette époque, quels étaient le contenu et la forme du traité, en quoi il était nécessaire à Bonaparte et en quoi il fut seulement un accord sur une trêve, donc un échec diplomatique sur la durée, puisqu'il n'empêcha pas la guerre de reprendre. Mais Campo-Formio fut plus que tout cela aussi. Il affirma en France et aux armées l'image du général Bonaparte, réalisateur des aspirations des populations fatiguées de la guerre et des troupes épuisées par d'incessantes campagnes. Le "négociateur habile, intransigeant et rebelle ", décrit par Jacques Jourquin, réussit à Campo-Formio une formidable opération personnelle, à défaut d'avoir conclu une grande paix.

 

Réaffirmation des buts de guerre du Directoire

 

A l'époque de la campagne d'Italie, un débat s'était développé en France sur les buts de guerre. En 1792, les Girondins avaient voulu que la Révolution s'en aille délivrer les peuples opprimés et renverser les vieilles monarchies. " Le moment est venu pour une autre croisade, ce sera une croisade de liberté universelle ", s'était enthousiasmé Brissot aux Jacobins. Robespierre l'avait mis en garde: la guerre serait la perte de la Révolution et s'achèverait par l'avènement d'un pouvoir militaire, ce en quoi l'Incorruptible avait vu presque juste (car, si Napoléon resta un militaire, même après Brumaire, il ne laissa jamais les généraux se mêler des affaires de l'État). Le gouvernement révolutionnaire n'en prolongea pas moins les luttes commencées auxquelles on avait ajouté un objectif plus mesurable qu'une vague croisade : étendre le territoire de la République jusqu'au Rhin, aux Alpes et aux Pyrénées.

 

Au début du Directoire, des voix s'étaient élevées pour remettre en cause les buts de guerre de la France qui, par la rigidité et le caractère presque " quantifiable " de l'objectif à atteindre (le Rhin, les Alpes, les Pyrénées), rendaient tout compromis impossible. Trois ans après celle des " frontières naturelles ", la notion d'" anciennes limites " avait fait son apparition, notamment dans les milieux royalistes et modérés. Elle consistait à concéder, en échange de la paix, un retour de la France dans ses frontières de l'Ancien Régime, plus quelques extensions territoriales significatives en Savoie, en Belgique et au sud des Pays-Bas. A l'intérieur du champ politique national, un accord sur la politique étrangère nécessitait un compromis entre deux solutions extrêmes. Entre tout conserver et tout abandonner des rêves de la Révolution, il fallait oser imposer un axe moyen, concilier les ambitions territoriales et la soif de paix des populations. Le Directoire en fut incapable : après le coup d'État de Fructidor, la position officielle du gouvernement fut réaffirmée avec force en faveur des " frontières naturelles ". Dans la démarche de Bonaparte, au moment de Campo-Formio, l'apport à la France de la rive gauche du Rhin était un élément essentiel. Quant aux conquêtes en Italie, le gouvernement souhaitait les conserver à titre de garanties, mais n'envisageait aucune annexion de l'autre côté des Alpes. Ce qu'il souhaitait surtout, c'était éloigner la Maison d'Autriche de la Péninsule.

 

 

Campo-Formio, une paix séparée qui profite aussi au vaincu

 

Pour que la France puisse atteindre ses buts de guerre, il fallait un accord général en Europe afin que le continent puisse être remodelé. A cette époque, seules participaient encore à la coalition l'Autriche et l'Angleterre. Cette dernière était le véritable animateur des ligues anti-françaises. Elle y préparait d'ailleurs l'entrée (ou le retour) de nouveaux belligérants. Elle faisait tout pour faire échouer les tentatives de négociations. La première faiblesse de Campo-Formio fut donc de n'être qu'une paix séparée, puisque le principal ennemi de la France républicaine était hostile à l'accord, refuserait de le reconnaître et, mieux, ferait tout ce qui était en son pouvoir pour le faire capoter.

 

Le traité signé le 18 octobre à une heure du matin se composait de trois textes (3) dont un seul était " patent " (25 articles), c'est-à-dire qu'il pouvait être rendu public, les deux autres étant secrets (17 articles en tout). Pour l'Empereur, Cobenzl, Gallo, Merveldt et Degelmann apposèrent leurs signatures. Bonaparte signa seul pour la France.  Au terme des articles patents, l'Autriche renonçait à la Belgique en faveur de la France, acceptait la souveraineté française sur les îles du Levant (Corfou, Zante, Sainte-Maure, etc.) ainsi que sur " tous les établissements ci-devant vénitiens en Albanie, qui sont situés plus bas que le golfe de Drino ". En cela, Bonaparte avait gagné : la France pouvait commencer à entrevoir sa domination sur la Méditerranée. L'Empereur reconnaissait la République cisalpine puissance " indépendante " dont nul n'ignorait qu'elle était soumise aux volontés de la France. Enfin, il fermait ses ports aux nations belligérantes. De son côté, la France reconnaissait la souveraineté de l'Empereur sur l'Istrie, la Dalmatie, les îles vénitiennes de l'Adriatique et, surtout, sur Venise, plus quelques autres territoires périphériques de la république des Doges.

 

Les articles secrets engageaient l'Empereur à employer ses bons offices auprès du Saint-Empire (sur lequel il n'avait qu'une souveraineté nominale, ce dont jouèrent Cobenzl et ses collègues pour éviter une franche intervention autrichienne) pour que les frontières françaises puissent s'étendre à l'ensemble de la rive gauche du Rhin. Comme on le dit trivialement, un tel engagement ne " mangeait pas de pain ". Si les états allemands ne donnaient pas leur accord, malgré les promesses françaises de dédommager ceux qu'on privait de tout ou partie de leur territoire, l'Autriche acceptait seulement de ne pas intervenir militairement pour les soutenir. De même, l'Empereur prenait l'engagement de garantir la liberté de navigation sur le Rhin (Mayence restant française) et la Meuse. En contrepartie, la France lui reconnaissait la souveraineté sur Salzbourg et le sud de la Bavière. Ainsi, si Venise devait être, selon le mot de Bonaparte, le " prix du Rhin ", la France venait de la sonsentir à titre d'avance : pour le Rhin, tout dépendait de la bonne volonté autrichienne. D'autres dispositions de moindre importance (don territorial mineur à la République helvétique, par exemple) clôturaient une première partie d'articles secrets. La seconde partie détaillait les mesures militaires réciproques et établissait un calendrier d'évacuation des différents territoires.

 

Ainsi, loin d'éloigner l'Empereur de l'Italie, Bonaparte lui permettait d'y conserver un pied solide. Il lui offrait, en outre, de nouveaux territoires en Allemagne. Les contreparties accordées à la France étaient claires pour ce qui concernait la Belgique mais floues pour le reste de la rive gauche du Rhin et les garanties accordées aux républiques-soeurs, même officiellement reconnues par Vienne. On peut le dire, la paix de Campo-Formio était bâclée (l'accélération du calendrier dans les dernières semaines l'atteste), nullement fondée sur le retour à un équilibre de l'Europe. La solution adoptée n'était pas sans vision stratégique de Bonaparte (" la rive gauche du Rhin, on l'aura quand même ", lui faisait dire Jacques Jourquin dans sa récente étude). Mais à court terme, Campo-Formio négligeait la situation générale de l'Europe. L'Angleterre était oubliée. Les états d'Allemagne étaient maltraités. La Prusse à peine ménagée. On ne pouvait espérer garantir une paix durable avec autant de puissances de premier plan mécontentes. L'Autriche, vaincue sur le terrain, gagnait pourtant des territoires sur le tapis vert. La république de Venise était rayée de la carte politique et passait entre les mains de Vienne (et n'en sortirait qu'en 1866). Des républiques italiennes et rhénanes, sans fondements historique ou sociologique, voyaient leur existence confirmée (même si le Directoire abandonna très vite le projet de république cisrhénane échaffaudé par Hoche). En renforçant la Cisalpine, Bonaparte avait fait prévaloir les vues – on est tenté d'écrire " les goût s" – du conquérant, sans tenir compte de l'attachement viscéral de Vienne à ses positions péninsulaires traditionnelles. Le désir de revanche autrichienne apparaissait inéluctable avec, en plus, des bases de départ plus solides que par le passé, depuis Venise.  Les articles " patents " avouaient même l'imperfection du texte de Campo-Formio : ils cédaient à une des demandes les plus anciennes de Vienne en renvoyant la résolution définitive du conflit à un congrès international qui devait se tenir à Rastadt, preuve qu'on avait négocié vite, signe aussi que l'Autriche voulait gagner du temps avant d'avoir à exécuter les clauses de son accord avec Bonaparte. Les articles secrets semblaient ménager la revendication des " frontières naturelles " sur le Rhin. Il n'empêche que ni les tiers au traité (Prusse, Angleterre, Suède, Naples, etc.), ni l'Autriche ne pouvaient être pleinement satisfaits des accords passés, en dehors du fait qu'ils leur permettaient de gagner du temps.

 

Bonaparte : " Il était impossible d'arriver à un meilleur traité "

 

Bonaparte lui-même sentait bien que son travail était imparfait. Il l'écrivit à Talleyrand le jour même de la signature, dans une lettre d'explication : " Je ne doute pas que la critique ne s'attache vivement à déprécier le traité que je viens de signer. Tous ceux, cependant, qui connaissent l'Europe et qui ont le tact des affaires, seront bien convaincus qu'il était impossible d'arriver à un meilleur traité, sans commencer par se battre et sans conquérir encore deux ou trois provinces de la Maison d'Autriche ".  A Paris, certains députés critiquèrent ouvertement les méthodes du général qui avait forcé le pas des négociations, sans tenir compte des instructions qui lui avaient été portées par Bottot, le secrétaire de Barras, le 5 octobre et sans respecter les instructions formelles du Directoire d'anéantir la présence de la Maison d'Autriche en Italie. De son côté, bien que furieux de l'invasion de Venise décidée par Bonaparte sans en avoir référé au gouvernement, Talleyrand le félicita en des termes forts : " Voilà donc la paix faite, et une paix à la Bonaparte ! (...) Amitié, admiration, respect, reconnaissance... On ne sait où s'arrêter dans cette énumération ". Il est vrai que le ministre des Relations Extérieures avait dans des courriers récents, encouragé le général en chef de l'armée d'Italie à mener ses négociations avec indépendance : " Livrez-vous à vos combinaisons, elles porteront sûrement le caractère de grandeur et de stabilité que vous savez donner à tout " (4). Ce faisant, il avait autorisé Bonaparte à ne pas se sentir lié par les instructions directoriales sur la conduite des négociations. Nul doute que Talleyrand avait compris que Bonaparte avait de l'avenir. Et l'ancien évêque n'insultait jamais l'avenir.  Affaibli par le coup d'État anti-royaliste de Fructidor qui venait d'avoir lieu et auquel Bonaparte avait prêté la main, le Directoire laissa pourtant faire (5). Il ratifia rapidement Campo-Formio, parce que l'opinion voulait la paix, même fragile. Paris pavoisa à l'annonce de la signature du traité. Mais Sieyès prophétisa : " Ce n'est pas une paix que ce traité, c'est l'appel à une nouvelle guerre ". Il n'avait pas tort et l'avenir le prouva.

 

Campo-Formio était une paix fragile. Mais à qui la faute ? Les directoriaux s'étaient montrés particulièrement inconséquents. Ils avaient abdiqué devant le culot de ce jeune général devenu indispensable par ses succès militaires, ses contributions à l'équilibre des finances publiques et ses arbitrages dans les conflits de politique intérieure. Un gouvernement fort et stable n'aurait pas laissé Bonaparte, même couvert de gloire, s'arroger le droit de conclure la paix à sa place, surtout dans des conditions à maints égards contraires aux consignes reçues. Même la manoeuvre qui consista à envoyer Bonaparte représenter la France à Rastadt fit long feu : le général ne fit qu'un bref passage dans cette ville et laissa son collègue Bonnier y poursuivre les négociations. Lorsqu'il rejoignit Paris, nul n'eut le courage politique de lui en faire le reproche. Le comportement de Bonaparte dans l'affaire de Campo-Formio est, c'est le moins que l'on puisse écrire, controversé par les historiens. Albert Sorel écrivit que le jeune général avait bien trompé ses interlocuteurs autrichiens : il avait obtenu un répit qui permettrait de laisser les troupes se reposer avant de reprendre la lutte. Ainsi, pour Sorel, le contenu du traité n'avait aucune importance. Bonaparte avait même espéré que son gouvernement refuserait de ratifier la paix (6), ce qui est loin d'être établi. Paul de Cassagnac, lui, s'enthousiasma pour le patriotisme et l'humanité du conquérant : " Bonaparte donne en ces circonstances l'exemple d'un jeune général monté sur un piédestal incomparable de victoires (...), d'un général à qui son gouvernement enjoint de poursuivre la guerre et qui refuse " (7). Thiers, de son côté, opine que c'est par démagogie que Bonaparte signa la paix, pour préparer son avenir, en quelque sorte : " Une paix qu'il avait signée avec égoïsme était vantée comme un acte de désintéressement " (8). Quant à Gugliemo Ferrero, replaçant Campo-Formio dans le contexte de l'unité et de la sécurité de l'Italie, il jugea que ce traité commença "le grand chaos de l'Occident au milieu duquel nous nous débattons encore (ndla : en 1936) " (9).  A Campo-Formio Bonaparte pensait à son avenir, c'est peu contestable. Mais il avait d'autres bons motifs de se dégager des hostilités en Italie.

 

 

Les mobiles de Bonaparte

 

Dans la lettre à Talleyrand citée plus haut, Bonaparte expliqua les raisons qui l'avaient poussé à conclure cette paix séparée avec l'Autriche et à laisser au congrès de Rastadt le soin de peaufiner une oeuvre imparfaite. Comme il l'écrivit, si la paix n'avait pas été signée, il aurait dû reprendre l'offensive, marcher vers Vienne. Or, l'état de ses forces, victorieuses mais après de rudes efforts, était loin de rendre une telle manoeuvre gagnée d'avance. Selon lui, il ne disposait pour l'offensive que d'environ 50 000 hommes, tandis que les Autrichiens pourraient lui en opposer trois fois plus, et de bonnes troupes. Pour réussir cette campagne, rendue difficile par l'hiver qui s'annonçait, il aurait fallu combiner ses forces avec celles des armées d'Allemagne, pour prendre Vienne en tenaille. Une telle opération nécessitait un accord préalable entre les deux commandements (10) : il lui faudrait au moins vingt-cinq jours pour l'obtenir, compte tenu de la lenteur des communications, de quoi laisser aux Autrichiens la possibilité de percer ses plans et de les devancer. Ce que Bonaparte ne développa pas dans sa lettre à Talleyrand, c'est l'état de l'opinion dans les régions occupées par les Français. Le vainqueur de Rivoli craignait une grande agitation sur ses arrières. Partout, les populations s'agitaient et le général en chef avait dû dépêcher de forts contingents, sous forme de " colonnes mobiles ", pour ramener le calme. Que se passerait-il derrière ses lignes si, pendant l'offensive, l'Italie se soulevait ? Il ne pouvait prendre un tel risque. Mieux valait gagner du temps. Et comme il fallait rebondir, Bonaparte vantait le nouveau " système italien " (A. Fugier) et faisait preuve d'un optimisme que l'avenir allait démentir : " Nous avons la guerre avec l'Angleterre ; cet ennemi est assez redoutable. Si l'Empereur répare ses pertes dans quelques années de paix (sic), la République cisalpine s'organisera de son côté et l'occupation de Mayence, la destruction de l'Angleterre compenseront le reste."Enfin, on ne peut, évidemment, éliminer l'opinion de Thiers : le vainqueur de l'Italie ménageait son avenir personnel. Bonaparte commençait à vouloir le pouvoir, il l'avait dit à plusieurs visiteurs. Un peu plus de gloire en Italie ne lui apporterait rien. Par contre, apporter la paix en ferait plus qu'un général glorieux : un général populaire. Il avait pu mesurer, à la crainte des directeurs chaque fois qu'il avait remis sa démission pour les faire plier, que ses cartes étaient bonnes : Paris préférait le laisser négocier la paix à sa guise " plutôt que de le voir rentrer comme l'homme à qui on avait refusé de faire la paix après avoir gagné la guerre " (J. Jourquin). Et il avait appris le pouvoir à Mombello.

 

 

Profiter de la trêve pour envahir l'Angleterre

 

La paix avec l'Autriche n'avait qu'un avantage, à court terme : seule l'Angleterre continuait la lutte. Le conflit strictement continental était éteint et on a pu parler, non sans exagération, de la " victoire de l'an IV ". A ce moment, le bilan des guerres révolutionnaires pouvait être considéré comme positif. Certes, la France n'était pas venue à bout d'Albion, mais les succès continentaux et de nouvelles alliances étaient prometteurs, malgré la fragilité de la paix. Le Directoire commença à échafauder des plans d'un débarquement en Angleterre, pour " aller dicter la paix à Londres ". Une armée d'Angleterre fut constituée et stationnée sur les côtes de la Manche. Bonaparte devait en prendre le commandement. N'avait-il pas écrit : " Les Autrichiens sont lourds et avares; aucun peuple moins intrigant et moins dangereux pour nos affaires intérieures que le peuple autrichien. L'Anglais, au contraire, est généreux, intrigant et actif. Il faut que notre gouvernement détruise la monarchie anglicane, ou il doit s'attendre lui-même à être détruit par la corruption et les intrigues de ces actifs insulaires. Le moment actuel nous offre beau jeu. Concentrons toute notre activité du côté de la marine et détruisons l'Angleterre " ? (11).

 

En dépit de l'échec d'une précédente tentative menée par Hoche, un corps expéditionnaire fut dirigé vers l'Irlande, le ventre mou du Royaume-Uni, la " Vendée anglaise ", selon l'expression en vogue à Paris. Un millier d'hommes, sous les ordres du général Humbert, parviendra à débarquer sur l'île, durant l'été 1798. Il fut contraint à la reddition, face aux 20 000 soldats du général anglais Cornwallis. Ancêtre du Blocus continental, la loi du 18 janvier 1798 permettra aux Français de se saisir de tout bâtiment se livrant au commerce avec l'Angleterre. Cette politique eut peu d'effets immédiats sur l'économie britannique mais éloigna les pays neutres des positions françaises. Elle aboutit même, en raison des représailles organisées par les Anglais, à ralentir le commerce colonial de la République. La maîtrise des mers s'avérant impossible, l'invasion de l'Angleterre apparut irréalisable. Le Directoire accepta un projet de conquête de l'Égypte par Bonaparte, pour " couper la route des Indes ". Cette décision eut pour effet de relancer les hostilités. La Turquie – pourtant alliée de la France – fut la première à prendre les armes, suivie, par le royaume de Naples et, ce qui n'était pas arrivé depuis le début de la Révolution, par la Russie. En novembre 1798, Vienne et Londres convinrent que leur lutte commune ne s'arrêterait qu'une fois la France rentrée dans ses anciennes limites. Les conseils du Directoire tirèrent les conséquences de cette nouvelle situation et, sous prétexte que les troupes russes avaient pu traverser des territoires autrichiens pour se rendre en Italie, déclarèrent la guerre à l'empereur, le 12 mars 1799.

 

Pendant que l'Europe s'enflammait à nouveau, et comme si de rien n'était, le congrès de Rastadt – petite ville située au sud de Karlsruhe – avait poursuivi ses travaux, dans la confusion et le double jeu, de part et d'autres. Cette longue conférence fut bien l'échec qu'avaient prévu Sieyès et les adversaires de Campo-Formio. Elle s'était ouverte le 9 décembre 1797 et ne s'acheva que le... 23 avril 1799, sans autre résultat que la constitution d'une nouvelle coalition contre la France (Angleterre, Autriche, Russie, Turquie, Naples). Cette coalition allait se maintenir jusqu'en 1801.  Pendant un an et demi, à Radstadt, les représentants des états allemands, de l'Empereur du Saint-Empire (emmenés par Metternich-père et Cobenzl) et de la France (Bonaparte (du 16 novembre au 2 décembre 1797) puis Treilhard et, enfin, Debry) s'épuisèrent en séances stériles, tandis que l'Angleterre faisait tout pour que le congrès échoue. Jamais les accords passé à Campo-Formio (notamment ceux concernant la souveraineté de la France sur la rive gauche du Rhin) ne purent être avalisés par le congrès. La réunion se poursuivit même – pour la forme – lorsque la reprise de la guerre parut inévitable. " On s'ennuyait ferme ", écrivit plus tard le dernier chef de la délégation française, Jean Debry. A la mi-avril 1799, enfin, alors que les délégués autrichiens étaient déjà rentrés chez eux, les plénipotentiaires français furent fermement priés de se retirer.

 

Le 28 avril, au moment où ils quittaient Rastadt, les trois derniers représentants de la France furent assaillis par des " hussards hongrois ". Bonnier et Roberjot furent tués. Jean Debry réussit à s'échapper, après avoir fait le mort. Les raisons de cette attaque sont mieux connues depuis la publication, en 1992, des travaux d'une historienne anglaise, Elisabeth Sparrow (12). On a longtemps pensé que les hussards avaient pour mission de récupérer, dans les papiers des Français, les preuves du double jeu du gouvernement autrichien. Ils se seraient laissés entraîner et auraient tué les diplomates français " par erreur ". Sur la foi de rapports remis au gouvernement de Londres par un certain Talbot, organisateur d'un réseau d'espions anglais et contre-révolutionnaires opérant en Suisse et en Allemagne, Elisabeth Sparrow a établi qu'en réalité, l'organisation de l'assassinat fut le fait d'agents anglais ayant échappé au contrôle de leur gouvernement et qui parvinrent à " manipuler " des hussards autrichiens. Le coup de main, prévu de longue date, devait contribuer à envenimer un peu plus les relations entre Vienne et Paris. Or, au moment où les Français quittaient Rastadt, la guerre était certaine entre les deux puissances. Il n'y avait donc plus besoin de mener l'opération. Elle eut lieu tout de même, malgré les efforts du chef du réseau anglais pour l'empêcher. Quoi qu'il en soit, la reprise générale des hostilités en Europe montre bien la précarité des accords passés par Bonaparte. Campo-Formio fut une paix séparée voulue par un grand pragmatique, non une grande oeuvre de diplomatie visionnaire. Mais, à cette époque, la France n'en demandait pas plus à Bonaparte.

 

Quand Dumas raconte Napoléon

 

 

" Aucun affront ne peut échapper à l'Autriche: les défaites de ses généraux vont remonter jusqu'au trône. Le 10 mars 1797, le prince Charles est battu au passage du Tagliamento: cette victoire nous ouvre les États de Venise et les gorges du Tyrol. Les Français s'avancent au pas de course par la voie qui leur est ouverte, triomphent à Lavis, à Trasmis et à Clausen, entrent dans Trieste, enlèvent Tarvis, Gradisca et Villach, s'acharnent à la poursuite de l'archiduc, qu'ils n'abandonnent que pour occuper les routes de la capitale de l'Autriche, et enfin pénètrent jusqu'à trente lieues de Vienne. Là, Bonaparte fait une halte pour attendre les parlementaires. Il y a un an qu'il a quitté Nice, et, dans cette année, il a détruit six armées, pris Alexandrie, Turin, Milan, Mantoue, et planté le drapeau tricolore sur les Alpes du Piémont, de l'Italie et du Tyrol. Autour de lui ont commencé de briller les noms de Masséna, d'Augereau, de Joubert, de Marmont, de Berthier. La pléiade se forme, les satellites tournent autour de leur astre, le ciel de l'Empire s'étoile!  Bonaparte ne s'était pas trompé : les parlementaires arrivent. Leoben est fixé pour le siège des négociations. Bonaparte n'a plus besoin des pleins pouvoirs du Directoire. C'est lui qui a fait la guerre, c'est lui qui fera la paix.  " Vu la position des choses, écrit-il, les négociations, même avec l'Empereur, sont devenues une opération militaire."

Néanmoins cette opération traîne en longueur; toutes les astuces de la diplomatie l'enveloppent et le fatiguent. Mais un jour arrive où le lion se lasse d'être dans un filet. Il se lève au milieu d'une discussion, saisit un magnifique cabaret de porcelaine, le brise en morceaux et le foule aux pieds; puis, se retournant vers les plénipotentiaires stupéfaits :

- C'est ainsi que je vous pulvériserai tous, leur dit-il, puisque vous le voulez.

Les diplomates reviennent à des sentiments plus pacifiques ; on donne lecture du traité, dans le premier article, l'empereur déclare qu'il reconnaît la République française:

- Rayez ce paragraphe, s'écrie Bonaparte ; la République française est comme le soleil sur l'horizon : aveugles sont ceux-là que son éclat n'a point frappés!

Ainsi, à l'âge de vingt-sept ans, Bonaparte tient d'une main l'épée qui divise les États, et de l'autre la balance qui pèse les rois. Le Directoire a beau lui tracer sa voie, il marche dans la sienne : s'il ne commande pas encore, il n'obéit déjà plus. Le Directoire lui écrit de se rappeler que Wurmser est un émigré : Wurmser tombe entre les mains de Bonaparte, qui a pour lui tous les égards dus au malheur et à la vieillesse; le Directoire emploie vis-à-vis du pape des formes outrageantes : Bonaparte lui écrit toujours avec respect et ne l'appelle que le très saint père ; le Directoire déporte les prêtres et les proscrit : Bonaparte ordonne à son armée de les regarder comme des frères et de les honorer comme des ministres de Dieu ; le Directoire essaye d'exterminer jusqu'aux vestiges de l'aristocratie : Bonaparte écrit à la démocratie de Gênes pour blâmer les excès auxquels elle s'est portée à l'égard des nobles, et lui fait savoir que, si elle veut conserver son estime, elle doit respecter la statue de Doria."

 

 

Thierry Lentz, Revue du Souvenir Napoléonien, Numéro 414

 

Notes

 

 (1) Jacques Jourquin " L'apprentissage d'un chef d'État ", Revue du Souvenir Napoléonien, n° 412, pp. 54-61.

(2) C'est le titre employé dans le traité de Campo-Formio pour désigner l'Empereur. " L'empire d'Autriche " n'exista pas avant la création de la Confédération du Rhin par Napoléon (1806) qui mit fin au Saint-Empire romain germanique, créé à la dislocation de l'empire de Charlemagne par Otton Ier (962) et sur lequel, d'ailleurs, depuis l'échec de Charles Quint et le traité de Westphalie, les Habsbourg n'exerçaient plus qu'une autorité nominale au sein d'une confédération d'innombrables petits états. " L'Empereur des Romains " dont parle le traité de Campo-Formio était officiellement " roi de Bohême et de Hongrie, archiduc d'Autriche " et empereur du Saint-Empire romain. Seuls les premiers termes de ce titre étaient porteurs d'une réalité politique.

(3) Ces trois textes figurent dans la Correspondance, sous les numéros 2303, 2304 et 2305.

(4) J. Orieux, Talleyrand, p. 287.

(5) Avec Fructidor, " Bonaparte était devenu le créancier du Directoire " écrivent F. Furet et D.Richet, La Révolution française, 1973, p. 402.

(6) A. Sorel, L'Europe et la Révolution française, 1900.

(7) P. de Cassagnac, Napoléon pacifiste, 1933.

(8) Cité par R. Christophe, Napoléon controversé, 1967,p. 53.

(9) Aventure, Bonaparte en Italie, 1796-1797, 1936, p. 273.

(10) ...et peut-être la désignation d'un " généralissime " sous les ordres duquel, s'il n'était pas désigné, Bonaparte devrait se placer.

(11) Lettre à Talleyrand, op. cit.

(12) " The swiss and swabian agancies. 1795-1801 ", The Historical Journal, 1992, pp. 861-884.

Repost 0
Published by Napoleon Ier - dans Calendrier
commenter cet article
16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 23:00

2ème jour de la bataille des Nations

Au lendemain du début de la bataille des nations, l'Empereur qui parcourt avec Murat le champ de bataille se rend compte de ses difficultés. Il fait rétrograder ses corps de Wachau sur Probstheyda et essaie d'obtenir un armistice ou au moins une suspension d'armes. Ayant fait prisonnier le général Merveldt, il l'envoie dans les lignes ennemies pour négocier. En vain ! Les coalisés savent que la victoire est à leur portée. D'autant que Bluecher a reçu des renforts, environ 11.000 hommes. Ce ne sont pas moins de 300.000 hommes que les alliés aligneront, le lendemain, contre un peu moins de la moitié pour la Grande Armée.

 

 

Repost 0
Published by Napoleon Ier - dans Calendrier
commenter cet article
16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 23:00

 
 Napoléon quitte l'Ecole militaire de Brienne pour la capitale, en compagnie de quatre camarades de promotion et de leur Principal, le Père Berton. 

 

Le père Louis-Sébastien Berton (1746 - 1811)

Louis-Sébastien Berton, né à Reims le 6 mars 1746, fit d’assez bonnes études à l’Université de sa ville natale, s’engagea, dit-on, au régiment dur Roi, puis quitta le service pour entrer chez les Minimes. Il fit sa profession le 27 août 1765 au couvent de Reims. Principal du collège de Brienne jusqu’à la Révolution, grand vicaire de l’évêque constitutionnel de Sens, passant la Terreur dans cette dernière ville où il instruisait un jeune homme et cultivait un jardin, il fut nommé par Bonaparte économe du collège de Saint-Cyr : le décret, daté du 20 juillet 1800 et signé par Lucien Bonaparte, ministre de l’intérieur, porte que “Le Breton s’occupera sans délai de l’établissement du régime économique”. Le 28 mars 1801, Berton succédait, comme directeur du collège de Compiègne, à Crouzet, qui venait au collège de Saint-Cyr remplacer Sallior. Proviseur du lycée de Reims en 1803, mis à la retraite en 1808, il mourut le 20 juillet 1811. “Si cet homme, a écrit Lacatte-Joltrois dans sa Biographie rémoise manuscrite, n’eût pas revenu dans son pays, on l’aurait toujours regardé comme un personnage important. Qu’avait-il ou que lui restait-il ? Un ton plus dur que sévère, sans cependant savoir se faire obéir. Les mémoires qu’il fit dans lesquels on remarquait la dureté de son caractère, ne lui donnèrent aucune confiance. Il faut avouer que les discours qu’il prononçait aux distributions des prix étaient toujours bien faits et faisaient admirer son éloquence. Voilà tout. Il négligea sa place, se livra aux plaisirs de la table, et se perdit, et, s’il est vrai qu’il se laissa mourir, comme on dit, en se privant de manger, et ne buvant que de l’eau pendant quarante-deux jours, qu’il allait chercher lui-même dans une cruche à la rivière (il demeurait alors dans la rue du Cerf), que penser de cet homme ? “

 

Repost 0
Published by Napoleon Ier - dans Calendrier
commenter cet article
15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 23:00

16-19 octobre 1813

Bataille des Nations à Leipzig

Suite au désastre de la campagne de Russie et aux revers de la guerre en Espagne, une énième coalition anti-française vit le jour, composée de la Grande-Bretagne, la Russie, l'Espagne, le Portugal, la Prusse, l'Autriche, la Suède de Bernadotte. Les alliés affrontent la grande armée à la bataille de Leipzig du 16 au 19 octobre 1813.

 

C’est dans cette célèbre « bataille des Nations » qu’eut lieu une des trahisons les plus connues : le corps des Saxons, qui faisait partie de la grande Armée, déserta en masse et tourna ses pièces de canon contre les régiments sous les ordres du général Durutte.

 

Rappellons le contexte : Napoléon cherchait à rétablir sa domination sur l'Allemagne et remporta deux victoires en mai à Lützen et à Bautzen sur les forces russo-prussiennes. Ces victoires amenèrent un bref armistice que les alliés interrompirent. Leur tactique, suivant les conseils de Bernadotte, consistait à éviter toute confrontation directe avec Napoléon, et à privilégier les affrontements avec les maréchaux : c'est ainsi qu'ils remportèrent les victoires de Gross Beeren, de Kulm, de Katzbach et de Dennewitz.

 

Napoléon, dans l’incapacité de reprendre Berlin se résolut à se retirer à l'ouest, traversant l'Elbe fin septembre, pour regrouper ses forces autour de Leipzig afin de protéger ses lignes de ravitaillement et de rencontrer les alliés.

 

La bataille commence le 16 octobre et s’étalera sur trois jours ...

 

Repost 0
Published by Napoleon Ier - dans Calendrier
commenter cet article
15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 23:00

 création de la Confédération Cispadane

Suite aux fulgurants succès de la 1ère campagne d’Italie, l’armée Française envahit la Lombardie et occupe les villes sous occupation Autrichienne (Vénétie, Mantoue, etc.) et pontificale (Bologne, Ferrare). A l'automne 1796, les États héréditaires de la maison d'Este (Modène, Reggio, Massa-et-Carrare) sont également occupés par les troupes françaises : des républiques locales sont immédiatement proclamées : républiques ferraraise, bolonaise, reggiane, modénaise, etc.. Le 16 octobre 1796, se tient à Modène un congrès des représentants des provinces de Modène, Bologne, Ferrara et Reggio pour former une Confédération Cispadane, encouragé officieusement par le Général Bonaparte qui cherchait à stabiliser la situation en Italie et à former de nouveaux contingents pour attaquer l'Autriche. Cette confédération fut transformée en République cispadane le 27 décembre et fut dotée d'une Constitution le 19 mars 1797. Elle s'agrandit, le 30 janvier 1797, des pays de Massa-et-Carrare et de la Garfagnana puis, le 19 février 1797, de la Romagne. En janvier 1797, le congrès décidera l’adoption du drapeau tricolore, l’ancêtre de l’actuel drapeau Italien: un drapeau tricolore aux 3 bandes horizontales rouges, blanches et vertes avec en son centre, entouré d'une couronne de laurier, un emblème composé d'un carquois surmontant des trophées de guerre à l'intérieur duquel se trouvaient quatre flèches symbolisant les quatre provinces originelles.

 

Plus tard, le 29 juin 1797 la République cispadane fusionna avec la République transpadane, pour former la République cisalpine.

 

 

Repost 0
Published by Napoleon Ier - dans Calendrier
commenter cet article
15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 23:00

Augustin de Lespinasse

Augustin de Lespinasse est un militaire français né à Pouilly-sur-Loire le 16 octobre 1737 et décédé à Paris le28 décembre 1816.

 

Il servit d'abord dans les Mousquetaires noirs de la maison du roi, et entra ensuite, en 1769, dans lescarabiniers, en qualité de cornette.

Aide de camp du colonel de Poyanne, il fit en cette qualité les dernières campagnes de la guerre de Sept Ans, et, après la paix de 1763, il fut réformé et entra dans l'artillerie, où il devint lieutenant dans le courant de la même année.

Le duc de Choiseul, alors Ministre de la Guerre, rendit justice à son mérite, en le chargeant de composer unTraité sur la Théorie et la pratique de la trigonométrie et sur celle du nivellement, imprimé en 1768.

Il avait été fait capitaine le 24 mars 1767. Un avancement aussi rapide lui fit des envieux, et il eut à soutenir plusieurs duels dans lesquels il se montra brave et généreux.

Attaché à la place de Strasbourg, il eut bientôt l'inspection des manufactures de Saint-Étienne et de Maubeuge.

Major le 25 mai 1788, il fut chargé par le ministre de la guerre d'établir un dépôt central d'artillerie à la Charente-sur-Loire, projet que la Révolution française fit avorter.

Nommé lieutenant-colonel en 1791, il commanda en second l'artillerie à l'armée du Rhin. Envoyé à l'armée des Pyrénées-Occidentales, avec le grade de colonel du 2e régiment d'artillerie, il se distingua à la Croix-des-Bouquets, et reçut en récompense le grade de général de brigade que lui conférèrent les représentants du peuple à cette armée.

Suspendu de ses fonctions par le Comité de salut public, puis rappelé à l'armée qu'il venait de quitter, il servit sous le général Muller, et reçut l'ordre de bombarder Fontarabie : il prit Bera, passa la Bidassoa sous le feu de l'ennemi, sauva le parc d'Irun, et le 14 thermidor an II, Fontarabie était aux Français.

Elevé au grade de général de division par les représentants, le ministre, non-seulement ne le reconnut pas dans ce grade, mais encore il le laissa sans emploi.

Envoyé, quelque temps après, par le Directoire, en Italie, il arriva à Milan au moment où le général en chefNapoléon Bonaparte venait de décider le siège de cette ville ; et les moyens d'attaque en les comparant aux ressources de la défense, étant de très-mince importance, la reddition de la citadelle, après onze jours de tranchée ouverte, fait le plus grand honneur an général Lespinasse.

Il concourut aux victoires de Castiglione, de Seravole, de Rovereto, aux deux attaques de Saint-Georges, aublocus de Mantoue, à Arcole, où il se couvrit de gloire (expressions du bulletin), lorsque Berthier marchait surRome pour venger Duphot, Lespinasse commandait l'artillerie; enfin, à la suite de la bataille de Rivoli, le général Bonaparte demanda et obtint pour lui le grade de général de division.

Rentré en France, on lui confia le commandement en chef de l'artillerie de l'armée d'Angleterre, et il concourut avec le général Hédouville aux négociations de la paix avec les insurgés de la Bretagne.

Le premier Consul le fit entrer au Sénat conservateur, et quelques mois plus tard, en l'an VIII, Lespinasse publia un Essai sur l'organisation de l'arme de l'artillerie, dont il avait conçu l'idée à l'armée du Rhin, et qu'il avait appliquée à l'armée des Pyrénées-Occidentales; mais il n'avait mis la dernière main à son travail qu'à l'armée d'Italie, lorsqu'il eut combiné sa pensée avec les principes du général en chef, principes qu'il avait adoptés d'une manière absolue : « Organisons, disait-il, l'arme de l'artillerie, non comme elle devrait être organisée pour vaincre, mais comme elle avait vaincu, dirigée par ce grand capitaine. »

 

 

Noms gravés sous l'arc de triomphe de l'Étoile : pilier Ouest,35e et 36e colonnes.

Nommé membre et grand officier de la Légion d'honneur, les 9 vendémiaire et 25 prairial an XII, l'Empereur lui donna, par décret du 2 du même mois, la sénatorerie de Pau, et plus tard, celle de Dijon, et le nomma président du collège électoral de la Nièvre.

Commandeur de la Couronne de Fer en 1807 et comte de l'Empire en 1808, le général Lespinasse fut un de ceux qui votèrent la déchéance de l'Empereur.

Louis XVIII le nomma Pair de France le 4 juin 1814, et chevalier de Saint-Louis. Napoléon n'ayant pas jugé à propos de le rappeler à lui, il est mort à Paris le 28 décembre 1816.

On lui doit les embellissements du jardin du Luxembourg.

 

Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 

 

Repost 0
Published by Napoleon Ier - dans Calendrier
commenter cet article
15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 23:00

Bonaparte est promu au grade de général de division. 

 

 

Repost 0
Published by Napoleon Ier - dans [1794-1795]
commenter cet article

1er Consul

2 août 1802 jusqu'au 18 mai 1804

en_premier_consul.jpg

Napoléon Ier

370px-Ingres-_Napoleon_on_his_Imperial_throne.jpg

18 mai 1804 au 6 avril 1814 et du 20 mars 1815 au 22 juin 1815

napoleon1er

Liens